Cette page expose comment les agriculteurs français protègent leurs cultures aujourd’hui, et pourquoi cette protection repose sur une combinaison de quatre familles de solutions.
Protéger une culture, aujourd’hui, ne consiste plus à appliquer une réponse unique à un problème donné. Dans les champs, la réalité est plus nuancée, plus évolutive, plus exigeante aussi. Une maladie peut apparaître plus tôt ou plus tard selon la météo. Un ravageur peut être présent une année, puis beaucoup moins l’année suivante. Une variété peut mieux résister dans certaines conditions que dans d’autres. Une parcelle, enfin, a toujours ses propres caractéristiques. Face à cette diversité de situations, la protection des plantes s’est profondément transformée. Elle ne repose plus sur une logique simple et automatique. Elle repose sur une stratégie construite dans le temps, en combinant plusieurs solutions en fonction des besoins réels de la culture.
C’est cette logique que l’on appelle l’approche combinatoire. Face à un risque sur une culture, l’agriculteur ne raisonne pas en termes de réponse standard. Il construit une stratégie de protection adaptée à sa situation. Il observe, il anticipe, il choisit, il ajuste. Et surtout, il combine différents leviers en fonction de ce que lui dit le terrain. Pour cela, il prend en compte plusieurs paramètres :
La protection des cultures repose donc sur une boîte à outils composée de plusieurs familles de solutions. Selon les cas, certaines seront mobilisées en priorité, d’autres viendront en appui, d’autres encore seulement en complément.
Autrement dit : chaque protection est différente, parce que chaque situation agricole est différente.
La décision agronomique s’appuie sur l’observation des parcelles, l’identification des bioagresseurs et l’évaluation des risques. Les outils numériques d’agronomie digitale apportent aux agriculteurs des données et des analyses pour éclairer leurs stratégies de protection. C’est le rôle de l’agronomie digitale.
Les variétés présentant une meilleure tolérance aux maladies, aux ravageurs ou au stress hydrique constituent un levier important. Les biotechnologies permettent également de mieux comprendre les interactions entre la plante, le sol et son environnement afin d’optimiser sa nutrition, sa croissance et sa capacité à faire face aux stress. À l’avenir, certaines innovations appliquées aux semences pourront également contribuer au développement de variétés plus robustes.
Les biosolutions regroupent notamment les produits de biocontrôle, les biostimulants, les micro et macro-organismes ou encore certaines substances d’origine naturelle. Elles s’intègrent dans les stratégies de protection des cultures en s’inspirant davantage sur les mécanismes du vivant.
Les produits phytopharmaceutiques constituent l’un des leviers à la disposition des agriculteurs pour protéger les cultures contre les maladies, les ravageurs et les adventices. Ils s’inscrivent dans une approche globale de protection des cultures combinant différents outils et technologies. C’est le rôle de la phytopharmacie.
C’est la complémentarité de ces leviers qui permet de produire en quantité, en qualité, et en réduisant l’empreinte de la protection des cultures.
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Depuis 2008, les volumes de substances actives conventionnelles vendus reculent de 44,1 %.
Voici les quatre familles de solutions qui, combinées, constituent la protection des cultures en France.
Identifier les risques au plus tôt grâce à l’observation des parcelles, aux données agronomiques et aux outils numériques.
L’agronomie digitale rassemble les outils numériques qui aident l’agriculteur à surveiller ses parcelles, anticiper les risques et cibler ses interventions. On parle aussi d’outils d’agronomie digitale (OAD).
Ces outils combinent plusieurs sources de données : observations de terrain, données météorologiques, modèles agronomiques, imagerie satellite ou drone, capteurs au champ. Ils alertent l’agriculteur sur la présence ou le risque de bioagresseurs, indiquent le moment optimal pour intervenir et permettent d’ajuster la dose au juste nécessaire.
Ils ne traitent rien par eux-mêmes : ils permettent de mieux comprendre le fonctionnement des parcelles, de surveiller les risques et d’accompagner le suivi des cultures tout au long de la campagne.
Campagne 2024-2025
Sur 2 131 500 hectares en France, au moins un OAD d’un adhérent de Phyteis a été utilisé en 2025. Cette surface couvre désormais 14,7 % de la surface agricole utile française (hors prairies permanentes et temporaires), pour 35 218 agriculteurs utilisateurs — soit +7 % par rapport à 2024. Source : Phyteis, données 2025.
