Étiquetage numérique des produits phytopharmaceutiques : l’Europe ouvre une nouvelle étape réglementaire

Agronomie digitale 18 décembre 2025

L’étiquetage des produits phytopharmaceutiques entre dans une nouvelle phase avec l’adoption, le 11 décembre, du règlement européen qui remplacera le règlement EU 547/2011. Cette évolution harmonise les exigences d’étiquetage à l’échelle européenne tout en améliorant l’accès à l’information pour les utilisateurs.

Si plusieurs ajustements concernent notamment les phrases de danger, les précautions d’emploi, les traitements de semences ou encore les microorganismes, la principale nouveauté réside dans la reconnaissance de l’étiquetage numérique. Pour la première fois, un règlement européen rend obligatoire la mise à disposition d’une version digitale de l’étiquette, dotée du même contenu et du même statut que sa version physique.

Ces évolutions seront mises en œuvre progressivement à partir du 1er janvier 2027. À terme, l’ensemble des produits phytopharmaceutiques devra disposer d’une étiquette numérique accessible au plus tard le 1er janvier 2030. Pour Phyteis, cette évolution marque une étape importante dans la modernisation de l’information réglementaire et son intégration croissante dans les outils numériques utilisés en agriculture.

Un vrai pacte européen sur l’étiquetage numérique

Bien avant le vote de cette refonte du texte, CropLife Europe avait déjà engagé le projet AgriGuide. En 2023, collectivement, les entreprises décidaient de créer l’étiquetage digital. Ainsi, elles lançaient la construction d’une base de données européenne gratuite pour les utilisateurs. Après trois pays pilotes (Italie, Roumanie, Allemagne), la base de données s’étend à l’Europe des 27 entre 2026 à 2027.

Plus qu’une étiquette physique ou un pdf, l’étiquette digitale va faciliter d’accès à l’information. « Sinon, l’information aurait été noyée dans 10 à 15 pages d’une étiquette dépliante parfois peu pratique », estime l’expert de Phyteis.

Autre point important, les informations qu’elle héberge seront également lisibles par les agroéquipements. L’étiquette n’est donc plus seulement informative, elle devient opérante.  « C’est bien à terme la vocation de la base AgriGuide, indique Julien Durand-Réville. Prenons l’exemple d’un produit qui requiert une zone non traitée de dix mètres le long d’un cours d’eau. Et bien, l’agriculteur et demain le tracteur seul sauront quand couper automatiquement la buse ».

De surcroît, l’exigence de cohérence entre l’étiquette physique et numérique correspond exactement à l’architecture d’AgriGuide.

Évolution des conditions d’emploi en lien avec le progrès technologique

Le texte actualise aussi le fond des informations. De nouvelles phrases de risque harmonisées améliorent la lisibilité. Elles prévoient également de nouveaux outils et avancées. En particulier, le règlement renforce les phrases relatives aux méthodes de mitigation du risque. Par exemple, l’étiquette peut intégrer des conditions d’emploi liées à des équipements spécifiques comme les systèmes de transfert fermés. « Le législateur reconnaît par-là l’impact du progrès technologique dans la réduction du risque chimique, analyse Julien Durand-Réville.

Par ailleurs, le nouveau cadre réglementaire introduit des phrases suffisamment ouvertes pour intégrer les évolutions technologiques à venir. Cette souplesse évitera de rouvrir le texte à chaque fois.

Pour Phyteis, la nouvelle version du règlement s’inscrit dans un mouvement plus large. Elle apporte une meilleure lisibilité et une meilleure fiabilisation des données. Une telle dynamique facilite l’intégration de l’agriculture de précision dans une approche combinatoire de la protection des cultures.

Meilleures visibilités des phrases de risques

En parallèle, la communication des dangers et des précautions évolue. Quatre annexes au texte de règlement présentent ces changements. Ainsi, en annexe III, un pictogramme spécifique « abeilles » fait son apparition, avec des critères harmonisés au niveau européen. L’annexe IV quant à elle s’intéresse aux produits contenant des microorganismes. Le dernière annexe précise plusieurs nouveaux chapitres liés aux travailleurs en rentrée, aux riverains, aux rodenticides ou encore aux traitements de semences.

Clarification pour les traitements de semences

L’article 7 renforce l’information sur les semences traitées pour sécuriser la manipulation et le semis. Il impose que les phrases de réduction du risque du produit ayant servi au traitement figurent directement sur les sacs de semences. Elles sont également dans les documents d’accompagnement.