Une publication confirme l'efficacité des EPI pour réduire l'exposition aux risques liés à l'utilisation de produits phytopharmaceutiques
Boulogne-Billancourt, le 16 mai 2024Pour la première fois, une publication scientifique recense et met à disposition les résultats de 48 études réglementaires évaluant l’efficacité des équipements de protection individuelle (EPI) face aux risques liés à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques.
Cette publication confirme qu’en conditions réelles d’utilisation, les gants et les vêtements de travail utilisés en agriculture permettent de réduire d’au moins 90 % en moyenne l’exposition aux produits phytopharmaceutiques. La réglementation française va plus loin en demandant le port obligatoire d’EPI adaptés à chaque scénario d’exposition.
Reste que la réduction de l’exposition ne passe pas uniquement par les EPI et nécessite de renforcer les efforts en matière de prévention – formation et information, règles d’hygiène et organisation du travail notamment.
Une publication¹, récemment parue dans le Journal of Consumer Protection and Food Safety, recense pour la première fois les résultats de 48 études réglementaires évaluant l’efficacité des gants et des vêtements de protection face aux risques phytopharmaceutiques. Les études réglementaires en question, commanditées par les entreprises de la protection des plantes, sont soumises au cadre des Bonnes pratiques de laboratoire (BPL) et ont été validées par un collège d’experts indépendants. Elles permettent d’alimenter et mettre à jour le modèle européen d’évaluation de l’exposition des opérateurs agricoles AOEM² préconisé par l’EFSA et les agences d’évaluation, dont l’Anses en France.
Un large éventail de scénarios d'exposition pris en compte, en conditions réelles d'utilisation
Les expérimentations menées sur le terrain dans le cadre des études du modèle AOEM permettent d’évaluer les niveaux d’exposition probable et maximale des opérateurs agricoles, en conditions réelles d’utilisation.
Les 48 études intégrées au corpus de la publication ont ainsi suivi plus de 500 agriculteurs dans 10 pays européens opérant dans un maximum de cas de figures afin d’évaluer l’efficacité des gants en nitrile et des combinaisons de travail. Elles se sont déroulées en conditions réelles, avec le matériel et les habitudes de travail des agriculteurs suivis, sans exclure les pratiques éventuellement inappropriées. Les scénarios couvrent le mélange/chargement, l’application sur les cultures hautes, basses et sous serres, lors d’applications effectuées par le biais de pulvérisateurs à rampe, pneumatique ou à dos, automoteurs ou tractés, jusqu’au nettoyage du matériel en fin de chantier.
« A travers cette publication, nous souhaitions rendre disponible les résultats des études d’exposition qui contribuent à la mise en place d’une évaluation objective de l’efficacité des équipements de protection agricoles », indique Julien Durand-Réville, responsable prévention santé chez Phyteis et l’un des six experts co-auteurs de la publication.
« Les comités d’experts indépendants européens recensent et consolident l’ensemble des données à leur disposition, dont celles-ci, pour alimenter le modèle AOEM. Notre publication, soumise à comité de lecture, permet plus de transparence et apporte une compréhension objective du rôle protecteur des équipements de protection. Les autorités européennes attendent qu’ils protègent en moyenne à plus de 90 %, dans des conditions normales d’utilisation. C’est le cas. Vouloir atteindre 100 % impliquerait le port d’équipements inadaptés, inconfortables, ce qui serait contre-productif. Tout est donc une question de balance entre l’acceptabilité, le confort et bien sûr une efficacité suffisante, ce qui n’est pas négociable. »
Les gants réduisent l'exposition des mains de 95 % lors du chargement, de 91,1 % pendant l'application
La publication révèle qu’en moyenne, pour les mains, la réduction de l’exposition par les gants est de 95 % lors du chargement et 91,1 % pendant l’application.
Pendant l’application, avec un automoteur, la réduction se situe dans une fourchette de 97 à 100 %. Ce niveau élevé de réduction de l’exposition se confirme dans la quasi-totalité des scénarios étudiés, puisque près de 90 % des valeurs recueillies dépassent 90 % de réduction de l’exposition. Lors de l’application sur cultures basses ou hautes avec un pulvérisateur à dos, elle est de 90 % pour 95 à 100 % des opérateurs.