Source : Phyteis, données 2025.
couverts par au moins un OAD (Phyteis, 2025)
d’utilisateurs vs 2024 (Phyteis, 2025)
agriculteurs utilisateurs (Phyteis, 2025)
des agriculteurs et 58 % des viticulteurs utilisent déjà des outils numériques pour la protection des plantes (Étude Phyteis – ADquation, 2024)
Les OAD permettent de réduire significativement le nombre d’interventions et la dose appliquée, en alignant l’action sur le risque réel mesuré.
L’adoption progresse mais reste hétérogène selon les filières et la taille des exploitations. La standardisation et l’interopérabilité des données entre outils sont des chantiers ouverts. Le projet européen AgriGuide, piloté avec une participation française active, travaille à la digitalisation des étiquettes des produits phytopharmaceutiques pour faciliter leur usage conforme.
Utiliser des solutions inspirées du vivant, comme le biocontrôle ou les biostimulants, pour contribuer à la protection et à la performance des cultures.
Les biosolutions désignent une famille de solutions d’origine naturelle ou utilisant des mécanismes présents dans la nature pour protéger et/ou stimuler les cultures. Les biosolutions désignent principalement des produits de biocontrôle (qui agissent sur des bioagresseurs) et les biostimulants (qui stimulent les processus de nutrition des végétaux).
Le biocontrôle s’appuie sur quatre types de solutions : des micro-organismes (bactéries, champignons, virus utiles), des médiateurs chimiques (phéromones qui perturbent la reproduction des ravageurs ou des kairomones), des substances d’origine naturelle (minérale, végétale ou animale) et des macro-organismes (insectes auxiliaires comme par exemple les coccinelles). Les biostimulants, eux, n’agissent pas contre un bioagresseur mais aident la plante à mieux résister aux stress hydriques ou thermiques, améliorent l’assimilation des éléments nutritifs ou les caractéristiques qualitatives des végétaux. Le principe commun : mobiliser des mécanismes qui existent déjà dans la nature, en les sélectionnant et en les déployant à l’échelle agricole.
Cas Campagne 2024-2025
Sur la dernière campagne, les adhérents de Phyteis ont conduit 1086 essais incluant des produits de biocontrôle et 587 incluant des produits biostimulants, illustration de la dynamique de R&D sur ces familles. La part du biocontrôle dans le chiffre d’affaires global de la protection des plantes atteint 5,81 % en 2025, contre 1 % en 2018.
Source : Phyteis, données 2025.
du chiffre d’affaires global du marché en 2025 (Phyteis, 2025)
essais incluant des produits biocontrôles sur la campagne 2024-2025 (Phyteis, 2025)
est une base de données dédiée déployée en 2025 avec les données des adhérents de Phyteis. AgriGuide a comme ambition d’agréger ces données.
essais incluant des biostimulants sur la même campagne (Phyteis, 2025)
Le biocontrôle est efficace sur un nombre croissant de bioagresseurs, dans des conditions précises de mise en œuvre. Son intégration dans des stratégies combinatoires améliore la durabilité de la protection.
Le déploiement à grande échelle reste freiné par trois facteurs documentés — la variabilité d’efficacité selon les conditions climatiques, des coûts d’usage parfois supérieurs à la chimie conventionnelle, et un cadre réglementaire européen non encore harmonisé sur la définition même du biocontrôle. La part du biocontrôle progresse depuis 10 ans mais s’est stabilisée en 2024-2025 dans un contexte économique tendu pour les exploitations.
Renforcer la plante elle-même. Sélection variétale, édition du génome, recherche sur la résistance aux stress.Renforcer la plante elle-même. Sélection variétale, édition du génome, recherche sur la résistance aux stress.
Les biotechnologies appliquées à la protection des cultures regroupent les techniques qui rendent les plantes plus résistantes aux maladies, aux ravageurs et aux stress hydriques ou de température. Elles incluent les différents modes d’obtention et de sélection de nouvelles caractéristiques développées en laboratoire puis testées et validées au champ.
Le principe : doter les plantes de caractères qui leur permettent de mieux se défendre sans intervention extérieure. Concrètement : variétés résistantes à des maladies fongiques, bactériennes, des virus ou des bioagresseurs. Aussi variétés supportant mieux les phases de sécheresse ou capables de mieux valoriser l’azote du sol.
Les nouvelles techniques génomiques (NGT) permettent d’effectuer des mutations ciblées et maitrisées dans le génome d’une plante. Elles diffèrent de la transgénèse qui introduit des séquences de gènes étrangers.
