Tout savoir sur la pyrale du maïs et la sésamie : cycle, nuisibilité et traitements
La pyrale du maïs et la sésamie, deux lépidoptères ravageurs, représentent une menace majeure pour les cultures. Communément appelés « foreurs du maïs », leurs chenilles causent de lourds dégâts en perforant les tiges et les épis.
En endommageant directement les grains, ces larves favorisent également l’apparition de champignons comme les fusarium, qui produisent des toxines nocives pour l’alimentation humaine et animale. Sous l’effet du changement climatique, la pyrale du maïs se développe désormais sur l’ensemble du territoire français.
Comment reconnaître la pyrale du maïs et la sésamie ?
La pyrale du maïs (Ostrinia nubilalis)
La pyrale du maïs est un papillon qui mesure environ 25 mm de large. Outre le maïs, elle peut également se nourrir de pommes, de houblon, de melon ou de poivron.
- Le papillon : Il se distingue par une tête très fine et des ailes en forme de delta (triangulaires). Celles des mâles sont de couleur ocre-foncé, tandis que celles des femelles sont beige-clair. Dans les deux cas, les ailes présentent des motifs en zig-zags bruns.
- La chenille : Selon ses cinq stades de développement, la larve mesure de 2-3 mm à 20 mm de long. De couleur gris clair, elle est identifiable par une ligne gris foncé sur le milieu du dos et des points noirs (orifices respiratoires) sur les flancs.
La sésamie (Sesamia nonagrioides)
Originaire du bassin méditerranéen, la sésamie est une noctuelle. Particulièrement sensible aux températures négatives, elle vit majoritairement au sud de la Loire, bien que de nouveaux foyers aient récemment émergé en Basse-Normandie et en Bretagne.
- Le papillon : Son envergure varie de 30 à 40 mm. Il arbore une silhouette trapue avec une touffe dorsale (pilosité sur le thorax) et possède des ailes en forme de « toit ». Ses ailes antérieures sont brunes et ses ailes postérieures sont blanches.
- La chenille : Après sept stades larvaires, elle atteint une taille maximale de 45 mm. Glabre et de couleur rose pâle, elle ne présente pas de ligne sur le dos et ses points noirs respiratoires sont moins visibles que ceux de la pyrale.
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La pyrale du maïs a des ailes en forme de delta et une tête très fine.
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La chenille de pyrale du maïs possède des points sombres sur le flanc et une ligne sur le milieu du dos.
Le cycle biologique de la pyrale du maïs et de la sésamie
Cycle de vie de la pyrale du maïs
Le cycle de développement de cet insecte est fortement dépendant de la température.
- Les vols : Au sud de la France, la pyrale réalise 2 à 3 vols par an, avec une deuxième génération qui apparaît de mi-juillet à mi-août. Au nord, le cycle est normalement monovoltin (un seul vol en juin-juillet). Toutefois, le changement climatique rend les cycles bivoltins (deux vols) plus fréquents au nord, avec un premier vol dès le mois de juin.
- La ponte et l’incubation : La femelle dépose jusqu’à 100 œufs par plaques, le long de la nervure centrale des feuilles. L’incubation, accélérée par une bonne hygrométrie, dure entre 5 et 15 jours selon la température.
- Le développement larvaire : À la naissance, les larves perforent les feuilles en « coup de fusil » pour se nourrir. Dès le troisième stade, elles pénètrent dans les tiges de maïs près de la panicule mâle, causant souvent la casse de la plante au point d’entrée, avant de poursuivre leur développement dans l’épi ou les cannes.
- L’hivernation : En fin d’été, les larves descendent hiberner au niveau du collet, sous la ligne de coupe des ensileuses ou batteuses. La chenille, alors à son dernier stade, entre en diapause et peut résister jusqu’à – 25°C, contrairement aux autres stades larvaires qui ne survivent pas au gel. Là où la deuxième génération n’est pas complète, les chenilles meurent, tandis que les autres lèveront leur diapause au printemps suivant.
Cycle biologique de la sésamie
- Les vols : La sésamie effectue deux vols, voire un troisième lors d’épisodes climatiques très chauds. Après une nymphose débutant mi-avril, les adultes volent de nuit entre mi-mai et fin juin. Le second vol s’étend de mi-juillet à début septembre.
- Le développement : Les femelles pondent des groupes de 60 œufs dans la gaine des jeunes feuilles. Après 5 à 8 jours d’incubation, les larves entrent par la base de la tige et remontent jusqu’aux épis pour se nourrir.
- L’hivernation : En septembre, la chenille entre en diapause dans la tige. Ses larves meurent si les températures chutent entre – 7°C et – 8°C pendant une semaine.
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La sésamie développe une pilosité sur thorax et a des ailes en forme de « toit ».
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La chenille de sésamie est rose pâle et ne présente pas de ligne sur le dos.
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La femelle de la pyrale pond ses œufs le long de la nervure centrale.
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Œufs de sésamie à l’intérieur de la gaine des feuilles.
La nuisibilité de la pyrale du maïs et de la sésamie
La pyrale du maïs et la sésamie sévissent autant dans les maïs grain que dans les maïs fourrage.
Leur nuisibilité est à la fois directe (perte de rendement) et indirecte (contamination par des maladies). Par exemple, en maïs grain, Arvalis estime la baisse de rendement jusqu’à 16 quintaux par hectare.
Concrètement, les larves de ces deux insectes foreurs endommagent les tiges et les épis. Quelle que soit la situation, les galeries qu’elles creusent limitent la circulation de la sève. La plante fragilisée peut même casser. Les larves de sésamie, plus grosses, vont jusqu’à sectionner un pied.
