Rés0Pest (Episode 5) : que retenir de dix ans de production sans pesticides ?

Biosolutions 16 septembre 2026

Après plus de dix ans d’expérimentation, le programme Rés0Pest livre des enseignements précieux sur les systèmes de culture sans pesticides. Au-delà de la question de leur faisabilité, il éclaire les conditions agronomiques, techniques et économiques nécessaires à leur fonctionnement.

 

Pendant plus de dix ans, chercheurs, ingénieurs et techniciens ont conçu, observé et fait évoluer des systèmes de culture sans pesticides dans différents contextes agricoles français. Certains ont atteint des niveaux de production satisfaisants, d’autres se sont révélés plus fragiles. Tous ont contribué à mieux comprendre le fonctionnement de systèmes agricoles conçus pour se passer de pesticides.

Le principal enseignement de Rés0Pest dépasse toutefois la seule question de la faisabilité du « sans pesticides ». Ce programme met en lumière la complexité des systèmes de production, l’importance de l’agronomie et de la combinaison des leviers, ainsi que les conditions nécessaires pour maintenir durablement les performances des cultures.

La performance ne se résume pas au rendement

L’une des originalités du programme est d’avoir évalué les systèmes expérimentés selon les dimensions de la durabilité : environnementale, économique et sociale.

Figure 1 – Évaluation multicritère de la durabilité des systèmes Rés0Pest

(Source : Traduit et adapté de Cellier et al. (2025), Innovations Agronomiques, 98 : 142‑159 (Rés0Pest).)

Les résultats montrent que les performances des systèmes ne progressent pas toujours dans la même direction. Les indicateurs environnementaux apparaissent généralement favorables, tandis que les performances économiques et sociales se révèlent plus variables selon les contextes.

Cette observation constitue sans doute l’un des enseignements les plus intéressants du programme. La réduction des pesticides ne permet pas, à elle seule, de conclure à une amélioration globale de la durabilité d’un système agricole. D’autres dimensions doivent également être prises en compte : viabilité économique, organisation du travail, stabilité des résultats ou encore capacité à supporter les risques associés aux aléas climatiques et sanitaires.

La figure illustre ainsi une réalité souvent rencontrée en agronomie : les systèmes agricoles sont confrontés à plusieurs objectifs simultanés, parfois complémentaires, parfois contradictoires. Améliorer une dimension ne garantit pas automatiquement l’amélioration des autres.

La question n’est donc pas uniquement de savoir s’il est possible de produire sans pesticides, mais comment construire des systèmes capables de concilier, dans la durée, des objectifs environnementaux, économiques et sociaux.

La robustesse naît de la diversité des solutions

C’est probablement la principale leçon agronomique du programme.

Tout au long du réseau, les résultats observés n’ont jamais reposé sur un levier unique. Les systèmes les plus performants mobilisaient simultanément plusieurs catégories de solutions : rotations diversifiées, choix variétaux, adaptation des dates de semis, couverts végétaux, travail du sol, infrastructures agroécologiques ou encore interventions mécaniques.

Chaque levier apporte une réponse à certaines difficultés. Aucun ne permet à lui seul de répondre à l’ensemble des enjeux rencontrés.

Rés0Pest montre ainsi que la robustesse des systèmes agricoles repose moins sur la recherche d’une solution unique que sur la capacité à associer plusieurs leviers de manière cohérente et adaptée aux contextes locaux.

Ce que nous laisse Rés0Pest

possible de produire sans pesticides dans certains contextes, mais aussi que cette ambition s’accompagne de difficultés, d’arbitrages et de performances variables selon les situations.

Au fil du réseau, les résultats observés n’ont jamais reposé sur un levier unique ou sur une solution miracle. Ils se sont construits à travers l’articulation de nombreux leviers agronomiques, dont l’efficacité dépendait largement des contextes rencontrés et de leur capacité à se compléter mutuellement.

Cette observation dépasse le seul cadre de Rés0Pest. Elle rappelle qu’en agriculture, la robustesse d’un système tient rarement à la performance exceptionnelle d’un outil isolé. Elle repose davantage sur la diversité des réponses mobilisées face à la diversité des situations rencontrées.

Cette réflexion fait écho à l’approche combinatoire portée par Phyteis. Celle-ci repose sur l’idée que la transition des systèmes agricoles ne pourra vraisemblablement pas s’appuyer sur une catégorie unique de solutions, mais sur leur complémentarité. Les leviers agronomiques dont l’agronomie digitale, les solutions biotechnologiques, les biosolutions et les produits phytopharmaceutiques peuvent contribuer ainsi à la construction de systèmes plus robustes et plus durables.

Au fond, l’héritage le plus durable de Rés0Pest n’est peut-être pas d’avoir cherché à identifier un modèle unique pour l’agriculture de demain. Il réside davantage dans une autre leçon : face à des enjeux agronomiques, économiques et environnementaux complexes, la robustesse des systèmes se construit souvent dans la combinaison des solutions plutôt que dans la recherche d’une réponse unique.