FILIÈRE ENDIVE
FICHE CULTURE
La filière endive - icone

L'ENDIVE, UNE FILIÈRE EN PÉRIL, MENACÉE PAR LES IMPASSES TECHNIQUES

L’endive occupe en France la troisième place parmi les légumes frais les plus consommés en hiver, avec une moyenne de 5 kg par foyer et par an.

Comme de nombreuses autres productions agricoles, la filière est confrontée à d’importantes impasses techniques en matière de protection des plantes. À cette pression s’ajoute l’augmentation du coût de l’énergie, du prix des intrants, des emballages et de la main-d’œuvre.

PRODUCTION (2024-2025)

118 000 tonnes
PRODUCTION FRANÇAISE
118 000 tonnes
8 715 hectares
SURFACE NATIONALE
8 715 hectares

essentiellement cultivés dans les Hauts-de-France (90 %) et en Bretagne

BALANCE COMMERCIALE EXCÉDENTAIRE

vers Italie, Allemagne, Belgique, Espagne
EXPORTATIONS
vers Italie, Allemagne, Belgique, Espagne

valeur : 12 millions d’euros

QUAND LE RETRAIT DES SOLUTIONS CLEFS CES DERNIÈRES ANNÉES MENACE LA PÉRENNITÉ DE LA CULTURE

1. Une gestion de plus en plus difficile des adventices (mauvaises herbes)

Les adventices privent les jeunes plants de racines d’endive d’eau et de nutriments, ce qui entraîne une réduction des rendements et de la qualité des racines de chicorée. Le développement des chénopodes, une famille d’adventices, peut empêcher la récolte mécanique des parcelles. Les dicotylédones annuelles, autre famille d’adventices, s’installent également très vite au printemps et entrent en compétition directe avec la germination des endives.

Depuis le retrait européen d’un herbicide en mai 2024, la filière a perdu l’un de ses leviers herbicides essentiels, réduisant drastiquement les solutions disponibles pour contrôler les chénopodes. Le retrait d’un autre herbicide contre les dicotylédones, jusque-là l’un des plus efficaces pour les gérer en prélevée ou en début de culture, prive aujourd’hui les producteurs d’un outil majeur pour contrôler ces adventices.

2. Des ravageurs piqueurs sans solution de contrôle

Le puceron lanigère s’installe sur les jeunes racines d’endive dès juin. En prélevant les réserves et en produisant une cire blanche qui enrobe les tissus, il provoque jaunissement, flétrissement puis dépérissement des plantes.

Le retrait du spirotétramate en 2025 a supprimé la seule solution efficace sur les premiers stades de développement du puceron lanigère. À ce jour, aucune alternative n’est disponible pour maîtriser ce ravageur.

UNE FILIÈRE EN QUÊTE URGENTE D'ALTERNATIVES VIABLES POUR 2026

Face aux suppressions de solutions phytopharmaceutiques essentielles à la production d’endives, les professionnels de la filière s’interrogent sur leur capacité de production en 2026 en l’absence de solutions alternatives concrètes.

  • Les solutions chimiques alternatives actuellement disponibles ne sont autorisées que sous dérogation annuelle. Les producteurs n’ont donc aucune visibilité à long terme.
  • Les méthodes alternatives au désherbage chimique (désherbage thermique, mécanique, robotisation, pulvérisation localisée) ne sont pas au point actuellement et sont particulièrement onéreuses. Or, si les coûts de production augmentent trop, ceux-ci devront être répercutés sur le prix aux consommateurs : investissements supérieurs à 100 000 € pour les bineuses équipées de caméras qui seront insuffisantes en termes de résultat compte tenu de la densité des adventices ; un robot de désherbage au laser coûte quant à lui près de 1 M€.
  • Le temps nécessaire au désherbage manuel est estimé par la filière à 400 heures/ha en moyenne, sans savoir si la main-d’œuvre disponible sera suffisante et si cette technique sera efficace. Elle est en effet très dépendante des conditions climatiques et du moment d’intervention dans le cycle de développement de l’endive.
  • Les prochaines pistes de lutte : la lutte biologique contre le puceron lanigère, via l’implantation de bandes fleuries pour favoriser les prédateurs naturels (dits « auxiliaires »), montre encore ses limites : ces auxiliaires arrivent trop tard, une fois l’infestation installée. D’autres pistes, comme l’usage d’extraits de plantes répulsives ou de parasitoïdes, sont à l’étude, mais aucune solution réellement efficace n’a encore été identifiée.

La France reste le leader mondial de l’endive, mais cette position est aujourd’hui gravement menacée. La disparition successive de solutions de protection majeures – notamment contre les adventices et le puceron lanigère – met en péril notre capacité de production dès 2026. Les alternatives proposées restent trop coûteuses, inadaptées ou encore au stade expérimental. Faute de solutions concrètes, la filière endivière s’expose à une baisse de productivité inédite, à une hausse des prix pour les consommateurs et, à terme, à la disparition de l’endive des rayons au profit de salades importées plus faciles à produire. La souveraineté alimentaire française est directement en jeu alors que la totalité des endives consommées est produite en France !

Pierre VARLET, Directeur général de l’Association des Producteurs d’Endives de France

Fiche réalisée en collaboration avec l'Association des Producteurs d'Endives de France