Tout savoir sur la grosse altise du colza

Colza Insectes 13 août 2025

La grosse altise du colza menace fréquemment cette culture dès le début de son cycle végétatif et ce, jusqu’à la sortie de l’hiver.

Face à ces bioagresseurs, la stratégie de protection combinatoire repose principalement sur un colza vigoureux et une surveillance très régulière du niveau d’infestation dans les parcelles.

Identification de la grosse altise et de sa larve

les bioagresseurs les plus problématiques pour le colza, au même titre que le charançon du bourgeon terminal. Cet insecte cause des dégâts à différents stades de son développement : l’adulte est nuisible à l’automne sur les jeunes plantules, tandis que la larve s’attaque aux plantes déjà développées durant l’hiver.

Caractéristiques de l’adulte :

  • L’insecte adulte mesure entre 3,5 et 5 mm de long.
  • Son corps arbore une couleur noir brillant avec de légers reflets bleus.
  • Les antennes ainsi que les extrémités de ses pattes sont de couleur rousse.
  • La grosse altise colza se distingue particulièrement par sa paire de pattes arrière, dites « sauteuses », qui sont beaucoup plus développées.

Caractéristiques de la larve grosse altise colza :

  • À l’éclosion, la larve mesure 1,5 mm et peut atteindre 8 mm à la fin de sa phase de croissance.
  • Le corps est à la fois blanc et translucide, avec des pigmentations visibles sur les plaques thoraciques.
  • Contrairement aux larves de charançons ou de mineuses qui en sont dépourvues, cette larve possède un signe distinctif : trois paires de pattes.

Remarque sur une espèce voisine : Le colza peut également être victime de la petite altise, aussi appelée altise des crucifères (Phyllotreta sp.). Ce coléoptère sauteur est moins fréquent que la grosse altise mais attaque la culture dès la levée. Il mesure entre 2 et 2,5 mm, présente une couleur bleu métallique ou noir brillant , et ses élytres peuvent parfois arborer des bandes longitudinales jaunes selon l’espèce.

La larve de grosse altise.

La grosse altise adulte.

Le cycle biologique de la grosse altise sur colza

La grosse altise n’effectue qu’un vol nuptial par an de mi-septembre à octobre. Ensuite, après cette phase, les adultes s’activent uniquement à la tombée de la nuit pour se nourrir et se cachent le jour dans les anfractuosités du sol et les résidus de paille.

Les pontes se déroulent de l’automne à la fin de l’hiver. La température optimale est entre 4 et 12°C, et les pontes s’arrêtent en dessous de 2°C. Une femelle pond de 70 à 150 œufs qu’elle dépose en paquet dans des cavités du sol, tout près des pieds de colza.

Les larves d’altises passent l’hiver dans les plantules de colza

Les larves sortent 10 jours après la ponte. Elles pénètrent dans la plante par le pétiole des feuilles de colza et se nourrissent en creusant des galeries dans la feuille et la tige. Leur croissance s’arrête lorsque les températures descendent en dessous de 7°C.

Au début du printemps, pour effectuer leur nymphose, elles se cachent entre 0,5 et 8 cm de profondeur dans le sol.

Les altises adultes passent l’été dans les bords de parcelles

Les adultes émergent en mai-juin. Ils quittent les parcelles de colza pour migrer vers une végétation dense (haies et bords de champs). La diapause dure jusqu’au milieu de l’été. Début septembre, pour se reproduire, ils entament leur vol vers les parcelles de colza. La migration débute après une période de baisse puis de remontée des températures au-dessus de 20°C.

La nuisibilité des altises du colza

Pour se nourrir, les altises d’hiver adultes perforent uniquement les cotylédons et les jeunes feuilles de colza.

  • Jusqu’au stade 4 feuilles, les attaques fragilisent le potentiel de rendement en affaiblissent les plantes.
  • Cependant, au-delà du stade 4 feuilles, les plantules peuvent faire face aux dégâts foliaires.

Toutefois, la principale menace provient des larves. Pendant l’hiver, leurs attaques s’étendent jusqu’au cœur de la tige. Les morsures rendent la plante plus sensible au gel, causant d’importantes pertes de pieds. Puis, à la montaison, les larves endommagent le bourgeon terminal. Dans ce cas, la plante reste naine avec un port buissonnant.

