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Phyteis

Mildiou de la vigne, la transition agroécologique doit être sécurisée

Avec moins de produits phytopharmaceutiques et un durcissement des normes environnementales, la construction des programmes de protection de la vigne se complexifie. Le mildiou se positionne en tête de liste des bioagresseurs à gérer ! Analyse avec des adhérents de Phyteis rencontrés lors du Sitevi à Montpellier.

La campagne viticole 2023 marque encore tous les esprits. Les viticulteurs craignent de revivre les hauts niveaux de mildiou et de black rot. Ils redoutent aussi une forte attaque d’eudémis. Comment alors assurer la transition agroécologique demandée par la société, répondre aux exigences réglementaires et renouer avec la rentabilité ? « Nous ressentons une inquiétude prégnante des viticulteurs d’Occitanie et du Sud-Ouest, partage Franck Escales, directeur région de Bioline France Sud. Ce réseau est le metteur en  marché de la gamme Phyteurop. « Plus globalement, nous sommes dans une période de basculement en termes de moyens de protection du vignoble, poursuit-t-il. Cependant, le biocontrôle devient une réponse à part entière quand il marche. Sinon, le bénéfice de ces solutions se gomme. Aussi, pour diminuer les substances phytopharmaceutiques, la réalité agronomique prime. Elle ne doit pas perdre de vue la réalité économique. » 

Durcissement des cahiers des charges

Selon les statistiques du ministère de l’Agriculture de juillet 2023, l’orientation principale des exploitations certifiées Haute valeur environnementale reste la viticulture (62,3%). Cette certification publique ainsi que celles de type Terra Vitis facilitent l’accès aux circuits de commercialisation des vins. Néanmoins, des appellations vont plus loin que les exigences de ces référentiels. Alors, elles imposent des restrictions plus drastiques d’utilisation des substances actives phytopharmaceutiques. « La pression des acteurs de l’aval est considérable, partage Jean-Baptiste Drouillard, expert technique vigne Syngenta. Leurs cahiers des charges resserrent de plus en plus la liste des produits conventionnels utilisables, comme dans le Bordelais. Conséquence, les produits classés CMR en sont exclus. Aussi, les viticulteurs se retrouvent démunis face à une très forte pression maladie comme en 2023 avec le mildiou. Le monde vinicole doit mieux prendre en compte cet enjeu. » Par ailleurs, les dérogations accordées en cas de pression des bioagresseurs non maitrisée interviennent souvent trop tardivement.

Cependant, en Champagne, le levier de sécurité qu’apportent ces produits se maintient dans les cahiers des charges. Il est considéré comme tel. « Alors, les viticulteurs appliquent les produits avec un classement écotoxicologique uniquement en dernier recours lorsque les autres solutions, prophylactiques, biocontrôle ou phytopharmaceutiques ne suffisent pas », complète Jean-Baptiste Drouillard. Par ailleurs, grâce aux prédictions des modèles numériques, le risque maladie s’anticipe mieux  pour intervenir de façon précise, si nécessaire.

Retrait de fongicides anti-mildiou et crainte d’impasse technique

Depuis l’annonce du retrait de deux fongicides anti-mildiou curatifs, les viticulteurs questionnent les entreprises de protection des cultures. Il s’agit du métirame et du diméthomorphe. Alors, leurs interrogations concernent les stratégies à adopter en cas de pression de maladie très élevée. « Nous avons eu beaucoup de demandes d’informations sur la gestion du black rot et du mildiou. Elles concernent notamment le cas de la démarche HVE », commente Thomas Bourguignon, responsable marketing et communication Ascenza. Il ajoute que la catégorie de produits fongicides de contact multi-sites compte très peu de molécules. Aussi, des itinéraires techniques avec de la bioprotection sont en déploiement.

Par ailleurs, en raison de la baisse du nombre de produits phytopharmaceutiques, la gestion durable de ces solutions se complexifie.  « Aussi, le risque de résistance pèse encore plus sur ceux qui restent, ajoute Séverine Jeanneau, responsable développement Corteva. En réponse, les entreprises déclinent des associations avec du cuivre pour préserver les efficacités. De plus, elles renforcent leur gamme de solutions de biocontrôle. »

Contre le mildiou de la vigne, le cuivre complète les autres fongicides

Alors, les programmes fongicides rebattent les cartes. Utilisable en agriculture biologique contre le mildiou, le cuivre devient un complément pour compléter les efficacités. En effet, il s’applique en conventionnel comme avec des produits de biocontrôle. Conséquence, les interrogations sur son emploi se multiplient. « Le sujet n’est plus comment remplacer le cuivre mais comment bien l’utiliser, complète Agnès Gauliard, chef de marché cultures spécialisées Certis Belchim. Il s’agit de miser sur des formulations réduisant son dosage ou en l’associant avec d’autres fongicides ».