Écophyto : après les baisses de volume, le défi du transfert des innovations
Les derniers indicateurs Écophyto confirment les progrès accomplis pour baisser les usages de produits phytopharmaceutiques, mais les écarts restent marqués selon les familles de produits. L’enjeu se déplace vers la diffusion des innovations auprès des agriculteurs.
« Maintenant que la baisse du HRI-1 se rapproche de 50 % par rapport à la période de référence 2011-2013, il est temps de réorienter les efforts d’Écophyto ! », estime Ronan Vigouroux, responsable environnement chez Phyteis. Les indicateurs 2024 présentés lors du Comité d’orientation stratégique et de suivi de la stratégie Écophyto 2030 (COS) du 18 septembre font aussi apparaître un plafonnement avec les solutions actuelles. « Pour aller plus loin, il faut des innovations et accélérer le transfert », ajoute-t-il.
47 % de baisse pour le HRI-1
Principal indicateur de la stratégie Écophyto 2030, HRI-1 associe les quantités de substances actives vendues à leur classification selon quatre groupes de risque. En 2024, il se situe à 53 pour la France, contre une base 100 en 2011-2013. Ainsi, la réduction atteint 47 %. À l’échelle européenne, le HRI-1 descend à 41, soit une diminution de 59 %. « Ce qui ne signifie pas une moindre performance de la France, car tout dépend du niveau de départ et du type d’agriculture de chaque pays », relève Ronan Vigouroux.
Toutefois, il invite à interpréter les comparaisons européennes avec prudence. La base 100 masque les différences de situation initiale entre pays. L’Autriche, par exemple, utilisait déjà relativement peu de produits phytopharmaceutiques. Elle disposait donc d’une marge de réduction plus faible. De plus, le calcul du HRI-1 présente plusieurs limites. L’indicateur ne rapporte pas les quantités vendues aux doses d’emploi des substances. Par ailleurs, les quatre groupes de risque sont calqués sur les catégories du Règlement 1107/2009 de l’UE.
Ces points alimentent plusieurs travaux qui visent à faire évoluer le HRI-1. À l’été 2025, les 76 membres du Comité Écophyto ont été consultés sur les propositions formulées dans un rapport de l’Inrae. Vingt ont répondu. De son côté, le JRC européen (Joint research Centre) étudie notamment la normalisation des ventes à partir de doses de référence et une meilleure intégration des dangers pour la santé humaine. Phyteis ne s’oppose pas à une amélioration de l’indicateur HRI-1, sous réserve que cela soit étayé scientifiquement et reste en cohérence avec le système d’homologation européen.
Source – Cos Ecophyto – sept 2026
Les volumes des produits de synthèse vendus atteignent un plateau
Un deuxième indicateur, la quantité de substances actives vendues (QSA), témoigne plus nettement d’un plafonnement des volumes de produits de synthèse. Depuis 2020, les ventes restent autour de 42 000 tonnes.
En 2024, la QSA totale s’élève à 69 800 tonnes. Ainsi, sur ce volume, 42 928 tonnes correspondent aux substances actives conventionnelles, contre 26 872 tonnes pour celles de biocontrôle ou autorisées en agriculture biologique. Par rapport à 2011-2013, les premières reculent de 14 % et les secondes progressent de 95 %.
Quant aux substances les plus toxiques, classées CMR 1, leur retrait devient quasi-total depuis 2022.
Des évolutions contrastées selon les familles de produits phytopharmaceutiques
Toutefois, l’indicateur QSA évolue très différemment selon les usages. Les ventes de fongicides de synthèse diminuent de 40 % par rapport à 2011-2013. Par ailleurs, les insecticides de synthèse affichent une trajectoire particulière. Leur QSA chute de 80 % entre 2020 et 2024. Ronan Vigouroux attribue cette évolution aux retraits de substances et au développement de solutions de biocontrôle, notamment les phéromones et les substances naturelles (huiles de paraffine, kaolin…). « On a tellement resserré le portefeuille des fongicides, insecticides et acaricides que maintenant, pour aller plus loin, il faut des innovations », résume-t-il.
À l’inverse, la QSA des herbicides dépasse de 14 % la moyenne 2011-2013 avec 28 313 tonnes vendues en 2024. Ces produits constituent environ les deux tiers des substances de synthèse utilisées par les agriculteurs. Les hivers doux et humides restreignent les possibilités de désherbage mécanique entre 2020 et 2024. Ils ont aussi pénalisé l’efficacité des interventions chimiques. De plus, les résistances des graminées en grandes cultures à certains herbicides et l’absence d’alternatives de biocontrôle accentuent la situation.
NODU ne reflète pas toute la transformation des usages
Le NODU livre une autre lecture puisqu’il prend en compte les fréquences de traitement à la dose de référence et les surfaces traitées. Il s’établit à 94,85 millions d’hectares en 2024, en hausse de 6 % sur un an, contre 88,23 millions en 2011. Les herbicides en représentent 51 %, les fongicides 28 % et les insecticides 14 %.
Pour Ronan Vigouroux, les substitutions de produits faussent cet indicateur. En effet, le retrait d’une substance active efficace appliquée à faible dose peut conduire à plusieurs applications d’une autre. Le cas des insecticides est particulièrement explicite. Leur QSA chute de 80 % entre 2020 et 2024 mais leur NODU augmente de 25 %. Cet écart résulte principalement du remplacement des néonicotinoïdes, interdits en 2018, par des pyréthrinoïdes, dans un contexte de résistance des pucerons à ces substances.
Des stratégies innovantes de protection des cultures encore trop peu diffusées
Les résultats des fermes DEPHY qui suivent les objectifs du Plan Ecophyto soulèvent la question de la diffusion des stratégies alternatives qui combinent plusieurs techniques. « Depuis 15 ans, les résultats montrent des diminutions des IFT de l’ordre de 25 %, sans perte économique. Or, ces progrès n’ont pas percolé chez les voisins de ces exploitations, ce qui interroge », observe Ronan Vigouroux. Pour lui, le potentiel existe donc déjà dans les exploitations pionnières. Reste à le déployer plus largement.
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