Le taupin du maïs : biologie, dégâts et solutions de lutte

Maïs Insectes 30 avril 2026

Le taupin du maïs, souvent surnommé « ver fil de fer », est le ravageur du sol que l’on rencontre le plus fréquemment dans cette production agricole.

Ce nuisible est capable d’occasionner des dégâts très importants, touchant de 20 à 50 % des pieds d’une parcelle. Face à la menace de cet insecte taupin, il est essentiel d’adopter une approche combinatoire.

Le cycle biologique du taupin du maïs

Le taupin est un ravageur souterrain qui appartient à la famille des coléoptères. S’il se nourrit de diverses espèces végétales, il montre une nette préférence pour les racines. En France, on recense principalement quatre espèces du genre Agriotes qui sont nuisibles pour les cultures, et qui s’avèrent particulièrement actives comme taupin sur maïs.

Le cycle biologique de ces insectes varie selon l’espèce :

  • Trois espèces ( obscurus, A. lineatus et A. sputator) possèdent des cycles longs d’environ 4 ans.
  • L’espèce sordidus présente un cycle beaucoup plus court, avec seulement 1 à 2 ans de vie larvaire.

Chaque année, de mai à juillet, les œufs sont déposés dans la couche superficielle du sol. L’éclosion a lieu deux à quatre semaines plus tard.

La larve taupin : le stade le plus critique

La larve taupin arbore une couleur jaune paille et mesure de 3 à 25 mm selon son stade de développement. Son enveloppe protectrice (les téguments) est particulièrement dure, ce qui lui vaut l’appellation de vers taupin ou « ver fil de fer ». Cette larve possède trois paires de pattes ainsi que de courtes mandibules.

Les larves de taupin peuvent vivre jusqu’à 4 ans. Par conséquent, au sein d’une même parcelle, il est fréquent de rencontrer simultanément des larves de toutes tailles et de tous âges. Il faut savoir que ce sont les derniers stades larvaires qui causent les attaques les plus nuisibles.

Pour les espèces ayant un cycle long, la nymphose s’effectue dans une logette de terre au cours de la cinquième année. Les adultes, de couleur brun-noirâtre et mesurant entre 8 et 12 mm, émergent ensuite à partir des mois de mars et avril pour pondre à nouveau.

© VladK213

Larve de taupin, du genre Agriotes

© Henrik_L

Coléoptère, du genre Agriotes

La nuisibilité du taupin du maïs

Les dommages provoqués par les larves de taupin peuvent être très conséquents pour les cultures. L’intensité, la précocité et la durée de l’attaque déterminent la gravité des dégâts.

  • Attaque sur les semis : Les larves empêchent directement la germination des graines.
  • Attaque sur les jeunes plants : Jusqu’au stade 8-10 feuilles, elles creusent des galeries dans la partie souterraine de la tige, notamment au niveau du collet. Cela provoque irrémédiablement le flétrissement et l’assèchement de la plante.

Ces attaques de taupin maïs se manifestent généralement par « taches » ou par « foyers », s’étendant sur quelques mètres carrés ou sur de plus vastes surfaces. Ces zones touchées correspondent souvent aux parties les plus humides de la parcelle.

Lorsqu’une culture subit ce type de sinistre, les perspectives sont globalement défavorables car il n’y a pas de solutions curatives. Seule une période de temps sec peut assécher les horizons superficiels du sol, ce qui force le ravageur à descendre plus en profondeur et à quitter la zone de sensibilité de la plante.

D’après Arvalis, 50 % des surfaces de maïs grain subissant des attaques présentent un risque de perte de rendement dépassant les 30 %. Sans protection, et sur la base d’un rendement de 10 tonnes par hectare, les pertes de production pourraient atteindre environ 990 000 tonnes. Pour illustrer, sur une parcelle ayant un potentiel de 120 q/ha, la perte de 20 % des pieds entraîne une baisse de rendement de l’ordre de 20 à 40 q/ha.

Les situations à risque pour le taupin sur maïs

L’expression des dégâts s’explique principalement par les conditions climatiques et par l’existence de dégâts antérieurs sur la parcelle. Le taupin est présent partout en France, mais il prolifère surtout dans les sols riches en matière organique et dans les assolements qui intègrent de la prairie artificielle ou permanente. À l’inverse, on le retrouve moins dans les zones inondables et les sols sableux.

L’humidité et le froid sont des facteurs très propices aux attaques , car ces conditions ralentissent la levée et la croissance du maïs, ce qui prolonge sa période de vulnérabilité.

La stratégie de protection combinatoire contre le taupin du maïs

La lutte raisonnée contre le taupin du maïs nécessite une connaissance fine du risque parcellaire. Les parcelles avec de la prairie dans la rotation et celles sur lesquelles des dégâts ont déjà été observés seront à protéger en priorité.  

La lutte agronomique

La fertilisation starter accélère le développement racinaire et favorise une esquive partielle des faibles attaques de taupins. Elle améliore la robustesse du maïs.  Cette stratégie est très vite limitée en cas d’attaque moyenne à forte. 

Il est également conseillé de proposer une nourriture alternative, c’est-à-dire un appât, au moment du semis afin de détourner les taupins des plantes à protéger. 

La lutte phytosanitaire

A ce jour, il n’existe aucune solution curative pour lutter contre le taupin.  

En matière de solution préventive, les producteurs peuvent avoir recours aux traitements de semences. Toutefois, en France, depuis 2018, les néonicotinoïdes en traitement de semences pour protéger les cultures sont interdits.  

En 2024, seuls les microgranulés à base d’un produit insecticide ont pu être appliqués. En 2025, seuls les produits à base de cyperméthrine sont disponibles et sont applicables sans contrainte de profondeur d’incorporation, mais leur efficacité est partielle.  

© Angela Macario

Les perspectives « 2030 » de lutte contre le taupin du maïs

Les recherches d’Arvalis sur de nouveaux leviers et solutions pour lutter contre les taupins se poursuivent. Les travaux portent notamment sur les champignons et nématodes (entomopathogène), la confusion sexuelle, le développement de plantes de services, les fertilisants organiques.  

Ces différentes solutions présentent un intérêt potentiel. Néanmoins, cet intérêt doit encore être démontré grâce à des travaux expérimentaux en conditions de culture (grandes parcelles suivies sur plusieurs années).