Cas d’usage, internationaux récents À l’échelle mondiale, plusieurs variétés issues des biotechnologies sont déjà commercialisées : une tomate enrichie en GABA (hypotenseur) au Japon, une pomme qui ne brunit pas au Canada, des huiles de colza à profil nutritionnel amélioré aux Etats-Unis. Beaucoup de projets de recherche portent sur de nombreuses espèces, y compris des fruits et des légumes, des arbres et des plantes tropicales et ce dans le monde entier. En Europe, le déploiement de ces variétés dépendra du cadre réglementaire en cours de finalisation.
Source : Phyteis, données 2025.
Phyteis soutient un cadre réglementaire fondé sur la science et permettant l’utilisation de la technologie en Europe afin de créer des variétés performantes pour les agriculteurs
Les NGT permettent de développer des variétés mieux adaptées au changement climatique et aux pressions sanitaires, dans des délais plus courts. Les NGT ne remplacent pas les autres technologies, mais elles viennent compléter la boite à outils du sélectionneur pour diversifier et accélérer le développement de solutions concrètes.
Ce que l’on attend encore : La rédaction d’actes délégués sous deux ans doit permettre de pouvoir utiliser la technologie, de développer des variétés éditées et de les mettre au service des agriculteurs. Aujourd’hui, il existe des recherches en laboratoire, mais il n’est pas possible de tester et de développer des variétés pour la commercialisation en Europe. Les producteurs de bananes antillaises ont par exemple développé une banane éditée au laboratoire contre la cercosporiose noire et ont hâte de pouvoir la tester au champ.
« Le règlement européen NGT — Commission européenne »
« La position de Phyteis sur les NGT »
Produits chimiques de protection, de plus en plus efficaces à faible dose, soumis à un cadre d’évaluation parmi les plus stricts au monde.Produits chimiques de protection, de plus en plus efficaces à faible dose, soumis à un cadre d’évaluation parmi les plus stricts au monde.
La phytopharmacie regroupe les produits chimiques de protection des cultures : herbicides, fongicides, insecticides et autres formulations destinées à protéger les cultures contre les bioagresseurs. Elle constitue, aux côtés des trois autres familles, l’un des leviers de l’approche combinatoire.
Une substance active est conçue pour agir sur un mécanisme biologique précis du bioagresseur ciblé : empêcher la germination d’une adventice, interrompre le cycle de reproduction d’un ravageur, bloquer le développement d’un champignon pathogène. La formulation associe la substance active à des composants qui en assurent l’application, la persistance ou la sélectivité. Chaque produit phytopharmaceutique mis sur le marché en France a fait l’objet d’une évaluation par l’Anses, dans le cadre du règlement européen 1107/2009, parmi les cadres d’évaluation les plus stricts au monde. Cette évaluation porte sur la santé humaine (utilisateurs, riverains, consommateurs), la santé animale et l’environnement (sols, eau, biodiversité).
Depuis 2008, année de lancement du plan Ecophyto, les volumes de substances actives phytopharmaceutiques vendues aux distributeurs par les adhérents de Phyteis ont reculé de 36,3 % (50 054 tonnes en 2024, contre 78 577 tonnes en 2008). La baisse est encore plus marquée pour les substances hors UAB (utilisable en agriculture biologique) : −44,1 % depuis 2008. Parallèlement, la part des substances UAB dans le total commercialisé est passée de 24,1 % en 2008 à 33,4 % en 2023.
Source : Phyteis, données 2024
de substances actives vendues aux distributeurs en 2024 (Phyteis, 2024)
de tonnages depuis 2008 (Phyteis, 2024)
dans le cadre du règlement européen 11/07/2009
des volumes commercialisés sont utilisables en agriculture biologique en 2023 (Phyteis, 2023)
Les profils toxicologiques et écotoxicologiques des substances actives mises sur le marché s’améliorent au fil des renouvellements d’homologation, sous l’effet d’exigences réglementaires croissantes et des progrès de la recherche.
La résistance des bioagresseurs aux substances actives est un sujet documenté de recherche internationale — certaines populations d’adventices, de champignons ou d’insectes développent des résistances qui imposent de renouveler les modes d’action disponibles. La réduction de la « boîte à outils » disponible — par retraits réglementaires successifs — pose la question des alternatives effectivement disponibles pour certains usages, en particulier sur cultures spécialisées (fruits, légumes, vigne).
« Le règlement européen 11/07/2009 »
« Le rôle de l’Anses »
« Le rapport INRAE 2025 sur les alternatives »
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