ASPERGE FRANÇAISE : MAINTENIR L'EXCELLENCE DANS UN CONTEXTE INCERTAIN
Produite dans trois régions en France (Nouvelle Aquitaine, Occitanie et Pays de la Loire), l’asperge fait partie des rares cultures légumières dites pérennes, c’est-à-dire qu’elle est mise en place pour une dizaine d’années. La France est le quatrième producteur européen derrière l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.
La filière asperge subit de plein fouet les aléas climatiques : gelées tardives, sécheresse, grêle ou encore épisodes de fortes pluies, comme en 2024. À cela s’ajoutent les maladies et ravageurs auxquels les producteurs doivent faire face au quotidien.
PRODUCTION
dont 820 hectares en bio
BALANCE COMMERCIALE (récolte de février à juin)
dont 69 % importées d’Espagne (asperges vertes)
dont 68 % vers la Suisse
LA FILIÈRE ASPERGE, TOUJOURS CONFRONTÉE À DE MULTIPLES PRESSIONS EN 2025
De multiples bioagresseurs menacent l’asperge sur l’ensemble de son cycle de culture. Parmi eux, le criocère de l’asperge (Crioceris asparagi) est le plus redouté.
1. Le criocère de l’asperge (Crioceris asparagi) : l’ennemi n°1 de la culture
La larve, comme l’insecte adulte, mangent la plante, favorisant l’apparition de maladies. Quand les criocères sont très nombreux, ils bloquent en partie la photosynthèse, ce qui fait chuter les rendements les années suivantes et peut même conduire à la mort de l’aspergeraie. En 2025, le ravageur a été observé en Aquitaine et dans la vallée de la Loire, avec des niveaux de pression très variables selon la météo.
Depuis fin 2018, les néonicotinoïdes ne sont plus autorisés. Aujourd’hui, les producteurs ne disposent plus que d’une seule famille de produits pour lutter contre le criocère : les pyréthrinoïdes. Ces derniers sont moins efficaces, ce qui peut conduire à multiplier les traitements.
2. Contre le taupin et la scutigérelle : la prévention comme seule solution
Le taupin, larve de coléoptère, et la scutigérelle, petit arthropode nocturne, provoquent des morsures et creusent des galeries dans la plante. Ils ralentissent sa croissance, et rendent les asperges invendables. Les dégâts apparaissent souvent dès la plantation, avec des conséquences sur plusieurs années.
À l’heure actuelle, il n’existe pas de solution de traitement. La lutte repose donc exclusivement sur la prévention : allonger les rotations, aérer le sol et veiller à n’apporter que du compost parfaitement décomposé.
3. La stemphyliose (maladie fongique) : une pression modérée en 2025
Cette maladie fait sécher les feuilles et les turions, ce qui bloque en partie la photosynthèse. Les plantes s’affaiblissent et les rendements des années suivantes peuvent en pâtir.
Il n’existe pas de solution disponible aujourd’hui. Le cuivre est efficace en expérimentation, mais son usage n’est pas autorisé sur l’asperge.
4. Plusieurs espèces de mouches sévissent au printemps, en avril et mai
Leurs larves creusent des galeries dans les turions, ce qui les rend invendables. En Gironde, de fortes attaques de mouches ont été observées en mars-avril, avant de diminuer rapidement. Les autres régions ont été peu touchées. Dans le Grand Est, en revanche, les vols de mouches de l’asperge ont été intenses et généralisés en mai.
Une seule solution phytopharmaceutique est autorisée pour lutter contre ces mouches : la deltaméthrine. Cette situation augmente le risque de voir apparaître des résistances chez l’insecte.
5. Les adventices, une forte concurrence pour l’asperge, en particulier au moment de l’implantation des griffes
Les mauvaises herbes privent l’asperge d’eau, de lumière et des nutriments dont elle a besoin. Elles ralentissent sa croissance et réduisent la taille et la qualité des turions.
La lutte repose surtout sur des méthodes mécaniques ou thermiques : binage, désherbage manuel, paillage… Quelques herbicides restent autorisés, mais leur usage est limité.
MIEUX CONNAÎTRE LE CRIOCÈRE : UNE PRIORITÉ STRATÉGIQUE POUR LA FILIÈRE
Pour essayer de trouver des alternatives contre le criocère de l’asperge, des projets de recherche ont été lancés depuis 2020. Plusieurs pistes ont été étudiées :
- Les filets anti-insectes « insectproof » combinés à un champignon naturel appliqué au sol. Cette solution est difficile à mettre en œuvre et coûteuse, et des attaques de criocères ont tout de même été observées malgré les filets.
- Les produits de biocontrôle : pour l’instant, aucun ne s’est montré suffisamment efficace contre ce ravageur.
En parallèle, les chercheurs travaillent aussi à mieux connaître le criocère : son comportement, son cycle de vie, ses déplacements… Ces connaissances permettront d’orienter les prochaines pistes de lutte.
Les conditions climatiques de l’année 2025 ont atténué la pression de Crioceris asparagi sur les aspergeraies, favorisant une maîtrise satisfaisante de ce ravageur. Le criocère reste toutefois le principal défi de la filière. Nous poursuivons donc activement nos efforts de recherche et d’expérimentation de nouvelles stratégies de lutte, tant chimiques qu’alternatives.
Christophe PAILLAUGUE, Président d’Asperges de France