Protection des cultures et adaptation au changement climatique, quelles interactions ?
Comment protéger les cultures tout en améliorant leur capacité à affronter les aléas climatiques ? L’approche combinatoire des conduites culturales conjugue ces deux objectifs.
Pourvu que l’hiver soit froid. Puisque désormais il raccourcit, qu’il remplisse au moins son rôle de « nettoyeur » ! Plusieurs jours successifs de températures négatives peuvent freiner l’activité de certains bioagresseurs, voire détruire leurs formes hivernantes. Un coup de main bienvenu car la maîtrise de ces organismes nuisibles se complexifie.
Le réchauffement climatique complique la protection des cultures
« Ce n’est pas parce qu’il fait plus chaud qu’il y a moins de problèmes de protection des cultures, bien au contraire, résume Ronan Vigouroux, responsable environnement Phyteis. Les températures plus douces en début de saison modifient les périodes d’activité des bioagresseurs. Par conséquent, elles risquent de mettre en difficulté les stratégies de protection des cultures, dans un contexte de réduction du nombre de solutions phytopharmaceutiques. »
Exemple en désherbage d’automne des céréales : la période de levée des vulpins s’étend sur la période hivernale. Un herbicide efficace pendant quatre semaines ne couvre plus toutes les germinations. Autre cas de figure : les maladies peuvent émerger plus tôt dans le cycle des cultures, faute de froid intense. Dans ce cas, une intervention fongicide n’est pas toujours possible en raison de la météo mais aussi de stades de cultures trop précoces. Les hivers doux facilitent aussi l’installation d’espèces exotiques, en particulier des insectes, difficilement contrôlables avec les produits phytopharmaceutiques disponibles.
Par ailleurs, l’allongement des étés crée des conditions propices à l’augmentation du nombre de générations d’insectes au cours de la saison. Dans le sud de la France, le carpocapse des pommes serait susceptible d’accomplir jusqu’à quatre ou cinq générations par an. Face à cette pression accrue, la succession d’applications d’insecticides accentue le risque d’apparition de résistances aux dernières substances actives encore autorisées.
Les épisodes climatiques extrêmes sont aussi plus nombreux. Les sécheresses, les pluies intenses, les grêles et les gels tardifs fragilisent les cultures. Un cercle vicieux peut s’installer. Affaiblies, les cultures deviennent plus vulnérables aux bioagresseurs, dont les attaques aggravent leur dépérissement.
L’approche combinatoire de la protection des cultures apporte un double bénéfice
Le changement climatique amplifie donc les stress biotiques et abiotiques. « Face à un tel engrenage, le recours à une solution unique n’est pas durable, souligne Ronan Vigouroux. Dorénavant, l’enjeu de l’approche combinatoire de la protection des cultures réside en une meilleure coordination de l’ensemble des leviers. Or, ces mêmes leviers contribuent aussi à améliorer la robustesse des agrosystèmes face au changement climatique. Cette stratégie conjugue ainsi la maîtrise des bioagresseurs et la résilience des cultures face aux aléas climatiques. »
L’innovation vient enrichir cette approche. Par exemple, les nouvelles techniques génomiques (NGT) ouvrent des perspectives pour développer des variétés plus résistantes aux maladies et plus tolérantes à la sécheresse ou aux températures élevées.
Cependant, cette double réponse ne repose pas uniquement sur l’innovation. De nombreuses pratiques déjà connues des agriculteurs pour lutter contre les bioagresseurs concourent aussi à la robustesse des conduites de culture (voir tableau).
Protection combinatoire des cultures : des leviers aussi au service de la résilience climatique
| Techniques | Action sur les bioagresseurs | Contribution à la résilience et l’adaptation climatique |
|---|---|---|
| Allongement et diversification de la rotation des cultures | Casse le cycle des bioagresseurs inféodés à chaque espèce. | Choix des espèces en fonction des ressources en eau disponibles. |
| Choix variétal | Critère de résistance aux bioagresseurs et de vigueur de départ pour soustraire plus vite les cultures aux attaques. | Implantation plus rapide des plantes avant les périodes de risque climatique. Durée du cycle végétatif adapté à l’évolution des saisons. |
| Couverture des sols en interculture | Choix d'espèces végétales d’interculture qui perturbe les bioagresseurs. Recherche d’effet étouffant sur les adventives. | Protection sur le sol : limite l’échauffement et le dessèchement en surface et en profondeur. Enrichit le sol en matière organique. Évite l'érosion. Préserve l’activité biologique du sol. |
| Biostimulants | Favorise la croissance racinaire et la vigueur initiale des cultures. Stimule les défenses naturelles des plantes. | Plantes plus robustes face aux aléas climatiques. |
| Biocontrôle et produits phytopharmaceutiques | Complémentarité des solutions. Selon le risque bioagresseurs et le positionnement dans le cycle, le biocontrôle agit de manière préventive ou freine les populations. En cas de forte pression, intervention avec les produits phytopharmaceutiques. | Répond à l’allongement des périodes d’activité des ravageurs en raison de la hausse des températures. |
| Agronomie digitale et pulvérisation | Optimise le positionnement et l’efficacité des applications phytopharmaceutiques. | Anticipe la variabilité climatique pour intervenir au bon moment. |
| Protections physiques | Les filets protègent les cultures contre certains ravageurs. | Filets et ombrières atténuent certains stress climatiques. |