La stratégie de protection combinatoire contre la grosse altise du colza

Pour résister aux attaques de la grosse altise, à chaque étape de son cycle, le colza doit avoir une bonne dynamique de croissance.

L’institut technique Terres Inovia présente les leviers agronomiques dans le cadre de la démarche « colza robuste ». Cette stratégie repose sur une combinaison de pratiques culturales.

Les pratiques culturales

Choix de variétés

Des variétés de colza avec une forte vigueur de départ et une reprise précoce de la végétation en sortie d’hiver sont moins sensibles aux attaques d’altises.

Depuis 2022, Terres Inovia prend en compte le critère « hébergement des larves d’altises » dans ses notations de variétés. Cependant, ce critère n’est pas toujours corrélé avec le rendement.

Une fiche CEPP (Certificat d’économie de produits phytopharmaceutiques) inclut depuis 2024 les variétés robustes vis-à-vis des coléoptères d’automne.

Elle considère trois critères : la vigueur du colza à l’automne, l’hébergement des larves et le port buissonnant.

Selon Terres Inovia, les variétés de colza aux meilleurs comportements vis-à-vis des altises permettent de diminuer l’Indice de fréquence de traitement (IFT) insecticide. Ainsi, l’institut technique estime cette économie jusqu’à 2 unités d’IFT (sur un total de 6 en moyenne).

Le semis du colza avec des légumineuses gélives concerne chaque année environ un tiers des surfaces. La fiche N° 2 du Contrat de solutions indique que ces légumineuses évitent en moyenne un passage insecticide à l’automne.

Semer tôt le colza

Une autre solution mise en avant par Terres Inovia consiste à soustraire le colza de la période d’activité des altises, en le semant début août. Lorsque les vols du coléoptère interviennent autour du 20 septembre, la plante dépasse le stade sensible de 4 feuilles.

Réussir l’implantation du colza

Une levée précoce en août et une croissance dynamique à l’automne dépendent de plusieurs facteurs.

  • Tout d’abord, un sol frais (semis juste avant les pluies).
  • Aussi, une bonne structure du sol pour un bon enracinement.
  • De plus, une densité de semis autour de 35 plantes/m².
  • Enfin, un apport d’azote « starter » qui dynamise la croissance en début du cycle.

Cependant, la fertilisation n’est pas nécessaire si le précédent cultural est une légumineuse ou si le colza est semé avec une légumineuse.

Colza associé aux légumineuses gélives

L’association du colza avec une légumineuse gélive (fétuque, fenugrec, vesces, lentilles…) est complémentaire du semis précoce pour réguler les populations d’altises. En effet, ces plantes compagnes perturbent les altises qui ont plus de difficultés à repérer les colzas pour se nourrir et pondre à proximité.

Aménagements paysagers

Par ailleurs, les bandes végétalisées proches des parcelles cultivées abritent des prédateurs comme les staphylins, les larves de cantharides, les adultes de carabes et des parasitoïdes.

Par exemple, l’hyménoptère Tersilochus (Tersilochus microgaster) pond ses œufs au printemps dans les larves d’altises.

Le suivi des populations de grosses altises

L’adulte de l’altise d’hiver est sous haute surveillance de septembre à octobre. Des réseaux d’agriculteurs et de techniciens piégeurs établissent des indicateurs de présence du ravageur dans les parcelles de colza. Dès le semis, des cuvettes jaunes légèrement enterrées servent de piège pour les altises.

Pour estimer le nombre de larves, Terres Inovia recommande notamment la méthode Berlèse. Sinon, l’incision des tiges ou de pétioles aide à repérer les galeries et les individus.

Les observations des techniciens alimentent les Bulletins de santé du végétal (BSV).

L’agronomie digitale

Terres Inovia propose deux outils d’aide à la décision « Colza Risque altises adultes » et « Colza Risque larves d’altises d’hiver ». Ces simulateurs évaluent le risque à partir de composantes agronomiques.

La phytopharmacie

Contre les adultes et les larves d’altises, on déclenche la protection insecticide en fonction de trois critères.

