Comprendre et traiter l'oïdium de la vigne
L’oïdium menace la vigne principalement avant la floraison, mais il est crucial de noter que son impact sur la récolte s’avère le plus important durant la période s’étalant de la floraison à la nouaison.
Aux côtés du mildiou (Plasmopara viticola), l’oïdium (Erysiphe necator) se classe incontestablement parmi les deux maladies des vignes les plus préoccupantes à l’échelle des vignobles français.
Pour contrer cette maladie de la vigne, une stratégie de protection efficace repose sur quatre piliers fondamentaux : la prophylaxie, le suivi rigoureux, la phytopharmacie et le biocontrôle.
Les symptômes
- Les toutes premières manifestations de l’oïdium sont discrètes. Des taches huileuses apparaissent sur la face supérieure des feuilles. De plus petites taches longent les nervures, à la face inférieure des feuilles. Pour les repérer, une loupe s’avère souvent nécessaire.
- Un feutrage gris se développe sous la feuille, puis colonise sa face supérieure.
- Une poussière cendrée recouvre les grains.
Le cycle biologique de l'oïdium de la vigne
L’oïdium de la vigne survit majoritairement l’hiver sous une forme sexuée, les cléistothèces. Selon les régions et les cépages, il peut également se conserver sous sa forme asexuée, le mycélium. Les cléistothèces se logent sous l’écorce de la vigne, tandis que le mycélium hiberne à l’intérieur des bourgeons.
Contaminations primaires
Les contaminations provenant du mycélium sont les premières à apparaître. Dès le débourrement, un feutrage blanc se forme sur les jeunes pousses, qui se crispent et présentent le symptôme caractéristique dit « en drapeaux ». Ce phénomène est particulièrement visible sur des cépages sensibles comme le Carignan, le Chardonnay ou le Cabernet-Sauvignon.
Avec l’arrivée de températures douces et d’une forte humidité, les cléistothèces éclatent et libèrent des ascospores que le vent disperse. Ces spores germent ensuite à la surface des organes infectés.
Puis, le mycélium se fixe en surface en se nourrissant grâce à des suçoirs, contrairement au mildiou qui pénètre à l’intérieur des tissus.
Contaminations secondaires
Tous les organes herbacés de la vigne sont sensibles aux maladies fongiques, en particulier les jeunes feuilles et grappes. Cependant, à mesure que les baies mûrissent, leur sensibilité à une première attaque de l’oïdium diminue. Elle est même pratiquement nulle lorsque la teneur en sucre atteint 8 %. Si une contamination intervient tôt, le parasite continue à sporuler tant que la teneur en sucre reste inférieure à 15 %.
Du printemps à l’automne, des cycles secondaires de contamination se succèdent avec des conditions météo favorables. L’humidité joue alors un rôle clé, favorisant la fructification du mycélium. Dès lors, il forme des conidiophores contenant les conidies (spores). Si le vent assure leur dispersion, une eau libre sur les feuilles détruit les conidies. Quant à la lumière directe, elle limite leur développement.
L’optimum de développement de l’oïdium se situe entre 25°C et 30°C, avec une humidité relative de 40 % à 100 %. Le stade de sensibilité maximale des grappes correspond à la période « fin floraison à début nouaison ».
La durée d’incubation du pathogène varie selon la température :
- À 12°C, les symptômes apparaissent en 14 jours ;
- À 16°C, ils se manifestent en 8 jours ;
- Dans des conditions très favorables, l’incubation ne dure que 4 à 5 jours.
En fin de saison, la reproduction sexuée produit les cléistothèces qui restent dans les tissus des feuilles malades durant l’hiver.
© _Vilor
Formation d’un feutrage gris sur les feuilles et les baies.
La nuisibilité de l'oïdium de la vigne
En s’attaquant directement aux grains de raisin, l’oïdium affecte lourdement la qualité gustative du vin produit. Plus précisément, il laisse un goût herbeux fort désagréable qui rend les raisins impropres à la consommation, tout en faisant significativement baisser le rendement global de la parcelle.
La gravité de l’épidémie d’oïdium est d’ailleurs fortement influencée par plusieurs facteurs : le nombre de foyers primaires, la précocité des premières contaminations, la sensibilité inhérente des cépages utilisés et le maintien de l’humidité au cœur même des pieds de vigne. À noter également un effet boule de neige : les grains contaminés par l’oïdium peuvent éclater, créant ainsi une porte d’entrée idéale pour un autre champignon ravageur, le botrytis.
La stratégie de protection combinatoire contre l'oïdium de la vigne
La gestion de cette maladie des vignes exige une approche globale. Il est essentiel de comprendre que quand l’oïdium apparaît visiblement sur les feuilles, l’infestation progresse déjà en réalité depuis trois semaines. Par conséquent, pour empêcher efficacement la formation des tout premiers foyers primaires, il est impératif de débuter les différents traitements fongicides dès l’arrivée du printemps.
Cette protection viticole doit obligatoirement être continue tout au long de la phase de croissance de la vigne afin de limiter au maximum la propagation du champignon. L’alternance méthodique des modes d’action reste une pratique essentielle pour éviter de créer des résistances chez le pathogène. Enfin, un programme complet inclut aussi des solutions modernes de biocontrôle, comme l’usage du soufre, de divers micro-organismes et de substances naturelles, qui vont prévenir activement les contaminations.
Les pratiques culturales
Les cépages résistants
Depuis 2018, quatre cépages inscrits au catalogue officiel possèdent une résistance polygénique au mildiou et à l’oïdium : Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis. Leur déploiement reste conditionné à leur intégration dans les cahiers des charges des appellations.
