Expertise Inserm « Pesticides et santé » : un éclairage sur l’évolution de la réglementation européenne

Réglementation 22 juillet 2021

L’Inserm a réalisé, avec l’appui d’un groupe d’experts, une revue internationale des publications consacrées aux liens entre l’exposition aux pesticides et une vingtaine de pathologies. Cette expertise met en évidence une gestion particulièrement stricte des enjeux de santé publique en Europe, la très grande majorité des substances associées à une forte présomption de lien avec des maladies graves ayant déjà été interdites. L’intégration régulière des nouvelles données épidémiologiques et toxicologiques dans l’évaluation des produits, ainsi que l’amélioration continue des programmes de recherche, contribuent à ce niveau d’exigence. La France se distingue d’ailleurs à l’échelle internationale par les initiatives mises en œuvre pour renforcer la protection des agriculteurs lors des traitements des cultures.

L’expertise collective Inserm 2021 « Pesticides et santé » a été publiée le 30 juin. Elle dresse un état des connaissances sur les liens entre une vingtaine de pathologies et l’exposition aux produits phytosanitaires utilisés dans le secteur agricole, mais aussi dans le cadre d’usages domestiques, biocides ou vétérinaires. Ce travail s’inscrit dans la continuité d’une première expertise réalisée en 2013, à la demande de la Direction générale de la santé. En 2018, l’Inserm a ensuite été saisi par cinq ministères afin d’actualiser les données disponibles et d’intégrer de nouvelles thématiques.

Destinées à éclairer les politiques publiques, les expertises de l’Inserm constituent également des références importantes pour les entreprises européennes de protection des plantes. Elles orientent les programmes de recherche, les investissements et la conception de protocoles toujours plus précis. Ainsi, 14 milliards d’euros seront investis d’ici à 2030 pour accélérer le développement de nouvelles solutions de protection des cultures : produits aux profils toxicologiques et environnementaux améliorés, biopesticides, solutions plus ciblées fondées sur l’agriculture de précision et outils digitaux.

Rigueur du dispositif réglementaire européen de surveillance

Les chercheurs pluridisciplinaires retenus par l’Inserm ont analysé plus de 5 300 publications scientifiques issues de la recherche internationale. En grande majorité conduites hors de l’Europe, ces études sont des méta-analyses, des suivis de cohorte, des études cas-témoins. Quels en sont les grands enseignements ?

Pour l’exposition des professionnels, une présomption forte de lien est retenue entre six pathologies et l’usage de pesticides. Parmi les produits déjà identifiés en 2013, mais avec une présomption plus forte, figurent majoritairement des insecticides des familles chimiques des organophosphorés et des organochlorés comme le DDT, le lindane ou encore le chlordécone.

Dans leur grande majorité, ces molécules ne sont plus autorisées depuis de très nombreuses années. « L’épidémiologie consiste à regarder ce qui s’est fait avant, explique Julien Durand-Réville, responsable santé et prévention à l’UIPP. Les informations recueillies aujourd’hui sur les impacts positifs des nouveaux produits et des nouvelles pratiques agricoles, notamment en France avec la cohorte Agrican, la plus importante au monde, se mesureront dans 10-20 ans, tout en sachant que le risque est appréhendé en continu. Ainsi, les résultats de l’expertise Inserm 2021 montrent qu’en Europe, nous avons su prendre les devants en nous appuyant sur un système d’évaluation le plus rigoureux au monde. »

Exemple, les organochlorés ressortent dans l’expertise de l’Inserm avec plusieurs présomptions fortes sur le développement de troubles cognitifs ou encore les lymphomes non hodgkiniens. La substance la plus connue, le DDT, a été découverte dès les années 1930. Elle était considérée comme une importante avancée agronomique puisqu’un seul traitement suffisait pour éliminer durablement les insectes ravageurs sur les cultures. Interdit en France en 1971, du fait de son profil écotoxicologue, son usage reste encore possible dans certains pays. Par exemple, l’imprégnation de moustiquaires est autorisée pour lutter contre le paludisme. « La balance bénéfice/risque évolue avec le temps et les connaissances scientifiques, relève Julien Durand-Réville. Ce point essentiel est pris en compte dans le cadre de l’homologation des produits phytopharmaceutiques » Ainsi, tous les insecticides organochlorés sont interdits en Europe pour les usages agricoles. Pour les organophosphorés, la liste s’est considérablement restreinte et continue à se réduire.