« Des habitudes inadéquates ont été observées pendant le nettoyage du matériel, favorisant la présence de résidus sur les mains des opérateurs malgré l’utilisation d’EPI », précise Julien Durand-Réville. « Le nettoyage est une étape du travail qui nécessite une attention particulière lors des formations et des actions de prévention. »
Les vêtements de travail pour le corps réduisent l'exposition de 96,4 % lors du chargement, de 94,9 % pendant l'application
La publication révèle qu’en moyenne, pour le corps, la réduction de l’exposition par les combinaisons de travail est de 96,4 % lors du chargement et de 94,9 % pendant l’application.
Les analyses sur les échantillons de combinaisons témoignent de leur rôle clé dans la protection des opérateurs. Ce point se vérifie en particulier lors du chargement du pulvérisateur, puisque 96,7 % des opérateurs utilisant un automoteur réduisent de plus de 90 % l’exposition de leur corps. Des résultats équivalents sont observés avec des pulvérisateurs à rampe ou pneumatiques, avec une réduction de l’exposition supérieure à 90 % dans plus de 85 % des situations.
« Un vêtement en tissu seul n’est pas jugé suffisant lors d’applications confinées ou lors de traitements sans cabine, ou pendant le mélange/chargement, qui est un moment qui expose aux produits concentrés. Dans ces situations, le cadre réglementaire national prévoit le port d’un EPI chimique plus protecteur ou d’un tablier à porter par-dessus l’EPI vestimentaire. »
La réglementation française plus précautionneuse
Alors que l’Europe demande le port de simples vêtements de travail couvrants pour protéger le corps, la France requiert le port d’EPI vestimentaires normés. Ainsi, les hauts niveaux de protection relevés par la publication, allant de 90 % à plus de 95 % dans la majorité des scénarios, illustrent non seulement la rigueur de l’encadrement européen mais également les marges de protection supplémentaires que requiert le cadre français.
« Nous avons en France le cadre EPI le plus précis, qui prévoit des jeux d’EPI adaptés en fonction de chaque situation de travail et de matériel employé. L’exemple français fait référence³ et intéresse de plus en plus de pays, comme l’Allemagne ou la Suisse », précise Julien Durand-Réville.
La réduction de l'exposition ne passe pas uniquement par les EPI
La réduction du risque ne doit pas se résumer au port des EPI mais par un renforcement des efforts de prévention, de formation et de partage des bonnes pratiques. En France, la formation obligatoire Certiphyto rappelle l’ensemble des pratiques et des conditions d’emploi des produits de protection des plantes.
« Ces bonnes pratiques commencent par la prévention primaire : ne pas utiliser les produits ou privilégier, lorsque cela est possible, l’utilisation des produits les moins dangereux lorsque les traitements sont nécessaires », souligne Julien Durand-Réville.
« Au-delà de ce principe fondamental, la prévention repose sur quatre piliers. D’abord, l’organisation du travail, avec des locaux aux normes, point d’eau à proximité, délimitation des zones de travail séparées des zones de vie… Puis, le respect des règles d’hygiène avec lavage des mains systématique et douche en fin de chantier. Ensuite, l’utilisation d’équipements de protection collectifs, comme les cabines de pulvérisateur filtrées ou les systèmes de transfert fermés. Enfin, le strict suivi des informations figurant sur les étiquettes indiquant notamment les EPI obligatoires. »
Une plateforme en ligne, Epiphyto.fr, lancée par le Contrat de solutions avec le soutien du plan Ecophyto et de l’ensemble des partenaires, a été mise en place pour promouvoir le port d’EPI par les exploitants agricoles et leurs salariés.
¹ Kuster, C.J., Kluxen, F.M., Felkers, E. et al. <em>Efficiency of working coveralls and chemical resistant gloves in reducing operator exposure to pesticides.</em> J Consum Prot Food Saf (2024). https://doi.org/10.1007/s00003-024-01506-8² Agricultural Operator Exposure Model.³ Shaw, A, Briand, O et al. <em>PPE for pesticide operators and reentry workers: achievements in France through national and international collaborations.</em> CAB Reviews 2021 16, No. 025.