HRI-1 : un indicateur « trompe-l’œil », vraiment ?
Le HRI-1 fait débat depuis son adoption comme indicateur principal du plan Écophyto 2030. Ses opposants contestent la méthode de calcul. Pourtant, il intègre la dangerosité des substances et traduit une baisse du risque. Des travaux européens cherchent à le rendre plus robuste.
La critique sur HRI-1 revient régulièrement. Cet indicateur européen mesure l’évolution des risques liés à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.
En France, HRI-1 atteint 53 en 2024, sur une base 100 correspondant à la moyenne 2011-2013. Il recule ainsi de 47 %. L’Union européenne affiche un indice de 41, soit une baisse de 59 %.
Pour Ronan Vigouroux, responsable environnement chez Phyteis, HRI-1 présente surtout l’intérêt d’associer les volumes vendus au niveau de risque des substances. Une dimension que n’intègre pas le NODU. Celui-ci comptabilise l’intensité des traitements, sans distinguer leur dangerosité. Le remplacement d’une substance peut ainsi dégrader le NODU si la solution de substitution nécessite davantage d’applications, indépendamment du profil de risque.
Deux biais dans le calcul actuel de HRI-1
Le HRI-1 possède aussi des faiblesses méthodologiques. La première tient aux volumes. Une substance appliquée à plusieurs kilogrammes par hectare pèse davantage dans l’indicateur qu’une autre utilisée à quelques grammes. Or, le tonnage ne reflète pas à lui seul le niveau d’exposition.
Deuxième limite : le système de pondération reste peu différencié. Il classe les substances en quatre groupes de risque selon les catégories du règlement européen 1107/2009. À chaque groupe correspond un coefficient de 1, 8, 16 ou 64. « Ces valeurs sont arbitraires et pourraient évoluer », reconnaît Ronan Vigouroux.
Par conséquent, Phyteis soutient l’amélioration du calcul. « À condition de conserver un indicateur européen, qui prend toujours en compte le risque et se fonde au maximum sur des données réelles et scientifiques », ajoute Ronan Vigouroux.
Le JRC teste une normalisation par les doses
Le Joint Research Centre (JRC) de la Commission européenne travaille précisément sur ces points. Ces travaux font écho au rapport INRAE publié en janvier 2025. Aussi, dans un rapport publié le 14 août 2026, le JRC propose deux orientations pour affiner le HRI-1.
Première piste : normaliser les ventes par les doses d’application. Pour chaque substance, les quantités vendues seront divisées par sa dose de référence avant l’application du coefficient de danger. Ainsi, l’indicateur se rapproche d’un nombre potentiel d’applications plutôt que d’un simple volume.
Cette correction modifie fortement le poids de certaines familles dans le calcul de l’indicateur. Dans les simulations du JRC, la contribution des insecticides et acaricides passe de 6 à 21 % après normalisation. Ces produits s’appliquent à faible dose. À l’inverse, celle des herbicides, défanants et destructeurs de mousses recule de 45 à 34 %.
Toutefois, cette nouvelle méthode ne bouleverse pas la tendance générale. Les simulations du JRC confirment la diminution du risque au cours de la période étudiée.
Mieux différencier les dangers
Deuxième piste du JRC : affiner la pondération des dangers. Les chercheurs proposent de s’appuyer davantage sur les classifications issues du règlement européen CLP (Classification, Labelling and Packaging). Chaque substance recevrait ainsi un score plus individualisé, au lieu de dépendre principalement de quatre grandes catégories.
La méthode reste cependant perfectible. Les données disponibles couvrent mieux les dangers pour la santé humaine que ceux pour l’environnement. Certaines classifications sont aussi absentes ou anciennes. Le JRC présente donc ce score comme une première proposition méthodologique, et non comme une solution définitive.
Pour Phyteis, avec cette solution, on passerait alors d’une classification basée sur le risque par une classification basée sur le danger. Ce serait en contradiction avec l’esprit du Règlement 1107/2009.
Désormais, l’enjeu consiste à disposer d’un indicateur européen HRI-1 plus fin sans perdre sa capacité à suivre l’évolution des risques.