Protection des plantes : un Livre blanc pour préserver la souveraineté alimentaire

Face à l’évolution des risques climatiques et sanitaires, l’AGPB – Céréaliers de France, La Coopération Agricole – Métiers du Grain, NégoA et Phyteis interpellent les décideurs dans un livre blanc : maintenir la capacité à produire en France exige de disposer d’une diversité de solutions complémentaires pour protéger les cultures.

 

Aujourd’hui, protéger une culture consiste à associer plusieurs techniques et outils. Publié fin août, le Livre blanc La protection des plantes au cœur d’une alimentation sûre, accessible et durable documente cette évolution. Il analyse également les conditions nécessaires au déploiement de ces différentes solutions.

Porté par l’AGPB – Céréaliers de France, La Coopération Agricole – Métiers du Grain, NégoA et Phyteis, ce document inscrit cette réflexion dans un enjeu plus large : la capacité de la France à produire durablement son alimentation. Il formule onze propositions destinées aux décideurs publics. Innovation, réglementation, accompagnement des agriculteurs et dialogue avec la société en constituent les principaux axes. « La protection des cultures doit être une composante à part entière des politiques de souveraineté alimentaire », indique Yves Picquet, président de Phyteis.

Dans un monde marqué par les incertitudes géopolitiques, la place de la France dans l’approvisionnement alimentaire mondial constitue aussi un enjeu majeur.

Lancement le 28 août du livre blanc sur la protection des cultures lors de la Foire de Châlons-en-Champagne sur le stand de la Chambre d’agriculture de la Marne.

De gauche à droite : Benoît Piétrement (AGPB -Céréaliers de France), Yves Picquet (Phyteis), Antoine Hacard (La coopération Agricole -Métiers du grain, Christophe Grison (Valfrance – La Coopération agricole) et Olivier Bidaut (NégoA). Ils rappellent que « préserver une diversité de moyens d’action conditionne la capacité des agriculteurs à protéger leurs cultures et récoltes de manière durable ».

Pourquoi un Livre blanc sur la protection des plantes maintenant ?

Progressivement, le potentiel de production agricole français s’érode. Près d’un fruit ou légume sur deux, consommé sur l’hexagone, est importé, contre un quart en 2000. Les céréales ont perdu 900 000 hectares en dix ans. En parallèle, les risques sanitaires évoluent. Le changement climatique modifie la dynamique des bioagresseurs et favorise l’installation d’espèces exotiques. Pourtant, malgré ces menaces, les moyens de protection des cultures s’amenuisent. Par exemple, en six ans, 89 solutions phytopharmaceutiques ont disparu en Europe.

Face à cette nouvelle donne, le Livre blanc défend la complémentarité des solutions. Ensemble, les pratiques agronomiques, la génétique, les méthodes physiques et biologiques, les biostimulants, le numérique, les agroéquipements et la phytopharmacie composent les stratégies de protection des cultures. Leur combinaison se raisonne selon les cultures, les territoires et la pression des bioagresseurs.

Une publication nourrie par l’expertise et les témoignages du terrain

La démarche dépasse largement les quatre organisations signataires du document. Plus de 25 organisations, instituts techniques, entreprises et experts ont contribué à son élaboration. Les instituts techniques, Arvalis, CTIFL, Terres Inovia, ITB ainsi que les interprofessions, Interfel, FOP, CGB, ANMF, Axema et FNAMS comptent parmi les structures associées.

Quels sont les messages clés et temps forts du Livre blanc sur la protection des plantes ?

Un enjeu politique posé dès le départ.

La souveraineté alimentaire française ainsi que la compétitivité des filières agricoles et alimentaires se fragilisent. Le risque de désarmement pour contrôler les bioagresseurs est réel.

 L’analyse de l’évolution des risques sanitaires et des méthodes de protection.

L’approche combinatoire comme fil rouge pour assurer aux consommateurs une alimentation de qualité et en quantité.

Le Livre blanc ne défend pas une solution unique. Il décrit comment les agriculteurs associent l’agronomie, la génétique, les biostimulants, le biocontrôle, le numérique, les agroéquipements et la phytopharmacie selon les situations au champ.

Systématiquement, pour chaque levier, des acteurs de terrain témoignent de son intérêt et de la manière dont ils se l’approprient. Des chiffres clés apportent un éclairage complémentaire et mettent en perspective les réalités du terrain. Le Livre blanc identifie aussi les principaux enjeux auxquels chaque pratique doit répondre pour se déployer.

Des exemples très concrets.

Pour aller plus loin, deux infographies montrent l’articulation des solutions à partir de situations concrètes. La première présente le cas d’une culture pérenne avec la lutte contre le carpocapse de la pomme. La seconde illustre la maîtrise préventive de la septoriose du blé, à l’échelle de la culture et de la rotation.

Une dimension santé et environnement développée.

Un chapitre explique l’évaluation réglementaire des produits phytopharmaceutiques et la surveillance européenne des résidus dans les aliments. Il décrypte aussi les dispositifs de protection des utilisateurs, des riverains et des ressources naturelles.

Des propositions destinées à l’action publique.

Le document ne s’arrête pas au diagnostic. Ses onze propositions dessinent les conditions pour faire évoluer la protection des cultures : faciliter les expérimentations, accélérer l’accès aux innovations et mieux accompagner les agriculteurs. Elles défendent aussi un principe : ne pas retirer de moyens de protection phytopharmaceutiques sans solutions efficaces, opérationnelles et économiquement viables. Chaque levier compte. Affaiblir la phytopharmacie fragilise l’ensemble des stratégies de protection des cultures et leur complémentarité.

Enfin, le collectif mise sur la pédagogie auprès de la société. « Nous devons mieux expliquer aux citoyens ce que garantissent ces outils : une alimentation sûre et de qualité, encadrée par des exigences sanitaires parmi les plus strictes au monde », souligne Yves Picquet.