Tout savoir sur le botrytis de la vigne

Vigne Maladies 28 mai 2026

Le botrytis de la vigne est un bioagresseur redouté par les viticulteurs. Responsable de la fameuse pourriture grise sur les raisins, cette maladie de la vigne affecte lourdement le rendement et la qualité du vin.

Pour lutter contre la maladie, les agriculteurs doivent mobiliser une approche globale combinant la prophylaxie, la phytopharmacie et le biocontrôle.

Qu'est-ce que le Cinerea botrytis ?

Champignon polyphage, le Cinerea botrytis (ou Botrytis cinerea) fait partie des pathogènes majeurs de la vigne, au même titre que d’autres fléaux tels que le mildiou, l’oïdium et le black-rot.

Les symptômes caractéristiques de la maladie de la vigne

Il est essentiel de repérer rapidement les symptômes de cette maladie de vigne :

  • Sur les feuilles : On observe des taches brunes qui forment des nécroses triangulaires partant depuis le bord du limbe.
  • Sur les grains : D’autres taches brunes apparaissent progressivement sur les raisins. Le botrytis produit ensuite un feutrage gris qui provoque la pourriture complète de la grappe. Symptôme très caractéristique, les grains semblent alors recouverts de cendre.
  • Sur les rameaux : Après l’aoûtement, les taches brunes blanchissent et laissent apparaître des pustules noires.

Le cycle biologique du botrytis de la vigne

Pour bien comprendre la maladie de la vigne, il faut analyser son cycle de développement. Pendant l’hiver, le botrytis survit sous forme de mycélium caché sur les feuilles, les grappes, les bourgeons dormants et sous l’écorce. Ses spores peuvent également se conserver sur les débris végétaux laissés au sol.

Contaminations primaires

En fin d’hiver et au printemps, des fructifications appelées conidiophores se forment sur le mycélium et les sclérotes.

  • Elles produisent des spores que le vent va disséminer à travers toute la parcelle.
  • Ces spores germent en quelques heures à peine sur les organes humides de la vigne ou dès le retour des pluies.
  • Le champignon se développe idéalement avec une humidité ambiante d’au moins 90 % et une température située entre 18° et 20°C. L’optimum de température pour la sporulation se situe entre 15° et 20°C.
  • Par conséquent, un microclimat humide autour des grappes favorise grandement l’apparition du botrytis.
Contaminations secondaires

Après la colonisation des grains par le mycélium, de longs conidiophores ramifiés émergent et sont à l’origine de la fameuse moisissure grise. Leur sporulation peut débuter sous 3 jours seulement après les premières contaminations. Après la véraison, si le temps est humide, la pourriture envahit la totalité des grappes.

Généralement, la maladie de la vigne pénètre par des blessures sur les grappes ou les rameaux. Ces portes d’entrée idéales pour le champignon sont causées par la chute des fleurs, la grêle, l’oïdium, les guêpes, ou encore par les vers de la grappe (comme Eudemis et Cochylis).

© : Bayer

Symptôme caractéristique du botrytis : les grains semblent recouverts de cendre

© : Jimmy Lung

Un microclimat humide autour des grappes favorise l’apparition du botrytis

La nuisibilité :du botrytis de la vigne

Lorsqu’il se développe sur les grappes les plus mûres, le botrytis nuit sévèrement au rendement final.

  • Le niveau de perte correspond approximativement à la moitié de l’intensité d’attaque.
  • Concrètement, jusqu’à un tiers de la récolte peut disparaître avec une intensité d’attaque de 60 %.

Au-delà de la perte de volume, c’est la qualité qui est menacée. Un tri rigoureux des grappes à la récolte s’impose pour préserver le vin. Dans le cas contraire, le vin perd sa coloration, ses arômes et son aptitude au vieillissement. Les grains contaminés modifient le degré alcoolique et confèrent au vin un goût moisi-terreux indésirable.

La stratégie de protection combinatoire contre le botrytis de la vigne

En premier lieu, les mesures prophylactiques sont nécessaires pour maintenir des conditions défavorables aux contaminations, tout au long du cycle végétatif. Toutefois, l’inoculum présente une forte résistance et se propage avec les pluies, ce qui appelle des solutions complémentaires.

Relais de cette lutte, la phytopharmacie et le biocontrôle empêchent le développement de la pourriture grise sur les feuilles puis sur les baies. Enfin, protéger la vigne contre le botrytis exige une action sur les bioagresseurs responsables des blessures sur les grains.

L’articulation de ces moyens de lutte s’inscrit alors dans l’approche combinatoire.

Les pratiques culturales

Le choix des cépages

Certains cépages présentent une moindre sensibilité aux attaques du botrytis. Par exemple, les plantes au feuillage peu dense sont moins sensibles à la contamination par le champignon.

Autre critère : l’épaisseur de la peau des baies. Une peau plus épaisse sera plus difficile à percer par le tube germinatif du champignon, ce qui diminue la contamination.

Aussi, il est possible de réserver ces cépages aux parcelles à risques qui se trouvent proches des zones humides. Cependant, cela suppose que le cahier des charges de l’appellation les accepte dans les assemblages.

Sensible Moins sensible
Rouge Pinot noir, Grenache, Négrette Petit Verdot, Cabernet Sauvignon, Syrah
Blanc Chardonnay, Chenin, Gewurztraminer, Pinot blanc, Riesling, Sémillon Viognier, Petit Manseng

La sensibilité des cépages au botrytis – Source Inrae

La gestion des résidus

L’élimination, après la vendange, des résidus et des grappes atteintes de pourriture grise contribue à réduire l’inoculum.

