LA NOISETTE FRANÇAISE : FILIÈRE EMBLÉMATIQUE DE NOTRE SOUVERAINETÉ AGRICOLE EN PANNE
Mise en avant ces derniers mois à l’occasion de l’actualité législative agricole, la filière noisette française reste confrontée à de lourdes difficultés, loin de pouvoir répondre à la demande nationale. Ainsi, la baisse des volumes récoltés conjuguée avec la hausse des coûts de production fragilisent la trésorerie des exploitations. Certains agriculteurs arrachent leurs noisetiers, quand d’autres sont contraints de déposer le bilan, réduisant d’autant la capacité d’investissement et compromettant la pérennité de la filière.
Cette perte de compétitivité est d’autant plus marquée que les noisettes importées, principalement en provenance de Turquie (75 % de la production mondiale), ne sont pas soumises aux normes sanitaires françaises et européennes.
PRODUCTION
dont 1 000 tonnes destinées au marché coque (15 %), et 5 200 tonnes destinées au marché décortiqué
BALANCE COMMERCIALE
soit 60 000 tonnes de coques, en provenance essentiellement de Turquie.
est exporté, soit 0,5% de la production mondiale (1,2 million de tonnes).
(groupe Ferrero) basée à Villers-Ecalles (Seine-Maritime), consomme à elle seule 12 000 tonnes d’amandons (sur les 26 200 tonnes consommées par la France).
CHAQUE ANNÉE, DES RÉCOLTES LARGEMENT RÉDUITES PAR LES RAVAGEURS, FAUTE DE MOYEN DE PROTECTION
- La punaise diabolique : 100 % des vergers noisetiers touchés
La punaise diabolique perce les coques encore vertes des noisettes pour manger le fruit, causant jusqu’à 30 % de dégâts sur une parcelle.
Les producteurs peuvent avoir recours à une seule famille d’insecticides en France. Toutefois ces produits sont peu efficaces.
- Le balanin : jusqu’à 50 % de pertes
Le balanin pond dans les noisettes en cours de maturation, les rendant inconsommables. Présent également sur 100 % des vergers noisetiers, il peut générer une perte de rendement estimée à 50 %.
Comme pour la punaise diabolique, les producteurs sont confrontés à un déficit des moyens de lutte contre ce ravageur.
LE DÉCALAGE ENTRE LE TEMPS POLITIQUE ET LE TEMPS DE LA RECHERCHE FRAGILISE L’AVENIR DE LA FILIÈRE NOISETTE FRANÇAISE.
10 ans de recherches sont nécessaires pour retrouver des rendements acceptables.
En l’absence de méthodes alternatives de lutte applicable à ce jour, l’Association Nationale des Producteurs de Noisettes (ANPN) travaille sur la recherche de solutions en approche combinatoire :
- Les parasitoïdes sont une piste sérieuse contre la punaise diabolique. Le lancement d’un dossier d’autorisation exige un premier niveau d’investissement de 3 millions d’euros (source : Unicoque). Les premiers lâchers de parasitoïdes ont été testés cette année sur 5 hectares de vergers de noisetiers.
- Les kairomones contre le balanin de la noisette : ces substances miment les odeurs qu’émettent les insectes afin de les perturber. Budget : 1 millions d’euros (source : Unicoque).
La France importe 95 % de sa consommation de noisettes. A ce jour, aucune différence ne permet au consommateur français de distinguer ces noisettes en provenance de pays hors Union européenne de celles produites conformément à la règlementation phytopharmaceutique française et européenne. Cette situation est bien sûr inadmissible pour les consommateurs qui sont en attente de transparence et pour la filière française de noisettes qui n’a qu’un seul souhait : avoir la capacité de fournir son propre marché. Notre survie est en jeu. Une seule solution : harmoniser les politiques phytosanitaires française et de l’Union européenne, en réintroduisant l’acétamipride en France, seul produit efficace à 90 % contre les deux principaux ravageurs, le balanin et la punaise diabolique.
Thierry DESCAZEAUX, Président de l’association Unicoque