Un fonds de 5 300 études sur les liens entre pesticides et pathologies

Dans le périmètre des produits chimiques et en comparaison avec celui des médicaments, seuls les produits phytopharmaceutiques et les biocides sont réévalués systématiquement, de l’ordre de tous les dix ans. En Europe, autour de 1 000 substances actives étaient autorisées vers la fin des années 1990. Chacune doit présenter plus de 300 études en vue d’une autorisation ou d’une réhomologation, dont la moitié concerne les aspects de santé humaine. Ainsi, l’Europe dispose d’un fonds de l’ordre de 150 000 études réglementaires sur la santé. À ceci s’ajoute environ 45 000 publications scientifiques issues de la recherche publique internationale, dont les 5 300 les plus prépondérantes ont été sélectionnées dans l’analyse collective de l’Inserm 2021. « Nous ne sommes pas dépourvus de connaissances sur les produits phytopharmaceutiques, complète l’expert santé. Un tel niveau de précision n’existe pas dans d’autres secteurs d’activité. » Ce sont ces connaissances qui permettent régulièrement de renforcer l’encadrement réglementaires et qui conduisent à l’amélioration générationnelle des produits autorisés.

Les connaissances scientifiques s’enrichissent en permanence : le sujet des perturbateurs endocriniens est par exemple relativement récent. Contrairement à la majorité des secteurs réglementés, ce critère est systématiquement pris en compte dans l’encadrement des produits phytopharmaceutiques : « Outre la perturbation endocrinienne, nous avons été par exemple les premiers pour lesquels les méthodologies évaluant les « effets cocktails »* ont été travaillées, témoigne Julien Durand-Réville. Notre secteur est à la pointe de l’intégration réglementaire. Ce n’est donc pas surprenant de voir les substances absentes du marché européen mises en lumière dans l’expertise collective de l’InsermRemises en jeu fréquemment, les méthodes d’évaluation et les exigences réglementaires nous permettent par ailleurs de gagner régulièrement en confiance et en robustesse. » Quant aux produits de récente génération, plus sélectifs et plus efficaces, ils sont également moins toxiques.

À savoir sur l’évolution du profil des pesticides

Entre les années 1940-50 et la dernière décennie, la toxicité moyenne des substances nouvellement mises en marché en Europe a été divisée en moyenne par 10 et les quantités nécessaires pour traiter un hectare par 8, voire par 12 pour les produits les plus pondéreux.

Amélioration continue des conditions d’emploi des produits phytopharmaceutiques, la France se distingue

L’évaluation du lien entre exposition et pathologie souligne l’importance de facteurs connexes comme la protection des applicateurs ou encore le respect des conditions d’emplois. Selon l’étude Agrican, il a pu être mis en évidence que la présomption de lien avec le cancer de la prostate n’est plus visible pour les agriculteurs qui ont porté des gants lors de la manipulation des produits. Conséquence, en France, les acteurs agricoles et de la protection des plantes s’impliquent dans des projets innovants comme celui sur l’amélioration de l’ergonomie et de la sécurité des Equipements de Protection Individuelle (EPI) ainsi que la mise en place d’une importante campagne de prévention. Cette dernière, soutenue par le Plan Écophyto, est portée dans le cadre du Contrat de Solutions. Autre exemple : le développement en Europe des systèmes de remplissage des pulvérisateurs sans contact. Ce déploiement s’effectue sous l’impulsion des principaux acteurs du marché. Quant à l’étiquetage des emballages de produit, il a fait l’objet d’une homogénéisation depuis 2017, afin de faciliter la compréhension des précautions et conditions d’emploi.

* étude des effets toxicologiques cumulatifs à plusieurs produits simultanément 

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Le secteur de la phytopharmacie est le premier pour lequel des méthodologies pour évaluer les « effets cocktails » sont mises en place

 

Tube à essai

Les entreprises suivent régulièrement l’évolution des connaissances scientifiques pour être en mesure d’orienter au mieux leurs programmes d’investissement et d’innovation. Par exemple, savoir si une famille chimique présente encore un intérêt ou le type de profils de produits qui seront attendus dans le cadre des procédures d’autorisation.

 

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Un engagement marqué sur la prévention et la protection des utilisateurs : notre rôle est de comprendre, accompagner et améliorer les conditions d’utilisation des produits phytos.