FILIÈRE BANANE
FICHE CULTURE
La filière banane - icone

« CRISE EXISTENTIELLE » DE LA BANANE ANTILLAISE : L'HEURE DES CHOIX

Cultivée en Guadeloupe et en Martinique, la banane française fait partie des fruits préférés des Français.

Entre pression sanitaire persistante, concurrence, baisse des volumes, aléas climatiques et difficultés de recrutement, les producteurs de bananes doivent faire face à un contexte particulièrement exigeant. À cela s’ajoutent des événements météorologiques marquants, notamment des tempêtes, qui ont fragilisé durablement les exploitations.

Malgré ces difficultés, la filière reste engagée dans une démarche agro-environnementale ambitieuse.

PRODUCTION

200 000 tonnes par an
UNE MOYENNE DE
200 000 tonnes par an

dont au moins 70 % commercialisées en France et 30 % à l’export

7 000 hectares
SURFACES
7 000 hectares

en culture

COMMERCIALISATION & CONSOMMATION

60 000 tonnes
COMMERCIALISATION
60 000 tonnes

(en moyenne) — le reste commercialisé en France

700 000 tonnes
CONSOMMATION FRANÇAISE
700 000 tonnes

(en provenance d’Afrique, des Antilles et d’Amérique Latine)

LA FILIÈRE EN CRISE SANITAIRE

1. La cercosporiose noire : une pression record pour la quatrième année consécutive

La cercosporiose est une maladie fongique qui se déplace facilement, aussi bien d’un plant à l’autre que d’une parcelle à une autre, poussée par le vent et la pluie. Lorsqu’elle s’installe, elle peut faire perdre jusqu’à 50 % de la récolte.

Depuis 2014, l’interdiction des traitements aériens collectifs en Martinique a conduit à une gestion individuelle de la cercosporiose par chaque producteur. Bien que reposant sur une stratégie combinant plusieurs leviers d’action (mesures de prévention, protection phytopharmaceutique etc.), cette approche reste moins efficace et réclame plus de main-d’œuvre, rendant le contrôle de la maladie plus difficile.

2. La maladie de Panama race tropicale 4 (FOC TR4) : une menace existentielle

Maladie principalement disséminée par la terre, les eaux d’écoulement et les jeunes plants contaminés, elle peut provoquer la mort de la plantation entière et touche l’ensemble des variétés de bananes.

À ce jour, la FOC TR4 n’est pas présente aux Antilles, mais elle est officiellement présente en Équateur depuis septembre 2025. Si une contamination des bananeraies françaises survenait, elle conduirait à l’arrêt total de la production sur les surfaces touchées, car aucun moyen de lutte n’est disponible. Il faudrait alors attendre 30 ans sans culture de bananes pour assainir les sols.

3. Contre le charançon noir du bananier, une combinaison de solutions efficaces

Après éclosion, les larves du charançon noir creusent des galeries dans le bulbe du bananier. Quand un quart des bulbes d’une parcelle est touché, les pertes de récolte peuvent atteindre environ 30 %.

Aujourd’hui, la filière assure une gestion efficace de la population des charançons grâce à l’utilisation de pièges à phéromones.

FACE À LA CERCOSPORIOSE NOIRE : L'URGENCE DE FAIRE ÉVOLUER LA RÉGLEMENTATION

Deux priorités majeures sont avancées par les producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique, réunis au sein de l’UGPBAN :

  • L’autorisation de l’usage des drones pour traiter localement la cercosporiose noire. L’utilisation du drone éviterait les traitements réalisés depuis le sol, ce qui réduirait les risques pour les opérateurs. Elle permettrait aussi de diminuer d’environ 30 % l’usage de produits phytosanitaires, tout en enregistrant automatiquement toutes les données de traitement en temps réel.
  • L’accès à de nouveaux plants d’ici 2027, plus tolérants ou résistants aux maladies, si le futur règlement européen sur les nouvelles techniques génomiques est adopté rapidement. L’objectif serait alors de renouveler toute la bananeraie française en quatre ans, afin de revenir à une production de 250 000 tonnes d’ici 2030.

En 2025, la filière banane fait face à une crise sanitaire et structurelle sans précédent. Alors que la cercosporiose noire atteint des niveaux de pression jamais enregistrés, nos producteurs se battent avec des moyens de plus en plus limités. La mise en œuvre de solutions collectives et innovantes est aujourd’hui une nécessité absolue. Sans soutien politique rapide, la souveraineté de la banane française est en jeu.

Jean BAFOIN, Directeur Production et Qualité de Banamart

Fiche rédigée en collaboration avec la filière banane de Guadeloupe et Martinique