SÉCURISER LA FRAISE FRANÇAISE, C'EST GARANTIR LA PRODUCTION DU FRUIT PRÉFÉRÉ DES FRANÇAIS !
La filière fraises en France compte aujourd’hui de nombreuses variétés, cultivées par environ 600 producteurs répartis du Sud-Ouest jusqu’en Bretagne, en passant par le Val-de-Loire, la région Rhône-Alpes, le Sud-Est et même le Nord.
Si la fraise ne figure pas parmi les fruits les plus consommés en volume, elle reste néanmoins l’un des fruits préférés des Français. Grâce à la diversité des bassins de production et au calendrier de maturité échelonné des variétés, la saison s’étire de début mars à fin octobre.
PRODUCTION (2025)
dont 1 455 hectares de surfaces de production « plein air » et 2 196 hectares « sous serres »
BALANCE COMMERCIALE
EN 2025, UNE PRESSION MODÉRÉE DES BIOAGRESSEURS MAIS UN AVENIR TOUJOURS TRÈS INCERTAIN
Parmi les bioagresseurs de la fraise, plusieurs sévissent dans tous les bassins de production et ont causé au cours des cinq dernières années des pertes significatives. Cependant, en 2025, la pression globale a été modérée.
1. Contre les pucerons vecteurs de virus : une protection incertaine
Ces insectes piqueurs-suceurs transmettent des virus, entraînant un affaiblissement général des plants et une baisse de rendement.
Leur gestion repose aujourd’hui surtout sur la lutte biologique avec notamment des lâchers de chrysopes, insectes dont les larves dévorent les pucerons, et de guêpes parasitoïdes Aphidius colemani. La disparition en 2025 d’une solution chimique clef rend toutefois la protection plus incertaine pour la saison à venir. Une autorisation sous dérogation d’un néonicotinoïde pourrait offrir une alternative.
2. La difficile maîtrise du tétranyque, un acarien particulièrement redoutable
Le tétranyque pique les feuilles et réduit fortement la photosynthèse, provoquant une baisse de rendement et dégradation de la qualité des fruits.
Sa gestion repose sur une lutte combinant de bonnes pratiques culturales (irrigation pour limiter le stress hydrique, retrait des feuilles infestées), des lâchers de prédateurs spécialisés, dont l’efficacité reste variable selon le climat, et la protection phytopharmaceutique. La perte d’une solution chimique en 2024 complique encore la maîtrise de cet acarien, même si une dérogation permet d’utiliser un produit alternatif, moins performant.
3. Pour gérer l’oïdium (maladie fongique) : priorité à l’anticipation
L’oïdium est une maladie fongique formant un feutrage blanc qui limite la photosynthèse et pénalise la croissance comme la qualité des fraises.
Sa gestion repose surtout sur l’anticipation : modèles de prévision des périodes à risque, applications préventives de bicarbonate de potassium ou de soufre, et choix de variétés tolérantes à cette maladie.
4. Contre la mouche Drosophila suzukii : une approche également basée sur la prévention
La Drosophila suzukii pond dans les fruits mûrs, entraînant leur dégradation et leur chute prématurée. Les pertes de rendements peuvent être très importantes.
La protection repose d’abord sur des mesures préventives : récoltes plus rapprochées pour éviter la surmaturité des fruits et évacuation rigoureuse des déchets végétaux. En cas de forte attaque, les traitements chimiques restent cependant souvent le seul moyen réellement efficace pour limiter les dégâts.
UNE PRIORITÉ POUR LA FILIÈRE FRAISE : TROUVER DES SOLUTIONS POUR LUTTER CONTRE LE PUCERON, PRINCIPALE IMPASSE TECHNIQUE À VENIR
- Piloté par l’Association des Organisations de Producteurs nationale (AOPn) Fraises Framboises de France, le programme d’expérimentation fraise PENF mobilise aujourd’hui une dizaine de projets conduits dans des stations françaises et étrangères pour identifier et tester des leviers de lutte contre tous les ravageurs et maladies fongiques, ainsi que des pratiques agronomiques (irrigation, fertilisation, etc.).
- Parallèlement, la SAS Fraise Nat, créée il y a cinq ans par l’AOPn, développe la production d’un parasitoïde du puceron dans le cadre de la Protection Biologique Intégrée (PBI). Si cet agent de lutte a démontré un potentiel intéressant, il ne saurait à lui seul couvrir tous les besoins.
L’avenir de la filière repose sur une approche combinant organismes auxiliaires, mesures culturales et applications ciblées de produits phytopharmaceutiques pour garantir une gestion durable et résiliente des bioagresseurs.
Les fraises françaises sont reconnues pour leur excellence gustative et font le bonheur des consommateurs du printemps à l’automne. Pour préserver cette qualité et cette disponibilité, il est indispensable de protéger les cultures contre les bioagresseurs comme les pucerons, acariens, champignons et autres ravageurs. Or, les interdictions successives de certaines substances actives, sans que des solutions alternatives soient pleinement opérationnelles, fragilisent aujourd’hui la filière. Nous avons besoin de temps et d’accompagnement pour développer et déployer des stratégies de protection combinatoires, vertueuses et efficaces à long terme. Sans cette transition progressive, la compétitivité et la pérennité de l’offre française pourraient être compromises, au détriment de la souveraineté alimentaire et du « fruit préféré des Français ».
Hugo CHEVALON, Responsable Technique, AOPn Fraises Framboises de France