La conduite de la vigne
Dans les parcelles où la maladie est récurrente, l’enlèvement des rejets de vigne limite l’installation des foyers primaires. Cette intervention retarde également le démarrage de l’épidémie. Puis, pour freiner la propagation au sein du rang, il est utile de réduire la vigueur de la vigne avec une fertilisation modérée. Favoriser l’enherbement des parcelles est aussi une pratique efficace pour éviter la formation d’un feuillage trop abondant.
Enfin, une bonne aération de la vigne assèche le feuillage et les grappes tout en augmentant l’exposition à la lumière. Ce type d’environnement freine les sporulations et réduit le développement de l’oïdium.
L’agronomie digitale
L’Outil d’aide à la décision (OAD) DeciTrait de l’Institut de la vigne et du vin (IFV) suit l’évolution, à la parcelle, des principales maladies. Selon le niveau de risque, il propose une stratégie de traitement associant ou non le biocontrôle.
Movida GrapeVision modélise également le risque de développement des maladies selon les données agronomiques et météo à la parcelle. Cet OAD génère des alertes et contient une base de données des produits pour piloter la protection.
Quant au service numérique Agrigenius, il s’appuie sur des données mécanistiques, transposables dans toutes les situations. En effet, il prédit le développement du bioagresseur en fonction des paramètres variables de son cycle biologique.
La phytopharmacie
La détection précoce des symptômes et la prise en compte de l’historique parcellaire sont cruciales pour raisonner la protection fongicide contre l’oïdium. Dans la plupart des situations, un traitement pré-floraison suffit pour protéger la récolte.
Néanmoins, les traitements précoces (stades C-D) sont recommandés pour les parcelles très sensibles, dites « à drapeaux ». Pour les autres, les traitements commencent au stade des boutons floraux séparés avec des produits préventifs qui bloquent la sporulation et le développement du mycélium. L’objectif est de sécuriser la floraison jusqu’à la fermeture de la grappe.
Les alertes des Bulletins de santé du végétal, des techniciens, des stations météo, de l’historique sanitaire de la parcelle et des observations sur le terrain permettent de déclencher la protection fongicide.
Chaque année, une note technique commune sur les résistances, rédigée par l’IFV, l’Inrae, l’Anses, les Chambres d’agriculture, le CIVC et la DGAl, préconise d’alterner les familles chimiques dans les programmes de traitement pour prévenir le risque de résistance de l’oïdium.
Les fongicides de biocontrôle
Les solutions de biocontrôle composées de soufre, micro-organismes, substances naturelles, s’insèrent dans les programmes de protection contre l’oïdium, en prévention des contaminations.
Elles empêchent le développement du mycélium de mildiou ou activent les défenses de la vigne.
Les substances de biocontrôle autorisées contre l’oïdium de la vigne : soufre, bicarbonate de potassium, huile essentielle d’orange, souches de bacillus, laminarine et pectine (COS-OGA), extrait aqueux de graines germées de Lupinus albus doux.
| Soufre | Bicarbonate de potassium | Huile essentielle d’orange | Cerevisane (levure) | COS-OGA | Bacillus pumulus QST 2808 | Bacillus amyloquefaciens souche FZB24 | Laminarine | |
| Fongicide | X | X | X | |||||
| Stimulateur des défenses naturelles | X | X | X | X | X | |||
| Antibiose | X | X | ||||||
| Utilisable en bio | X | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
Choix du matériel de pulvérisation
Une pulvérisation de qualité contribue à l’efficacité du traitement et à la limitation de la dérive. Ainsi, elle doit être homogène et viser les organes végétaux en évitant toute perte dans l’environnement.
Les trois points clés :
- Choix du pulvérisateur.
- Calcul de la pression de fonctionnement.
- Choix des buses correspondant au traitement et réduisant la dérive d’au moins 66 % (liste officielle de la DGAL).
L'impact de la protection combinatoire contre l’oïdium
La sensibilité de la vigne à l’oïdium est maximale « de la floraison à nouaison ».
Les produits de biocontrôle intègrent les programmes lorsque le risque oïdium est faible à modéré. Associés à des doses réduites de fongicides chimiques, ils abaissent l’Indicateur de fréquence de traitement (IFT), contribuant également à la gestion des résistances. En viticulture bio, si la pression oïdium est forte, la stratégie de protection fongicide repose surtout sur le soufre.
Pour une protection fongicide efficace, les outils d’aide à la décision sont essentiels. Ils guident l’agriculteur dans le positionnement des fongicides en préventif. Enfin, chaque année, les mesures prophylactiques telles que l’effeuillage freinent la propagation de l’oïdium dans la parcelle.
Les perspectives « 2030 » de lutte contre l’oïdium de la vigne
L’avenir de la lutte contre cette redoutable maladie de la vigne s’articule autour de trois axes de développement :
- Génétique : Les nouvelles variétés développées pour être résistantes au mildiou, à l’oïdium ainsi qu’au botrytis ont pour obligation de conserver les qualités gustatives qui sont propres à chaque AOC. Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que le renouvellement complet du vignoble avec ce nouveau matériel génétique nécessite beaucoup de temps.
- Phytopharmacie : Tout l’enjeu pour les années à venir est de réussir à préserver l’efficacité des fongicides actuels tout en parvenant à conserver des substances actives de type multisites.
- Prophylaxie : Des avancées prometteuses sont en cours. En effet, depuis l’année 2017, des recherches conjointes menées entre l’IFV et une start-up spécialisée étudient de près l’efficacité de l’utilisation des flashs UV-C dans le but de limiter les contaminations par le mildiou et l’oïdium.