Agronomie digitale : quel rôle dans la protection des cultures ?
Discipline à part entière, l’agronomie digitale s’impose aujourd’hui comme l’un des piliers de la protection des cultures. Des outils d’aide à la décision à la robotique, son champ d’application ne cesse de s’élargir. Son objectif : aider à traiter mieux et moins, tout en optimisant la productivité agricole. Explications.
Associée aux technologies du numérique, l’agronomie digitale ouvre de nouvelles perspectives pour accélérer la transition agroécologique. En répondant à un objectif simple – choisir le bon produit, à la bonne dose, au bon endroit et au bon moment, dans le respect des exigences réglementaires – elle aide les agriculteurs à gagner en précision tout en allégeant leur charge mentale. Déployée depuis plus de dix ans, cette discipline s’appuie sur une large palette d’outils : objets connectés alimentant les bases de données, imagerie satellite pour produire des cartes de rendement, API (interfaces de programmation) intégrant des algorithmes de reconnaissance des bioagresseurs et de prédiction des risques d’attaque, systèmes de gestion parcellaire, robots ou encore technologies d’évaluation de la fertilité et de la santé biologique des sols.

Avec le déploiement des outils de prédiction du risque des bioagresseurs, une nouvelle approche
scientifique de la protection des cultures est proposée par les entreprises de protection des cultures, il s’agit de l’agronomie digitale.

Outils d’aide à la décision consultables sur smartphone comme robots ou matériels équipés d’intelligence artificielle, toutes ces technologies entrent dans le périmètre de l’agronomie digitale.
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Le numérique pour trouver la bonne combinaison de solutions
L’agronomie digitale sécurise le processus de décision en simulant les scénarios d’évolution des bioagresseurs et les moyens de les contrôler. « Là où la conduite des cultures était conditionnée à l’unique observation humaine, l’agronomie digitale intègre automatiquement de multiples signaux à différentes échelles et mutualise des informations, explique Julien Durand-Réville, responsable agronomie digitale Phyteis. Par exemple, en générant une cartographie de rendement, l’imagerie satellite permet de mieux comprendre les potentiels de la parcelle et d’ajuster sa conduite culturale. »
En effet, pour maintenir des cultures saines et productives, l’agriculteur doit évaluer régulièrement l’état sanitaire des plantes, la sensibilité des variétés, leur besoin en eau, en nutriments mais aussi la santé de ses sols. Le digital facilite la collecte de ces données. Agrégées et analysées par des modèles numériques, ces informations traduisent la situation agronomique de chaque parcelle. Une démarche d’amélioration en continue du conseil caractérise même les technologies dotées d’intelligence artificielle. Plus cette dernière est sollicitée, plus elle devient précise.
Pour autant, le numérique ne remplace pas le travail de l’agriculteur, il l’éclaire. « La décision de protéger ou non la culture lui revient toujours, ajoute Julien Durand Réville. Toutefois, grâce au digital, l’agriculteur dispose rapidement d’informations adaptées à sa situation afin de trouver la bonne combinaison de solutions. » Combinaison de solutions signifiant, outre l’application de produits de protection des cultures, la mise en œuvre de pratiques culturales alternatives agronomiques et mécaniques. « On ne va donc par vers une standardisation ou une uniformisation des modes de décisions mais vers une plus grande hétérogénéité », souligne-t-il.

L’analyse de parcelles par satellite, les capteurs installés dans les cultures ou encore les robots existent sur le marché depuis six ans. Quant aux outils d’aide à la décision, les premiers modèles remontent au début des années 2000.
De la baisse des intrants à l’émergence de nouveaux modèles économiques
Reste à mesurer les bénéfices en termes de réduction de la consommation des intrants. Avec la pulvérisation de très haute précision par reconnaissance artificielle des adventices, les quantités d’herbicide par hectare peuvent diminuer jusqu’à 70 %. Autre exemple quantifié, en Espagne, la technique de pulvérisation de produits phytosanitaires dite « à taux variable » car ajustée au niveau de développement végétatif conduit à une réduction de 40 % de la quantité de cuivre pulvérisée par hectare de vigne en comparaison avec la pulvérisation conventionnelle. Néanmoins, la quantité de produit déposée sur les feuilles entre les deux modes de conduite se révélant identique, un tel traitement conserve toute son efficacité.
Début 2022, une étude menée par CropLife America, des équipementiers et des associations de producteurs de soja et de maïs révélait de leur côté que l’adoption de technologies du numérique déjà disponibles permettait de faire baisser de 7 % en moyenne sur le pays l’utilisation des engrais, de 9 % celles d’herbicides et de 4 % la quantité d’eau.
En France, selon le Contrat de Solutions, de 10 à 20 % des applications de fongicides sur blé sont économisées en moyenne grâce aux Outils d’aide à la décision. De son côté, Arvalis estime que l’Indice de fréquence de traitement (IFT) pour contrôler le mildiou de la pomme de terre a été réduit de 5 points entre 2018 et 2022 grâce à l’OAD Mileos. Plus de 60 % des planteurs l’ont utilisé en 2022.

L’offre en robots monte en puissance. Pour preuve, les espaces de démonstration installés dans les salons agricoles. Ici, le village de la robotique du salon Innov-Agri qui s’est tenu du 5 au 7 septembre à Outarville (45).