FILIÈRE CAROTTES
FICHE CULTURE
La filière carotte - icone

CAROTTES FRANÇAISES : TENIR LE CAP MALGRÉ DES DÉFIS TECHNIQUES MAJEURS

La France est le 2ème pays européen producteur (frais et industrie), après l’Allemagne.

Avec 8 à 9 kg de carottes achetées par ménage chaque année, la carotte est le 2ème légume le plus consommé par les Français en volume (hors pommes de terre). Principalement présente en Nouvelle-Aquitaine, Normandie et Bretagne, la filière carottes s’appuie sur un tissu de producteurs qui doivent concilier exigences agronomiques et contraintes logistiques pour approvisionner le marché du frais.

PRODUCTION (2024)

257 792 tonnes
VOLUME — MARCHÉ DE L'INDUSTRIE
257 792 tonnes
392 686 tonnes
VOLUME — MARCHÉ DU FRAIS
392 686 tonnes
4 633 hectares
SURFACE — MARCHÉ DE L'INDUSTRIE
4 633 hectares
10 271 hectares
SURFACE — MARCHÉ DU FRAIS
10 271 hectares

CHANGEMENT CLIMATIQUE : UNE PRESSION DES BIOAGRESSEURS EN HAUSSE ET EN MUTATION

1. Face aux nématodes, des moyens de lutte limités

Les nématodes sont des vers parasites qui perturbent l’alimentation de la plante et provoquent la déformation des carottes. Leur présence peut provoquer des pertes de rendement allant jusqu’à 50 %, voire conduire à la destruction totale de la culture dans les cas les plus sévères.

À l’heure actuelle, la disponibilité des moyens de lutte efficaces demeure limitée, en dépit des nombreuses recherches consacrées aux alternatives possibles. Il n’existe qu’un seul nématicide autorisé sur carotte, efficace seulement sur certains types de nématodes pouvant affecter la carotte.

2. La gestion des mauvaises herbes : un défi central pour la production de carottes

Les mauvaises herbes ou adventices entrent en concurrence avec la culture pour les nutriments, l’eau et la lumière, parfois jusqu’à étouffement complet de la culture. Les adventices peuvent entraîner des pertes significatives de rendement, des surcoûts non négligeables (désherbages manuels, désorganisation des travaux de récolte, etc.), voire provoquer l’abandon complet de parcelles.

Les producteurs de carottes disposent aujourd’hui de très peu de moyens de lutte efficaces. Le désherbage de la carotte reste difficile : les interventions mécaniques ne sont pas assez précises sur le rang ; la méthode manuelle est coûteuse et limitée par le manque de main-d’œuvre ; et les plastiques occultants ne sont utilisables que pour la carotte primeur. Les alternatives comme le laser sont encore trop onéreuses. Quant aux faux-semis, ils ne sont possibles que lorsque les parcelles sont disponibles assez tôt.

UN DÉFI : MAINTENIR LA PRODUCTION DE CAROTTES FRANÇAISES GRÂCE À LA COMBINAISON DE PLUSIEURS LEVIERS

Plusieurs alternatives aux produits phytopharmaceutiques sont actuellement mises en œuvre via une approche combinant plusieurs méthodes.

  • L’allongement des rotations contribue à réduire la pression des maladies et des ravageurs spécifiques à la carotte, tandis que l’utilisation de variétés plus résistantes permet, dans certains cas, de limiter les traitements.
  • Les producteurs ont également recours au désherbage mécanique ou thermique ; toutefois, le désherbage manuel demeure parfois indispensable, au prix d’un temps de travail très élevé.
  • En complément, les outils numériques et les pièges connectés facilitent un ajustement plus fin des interventions.
  • Enfin, l’implantation de plantes de service, telles que le sorgho à effet nématicide, permet de diminuer la présence de bioagresseurs entre deux cultures.

La filière carotte a lancé en 2019, et pour une durée de six ans, le projet nommé AlterCarot pour tester des systèmes de culture plus agroécologiques et moins dépendants des produits phytopharmaceutiques. Les essais ont permis de réduire fortement les traitements (–38 % à –70 %), mais avec des baisses de rendement et de revenus. Ces travaux se poursuivent dans le nouveau projet ESCaLE sur la période 2025-2030.

Par ailleurs, l’association d’organisations de producteurs (AOP) Carottes de France a rédigé un plan de recherche et d’expérimentation sur 10 ans (2020-2030) afin d’identifier des méthodes innovantes de production. En 2025, l’AOP a ainsi publié un cahier des charges du désherbage de précision de la filière à destination principalement des agroéquipements. Elle s’investit également dans des projets publics (PARSADA, Ecophyto) afin de participer à la co-conception, au développement et à la promotion d’outils de désherbage innovants (pulvérisation ultra-localisée, désherbage laser et micro-onde).

Face à des enjeux techniques complexes, seule une approche combinant plusieurs méthodes peut nous permettre de conjuguer rendements et viabilité économique. Notre filière française est mobilisée depuis de nombreuses années en matière de recherche et d’expérimentation pour trouver de nouvelles solutions, en partenariat avec un écosystème complet allant des producteurs à l’institut technique : INVENIO, SILEBAN, UNILET, CTIFL, INRAE… Toutefois, les moyens de lutte aujourd’hui disponibles, qu’ils soient alternatifs ou chimiques, ne permettent pas de lever les impasses techniques et fragilisent fortement la filière française.

Christian LETIERCE, Président de l’AOPn Carottes de France

Fiche réalisée en collaboration avec l'AOPn Carottes de France