  • Le risque agronomique qui intègre la précocité de semis, la vigueur des pieds, le volume de biomasse et la dynamique de croissance du colza.
  • La pression des insectes avec le niveau de dégâts des adultes et le nombre de larves.
  • Le niveau de résistance des altises aux insecticides pyréthrinoïdes.

 

Seuil de risque altise adultes Risque agronomique à l’automne Seuil de risque larves d’altises
8 pieds sur 10 avec morsures jusqu’au stade 4 feuilles Pas de risque (biomasse dense supérieures à 1.2 – 1.5 kg/m2 et pied vigoureux (poids de plus de 60 g/pied) 5 larves par plante
Risque identifié 3 larves par plante ou 70% de plantes porteuses

Niveaux de résistance des altises aux pyréthrinoïdes

La pharmacopée comprend seulement cinq pyréthrinoïdes. Toutefois, des résistances existent et le choix des produits dépendra du niveau de sensibilité des altises.

Dans de nombreuses situations, ces produits conservent leur efficacité sur larves et adultes. Cependant, en cas de résistance généralisé à l’échelle d’un département, la cyantraniliprole est utilisable par dérogation 120 jours.

Deux types de résistance des altises aux pyréthrinoïdes existent :

La résistance KDR (Knock Down Resistance) qui est partielle et la résistance SKDR (Super Knock Down Resistance) qui est forte.

Pour connaitre les départements concernés par ces résistances, voir la carte des résistances de Terres Inovia.

Utilisation des insecticides selon les situations de résistances des altises aux pyréthrinoïdes

Résistance KDR Résistance SKDR avec un seul cas Résistance SKDR généralisée
Pyréthrinoïdes : deltaméthrine, lambda-cyhalothrine, esfenvalérate, cyperméthrine, tau-fluvalinate Oui Oui Non
Ryanoïdes : cyantraniliprole sous dérogation Interdiction Interdiction OUI

Importance de l’approche combinatoire contre l’altise du colza

L’altise peut faire de gros dégâts sur le colza. À la levée, la destruction de plantules par les adultes peut affecter le peuplement. Puis, en hiver, les larves endommagent les pieds, les rendant sensibles au gel et peuvent même détruire le bourgeon terminal !

La pharmacopée est très limitée et il existe de nombreuses résistances d’où l’importance de sécuriser la culture du colza par une approche durable de la protection de la culture.

La combinaison des différents leviers disponibles vise à maintenir le niveau des populations en dessous des seuils de risque, en agissant à toutes les étapes du cycle du ravageur.

Pour ce faire, l’approche combinatoire comprend plusieurs volets :

  • Tout d’abord, une approche agronomique (date de semis, choix variétal, plantes compagnes),
  • Ensuite, un suivi digital des populations d’insectes (piégeages et BSV),
  • Et finalement, l’utilisation raisonnée des substances actives autorisées.

Les solutions de biocontrôle sont encore peu développées mais certains agriculteurs utilisent des produits répulsifs à base d’ail.

© Yvan Tessier

Les perspectives « 2030 » de lutte contre la grosse altise en 2030

Le Plan sortie du Phosmet (2022-2025) explore des solutions alternatives à la phytopharmacie. Des solutions sont prometteuses contre les altises du colza.

  • Les solutions de biocontrôle. Un champignon entomopathogène qui contamine les grosses altises est testé actuellement. Un autre micro-organisme à l’étude jouerait un rôle dissuasif. Par ailleurs, un acide gras naturel agirait contre les adultes. Un produit de biocontrôle à base de kairomones est en cours d’évaluation. Ces odeurs perturbent les adultes.
  • L’agronomie digitale. L’efficacité des traitements, qu’ils soient phytopharmaceutiques ou de biocontrôle, dépend d’un bon positionnement. Les outils digitaux sont développés pour l’optimiser. Ainsi, des satellites mesurent la biomasse du colza et des pièges connectés déterminent l’arrivée de l’insecte sur la parcelle. Avec les données météo il est possible d’affiner la période d’application.
  • La génétique. La sélection variétale cible notamment la tolérance des plantes aux attaques des altises et du charançon du bourgeon terminal à un haut potentiel de rendement.