Rhizomanie de la betterave
Identifiée pour la première fois en Alsace en 1971, la rhizomanie de la betterave figure parmi les maladies les plus graves pour la filière. Elle peut entraîner des pertes de rendement racine allant jusqu’à plus de 30 % dans les cas les plus sévères.
La rhizomanie est une maladie virale de la betterave causée par le virus Beet Necrotic Yellow Vein Virus (BNYVV).
L’humidité et la chaleur favorisent ensuite l’infection des racines. La rhizomanie peut alors fortement diminuer le rendement racine, la teneur en sucre et la qualité technologique des betteraves.
Pour limiter son impact, la stratégie repose principalement sur le choix de variétés tolérantes. Elle doit être combinée avec une surveillance des parcelles à risque et avec des pratiques culturales limitant la dissémination de terres contaminées.
Le cycle biologique de la rhizomanie de la betterave
Polymyxa betae survit pendant de nombreuses années sous forme de spores de résistance dans le sol, même en l’absence de plante hôte.
Lorsque que le sol est suffisamment chaud et humide, ces spores germent. Elles libèrent alors des zoospores mobiles, capables de se déplacer dans l’eau du sol. Attirées par les sécrétions des radicelles, elles infectent les jeunes racines de betterave et peuvent transmettre le virus BNYVV.
Du printemps à l’été, Polymyxa betae se multiplie dans les racines. De nouvelles zoospores sont produites et infectent d’autres racines, ce qui favorise la propagation de la maladie dans la parcelle.
En fin de cycle, à la fin de l’été et en automne, Polymyxa betae forme de nouvelles spores de résistance dans les racines. Après la récolte, la décomposition des résidus de culture libère ces spores dans le sol.
Elles peuvent alors y survivre pendant de nombreuses années. Le cycle peut recommencer lorsqu’une nouvelle culture de betteraves, ou une autre plante hôte sensible, est implantée dans une parcelle contaminée.
© ITB – Symptômes de rhizomanie sur betterave sucrière : développement excessif des radicelles et déformation du pivot racinaire.
La nuisibilité de la rhizomanie de la betterave
Lorsque le virus BNYVV infecte la betterave, il perturbe le développement racinaire. De nombreuses petites racines se forment au détriment de la racine principale. Celle-ci devient déformée et absorbe moins efficacement l’eau et les éléments nutritifs.
La plante s’affaiblit alors progressivement. Les feuilles peuvent flétrir aux heures les plus chaudes de la journée et prendre une couleur vert clair. Dans les parcelles les plus touchées, des zones de betteraves peu développées peuvent être observées.
La rhizomanie de la betterave entraîne des pertes de rendement de 10 à 15 % en moyenne. Des pertes peuvent dépasser 30 % dans les situations les plus sévères. La teneur en sucre diminue également de 1 à 4 %, ce qui réduit la qualité technologique des betteraves.
Les sols humides, mal drainés, compactés ou soumis à des excès d’eau favorisent enfin le développement de la maladie. Ces conditions facilitent en effet l’activité de Polymyxa betae, vecteur du virus BNYVV.
© ITB – Symptômes de rhizomanie sur betterave sucrière, avec développement anormal et allongé du pivot racinaire.
Stratégie de protection combinatoire contre la rhizomanie de la betterave
En l’absence de solution de lutte chimique autorisée, la gestion de la rhizomanie de la betterave repose aujourd’hui sur une combinaison de méthodes complémentaires.
En outre, la désinfection des sols n’est plus autorisée pour des raisons environnementales. La prévention et l’adaptation des pratiques agronomiques sont donc primordiales.
Surveillance et prévention
- Le suivi régulier des parcelles, et du Bulletin de Santé du Végétal, permettent d’appréhender le risque et d’orienter la surveillance.
- Le nettoyage des matériels de récolte et de travail du sol limite la dissémination de terre contenant des spores de Polymyxa betae.
- L’utilisation d’outils moléculaires (comme la RT-PCR multiplex) peut confirmer la présence de Polymyxa betae et du BNYVV dans les racines.
Lutte variétale
- L’utilisation de variétés tolérantes à la rhizomanie constitue à ce jour l’unique solution de lutte directe contre la maladie.
- Face aux cas de contournement de la résistance variétale, le choix de variétés adaptées au pathotype local est essentiel pour maintenir l’efficacité de cette protection.
Adaptation des pratiques agronomiques
- Les semis précoces peuvent être privilégiés lorsque les conditions le permettent, car les semis tardifs accentuent le risque d’attaque.
- L’allongement des rotations à plus de 4 ans entre deux cultures de betterave contribue à réduire le potentiel infectieux du sol.
- La limitation de l’irrigation à 70 % des besoins de la plante réduit les conditions favorables au développement du vecteur. Il en est de même de l’amélioration du drainage et de la structure du sol.
- Une gestion rigoureuse des adventices hôte, comme le chénopode ou l’amarante, limite la multiplication du virus et de son vecteur dans la parcelle.