Désherbage du blé : quelles différences entre éleveurs et céréaliers ?
Chez les éleveurs comme chez les céréaliers, le désherbage du blé s’appuie sur des leviers agronomiques. Toutefois, les exploitations de polyculture-élevage privilégient souvent une approche plus simple, fondée sur des solutions éprouvées et une logique avant tout pragmatique.
L’enquête Phyteis « Désherbage du blé et approche combinatoire », menée auprès de 300 agriculteurs, met en lumière des différences de stratégies entre les exploitations de grandes cultures et celles de polyculture-élevage.
Le choix des techniques dépend principalement de deux facteurs : la place du blé dans le modèle économique de l’exploitation et la pression exercée par les adventices dominantes. Ces critères influencent également la capacité des agriculteurs à intégrer de nouveaux leviers.
Néanmoins, 46 % des agriculteurs interrogés, toutes typologies d’exploitations confondues, associent déjà six leviers agronomiques. Une démarche qu’ils ne qualifient pas toujours eux-mêmes d’approche combinatoire.
Chez les éleveurs, une logique de sécurité et de simplification
Les exploitants qui mobilisent peu de leviers agronomiques disposent souvent de petites surfaces en céréales. Principalement identifiés comme « minimalistes » dans leur approche, ils sont surtout éleveurs. En moyenne, ils cultivent 25 ha de blé, contre 44 ha pour les exploitations spécialisées en grandes cultures.
« L’éleveur cherche à simplifier son système de désherbage, observe Ronan Vigouroux, en charge de la protection combinatoire des cultures au sein de Phyteis. Avec peu d’hectares de céréales et des prairies dans la rotation, il privilégie des techniques connues et maîtrisées. À l’inverse, le spécialiste des grandes cultures doit optimiser chaque parcelle. Il opte pour des solutions adaptées à des objectifs de production bien plus élevés. »
Allongement de la rotation et labour majoritaire en polyculture-élevage
L’allongement de la rotation est un des leviers agronomiques les plus efficaces pour casser le cycle biologique des adventices. Selon l’enquête, les rotations en polyculture-élevage ne sont ni plus longues ni réellement plus diversifiées que celles des céréaliers.
Le labour est également très efficace pour détruire le stock de semences indésirables dans le sol. À nouveau, cette technique demeure largement majoritaire dans les élevages. Ainsi, 82 % des exploitants y ont recours, contre 54 % des céréaliers. Inversement, le déchaumage reste un peu moins fréquent, avec 82 % d’éleveurs concernés contre 90 % des non-éleveurs.
Les couverts végétaux en interculture progressent moins vite dans l’assolement des éleveurs. En effet, un éleveur sur deux les implante, contre deux tiers des céréaliers. Toutefois, cette différence s’explique par la présence de prairies temporaires qui remplissent le même rôle.
La stratégie de désherbage chimique diffère aussi. Les éleveurs réalisent moins d’interventions à l’automne. En moyenne, ils effectuent 0,93 passage d’herbicide, contre 1,3 chez les céréaliers. Ensuite, l’écart se réduit légèrement en sortie d’hiver, avec 0,76 passage contre 0,7. Par ailleurs, environ 61 % des éleveurs réalisent un seul passage et à l’automne.
Des stratégies de désherbage moins expérimentales
Les pratiques apparaissent plus installées dans le temps chez les éleveurs. Près de six sur dix estiment ne pas avoir modifié leur stratégie de désherbage depuis cinq ans. À l’inverse, plus d’un céréalier sur deux considère qu’il combine davantage les méthodes de désherbage.
Les éleveurs expérimentent moins souvent seuls de nouvelles stratégies. Ils sont 25,3 % à changer leur itinéraire technique sans conseil extérieur, contre 43,6 % des céréaliers. Quant aux technologies de pilotage, considérées comme un moyen d’optimiser le désherbage chimique au sein des parcelles, elles sont moins développées en élevage. Par exemple, les GPS équipe deux fois moins de tracteurs.
« Chez les éleveurs, la logique sécuritaire prime, complète Ronan Vigouroux. Elle répond avant tout à une recherche d’autonomie sur la ferme. Le blé ne constitue pas leur cœur de métier. Il représente avant tout une matière première destinée à l’alimentation animale. Le temps alloué à sa conduite est également plus restreint. »
Ray-grass et vulpin résistants pour les céréaliers, rumex pour les éleveurs
Les stratégies de désherbage reflètent directement les flores dominantes selon les régions. Dans l’Est, la pression des vulpins résistants pousse les agriculteurs à multiplier les leviers agronomiques et chimiques. À l’inverse, dans le Nord et l’Ouest, les problématiques concernent surtout les ray-grass.
Mais ces repères évoluent rapidement. Sous l’effet du réchauffement climatique, les périodes de germination s’étalent désormais sur une plus grande partie de l’année. Autrefois concentrées à l’automne, elles deviennent moins prévisibles. Par conséquent, cette évolution complique le positionnement des interventions.
Les éleveurs et céréaliers expriment alors un niveau de difficulté globalement comparable. La principale différence porte sur les espèces dominantes. Ainsi, parmi les graminées, 43,4 % des éleveurs citent le ray-grass comme problématique, contre 71,8 % des céréaliers. En revanche, les éleveurs se montrent davantage préoccupés par les dicotylédones que les graminées. Ils mentionnent notamment le rumex, sans doute parce que cette polygonacée se développe dans les prairies temporaires.
Malgré ces différences de flores, le niveau de satisfaction des éleveurs vis-à-vis de l’efficacité du désherbage reste proche de celui des céréaliers. Il est de 86 % pour les minimalistes et 90 % pour les plus innovants.

Le taux de satisfaction moyen des céréaliers et des éleveurs vis-à-vis de l’efficacité du désherbage est de 85 %.
Toutefois, les éleveurs rencontrent moins de phénomènes de résistance des adventices aux herbicides.
Données clés de l’enquête Phyteis
- 300 agriculteurs interrogés en décembre 2025 dont 31 % d’éleveurs.
- Les éleveurs ont 42,6 ha de céréales soit 30 % de la Surface agricole utile.
Ils cultivent alors 25 ha en blé tendre d’hiver (18 % de la SAU).
Pour les non-éleveurs, la surface de céréales est de 69,33 ha (50 % de la SAU) avec 44 ha en blé tendre d’hiver (33% de la SAU).