La conduite de la vigne

Les principales interventions visent à limiter l’humidité ambiante et le contact entre les organes. Plusieurs leviers sont mobilisables.

  • La taille et le mode de palissage pour une répartition homogène et une bonne aération des grappes.
  • Le rognage et l’ébourgeonnage afin de maîtriser la croissance.
  • Au moment critique, l’effeuillage et l’éclaircissage manuel de grappes pour éviter les contaminations.

L’agronomie digitale

L’Outil d’agronomie digitale (OAD) DeciTrait de l’Institut de la vigne et du vin (IFV) suit l’évolution, à la parcelle, des principales maladies. Selon le niveau de risque, il propose une stratégie de traitement qui peut associer le biocontrôle.

Ensuite, Movida GrapeVision modélise le risque de développement des maladies selon les données agronomiques et météo de la parcelle. Cet OAD génère alors des alertes grâce à une base de données des produits qui permet de piloter la protection.

Enfin, le service numérique Agrigenius s’appuie sur des données mécanistiques, transposables dans toutes les situations. Il prédit le développement du bioagresseur en fonction des paramètres variables de son cycle biologique.

Le biocontrôle

Levier préventif, le biocontrôle repose sur des micro-organismes, c’est-à-dire des souches de bactéries. Certains inhibent le développement du mycélium tandis que d’autres activent les défenses naturelles de la vigne.

Dès lors, ces produits s’emploient en début de programme ou après la floraison. En fonction du niveau de contamination, ils s’utilisent seuls ou en complément de fongicides conventionnels à dose réduite.

La phytopharmacie

En cas de risque, la protection fongicide s’organise autour de 4 périodes clefs du cycle de développement de la vigne.

  • Fin floraison/chute des capuchons floraux (stade A) ;
  • Fermeture de la grappe (stade B) ;
  • Début véraison (stade C) ;
  • Trois semaines avant récolte (stade D).

Les formulations fongicides contiennent souvent une association de substances actives de différentes familles chimiques afin de bénéficier de plusieurs modes d’action.

Les produits fongicides de contact. Ils se positionnent en préventif, de la floraison à la véraison, pour éviter la germination du champignon. Néanmoins, ces produits sont lessivables.

Familles chimiques (substances actives) : phénylpyrroles (fludioxonil), hydroxyanilides (fenhexamid). Les produits fongicides pénétrants. Ils se diffusent dans les organes présents au moment de l’application. Toutefois, ils ne protègent pas les pousses qui se forment après le traitement.

Familles chimiques (substances actives) : anilinopyrimidines (cyprodinil, pyriméthanil, mépanipyrim), aminopyrazolinone (fenpyrazamine). Les produits fongicides systémiques. En se propageant par la sève, ces fongicides protègent les nouveaux organes.

Familles chimiques (substances actives) : carboxamides (boscalid), isofétamide (phényl-oxo-éthyl thiophène amide). Certaines souches de botrytis de la vigne sont toutefois résistantes aux fongicides.

Chaque année, l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), l’Inrae, l’Anses, les Chambres d’agriculture, le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) et la Direction générale de l’alimentation (DGAL), rédigent une note technique commune sur ces résistances.

Ainsi, ces organismes recommandent d’alterner les familles chimiques dans la construction des programmes.

L’importance de l’approche combinatoire pour protéger la vigne contre le botrytis

Dans les vignobles sensibles ou à risques des régions humides, la protection fongicide complète les mesures prophylactiques pour éviter que le botrytis n’affecte la qualité des moults.

L’enjeu est de limiter le recours à la phytopharmacie tout en évitant l’apparition de souches de botrytis résistantes.

Avec les Outils d’aide à la décision, l’intervention fongicide ne se réalise qu’en cas de nécessité. De plus, la précision du positionnement des produits améliore leur efficacité.

Ainsi, la qualité de la pulvérisation participe à la réussite du traitement. Elle suppose à la fois le respect des doses recommandées, le bon volume de la bouillie, le réglage du pulvérisateur et l’utilisation de systèmes limitant la dérive.

Par ailleurs, lorsque le risque de maladie se montre faible ou modéré, les produits de biocontrôle peuvent suffire. Employés seuls ou en association avec des fongicides, ils font baisser l’Indicateur de fréquence de traitement (IFT).

© : Milena Pigdanowicz-Fidera

Les perspectives « 2030 » de lutte contre le botrytis de la vigne

Dans les régions humides, la protection fongicide complète les mesures prophylactiques pour préserver la qualité des moûts. De plus, la précision du positionnement des produits et la qualité de la pulvérisation (respect des doses, volume de bouillie, réglage du pulvérisateur, systèmes anti-dérive) participent pleinement à la réussite du traitement.

À l’horizon 2030, la lutte contre la maladie de la vigne reposera sur quatre grands piliers :

  1. L’agronomie digitale : Avec le changement climatique, les traitements à date fixe perdent leur pertinence ; le suivi numérique devient fondamental.
  2. La phytopharmacie et le biocontrôle : Pour pérenniser l’efficacité des fongicides face aux résistances, les produits de biocontrôle joueront un rôle « barrière » pour réduire l’usage de la chimie.
  3. Les agroéquipements : La qualité de la pulvérisation va s’améliorer grâce au déploiement de matériels performants portant la mention Performance Pulvé.
  4. La génétique : La recherche se tourne vers la création de nouveaux cépages capables de résister à la fois au mildiou, à l’oïdium et au botrytis.