Par ailleurs, la sésamie attaque le maïs plus précocement que la pyrale, dès le stade 4 feuilles.
Mais surtout, les blessures au niveau des épis ouvrent la porte aux spores de fusarium. Ces champignons sécrètent des toxines dangereuses pour la santé humaine et animale. En cas de dépassement des seuils de mycotoxines (1 500 µg/kg pour les toxines DON), les industriels peuvent refuser les lots de grains. De même, un maïs ensilage contaminé perd de sa qualité nutritionnelle.
Perforation des feuilles en « coup de fusil » par les jeunes larves de pyrale.
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En forant la tige du maïs, les larves de pyrale ou de sésamie provoquent sa casse.
La stratégie de protection combinatoire contre la pyrale du maïs et sésamie
La protection contre la pyrale du maïs et la sésamie se déroule pendant tout le cycle de la culture. Dès la récolte, des mesures prophylactiques sont mises en place pour limiter les populations à la parcelle. Puis, au printemps, en fonction de la période de vol de ces lépidoptères ravageurs, des stratégies de protection intègrent le biocontrôle.
En cas de forte pression, la phytopharmacie sécurise le programme de protection. Dans ce cas, le positionnement intervient au plus près du pic de vol pour une efficacité optimum.
Par ailleurs, le rôle des insectes auxiliaires est à prendre en compte dans les itinéraires techniques.
La prophylaxie
Les mesures prophylactiques interviennent dès la récolte du maïs. Le broyage des cannes au ras du sol, ainsi que l’enfouissement des résidus servent à éliminer les larves en diapause. En outre, l’efficacité du broyage augmente si cette pratique concerne toute une zone agricole. Les amas de rafles en bordure des champs représentant des réservoirs potentiels, ils sont donc à enlever.
Dans les situations à risques, les variétés tolérantes vis-à-vis de Fusarium graminearum permettent de réduire le risque de développement de mycotoxines.
Les aménagements paysagers
Les zones enherbées multi-espèces et les haies jouxtant des parcelles de maïs constituent un habitat pour les auxiliaires. la d’un
Des insectes et araignées prédateurs ou des parasitoïdesconsomment des œufs et de jeunes larves de pyrale et de sésamie. Parmi eux, des mouches Asilidae, des syrphes, la mouche des chenilles (mouche tachinaire) et des punaises Anthocoridés (Orius sp.) interviennent activement. De leur côté, les araignées piègent les lépidoptères dans leur toile et celles dépourvues de soies chassent à l’affût.
Couverts végétaux à associerprès des parcelles pour héberger les insectes auxiliaires : apiacées (ombellifères), astéracées (composées), fabacées (légumineuses), graminées, euphorbiacées.
La surveillance par piégeage et observations
Au printemps, l’objectif est de repérer les premiers vols des mâles et des femelles de pyrale et de sésamie. Le réseau d’observations des Bulletins de santé du végétal (BSV) fournit des indications sur l’apparition des adultes. Des pièges à phéromones sexuelles spécifiques et des pièges lumineux permettent de déterminer la période d’activité des papillons.
Cependant, le niveau d’infestation au printemps se mesure souvent à la récolte du maïs en quantifiant les larves en diapause.
- En maïs grain, au-delà de 0,8 larve de pyrale par plante, le seuil de risque pour l’année suivante est atteint.
- Pour les sésamies, faute de seuil d’intervention défini, la lutte chimique doit s’effectuer avant que les larves ne pénètrent dans la tige de maïs.

L’agronomie digitale
En relais, le digital optimise le partage d’information. Aussi, l’Outil d’aide à la décision (OAD) Arc™ Farm intelligence suit l’émergence et la dynamique des populations. Les 280 pièges du réseau FMC servent à l’alimenter.
Le biocontrôle
Le biocontrôle avec des micro-organismes
- Bacillus thuringiensis. Cette bactérie contamine les larves de pyrale et de sésamie ainsi que celles d’héliothis lorsqu’elles sont au stade « baladeur ». La toxine produite par ces micro-organismes interfère avec le système digestif de la larve après ingestion. Alors, elle provoque une septicémie. Cet insecticide possède la mention Utilisable en agriculture biologique.
La lutte biologique avec les parasitoïdes oophages
- Lâcher de trichogrammes. La technique date des années 1980. Les femelles de trichogrammes, Trichogramma brassicae, pondent uniquement dans les œufs des pyrales. Par conséquent, elles empêchent leur développement. L’efficacité dépend du moment de l’introduction au champ de ces parasitoïdes, c’est-à-dire au début du vol de la pyrale.
Des capsules ou des plaquettes contiennent les œufs de ces micro-hyménoptères parasitoïdes. Les plaquettes s’accrochent sur des tuteurs où aux feuilles. Après, les parasitoïdes éclosent en 7 vagues successives pour couvrir une génération de pyrales.
On peut positionner manuellement les capsules de trichogrammes dans la parcelle. Des drones peuvent les larguer pour simplifier la pose. Dans ce dernier cas, des pilotes professionnels réalisent cette prestation. Cette méthode de lutte biologique dite « inondative » couvre en moyenne plus de 70 000 hectares de maïs. De surcroît, elle peut s’employer avec d’autres méthodes de biocontrôle ou de la phytopharmacie préservant ces parasitoïdes et les auxiliaires.

Les perspectives « 2030 » de lutte contre la pyrale du maïs et la sésamie
Des méthodes insectifuges sont en cours d’étude. D’une part, des kairomones attirent ou repoussent les pyrales du maïs. D’autre part, le recours aux phéromones perturbe l’accouplement des papillons.
Quoi qu’il en soit, les solutions de biocontrôle et les insecticides en association restent essentiels pour contrôler les fortes pressions.