Le rapport du CGAAER sur Écophyto appelle à mieux cibler les financements

Réglementation 24 juillet 2026

Les aides destinées au plan Écophyto atteignent désormais près d’un milliard d’euros par an. Ciblent-elles les bons leviers ? Les innovations parviennent-elles jusqu’aux exploitations ? Le rapport du CGAAER relance le débat.

 

Le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a publié le 3 juillet son rapport Les dispositifs Écophyto : inventaire, analyse, recommandations. Commandé par le ministère de l’Agriculture, ce travail dresse, pour la première fois, un panorama complet des politiques publiques mises en œuvre depuis 2008 pour réduire l’usage des produits phytopharmaceutiques.

« Désormais, nous disposons d’un inventaire de plus de 15 ans d’actions Écophyto et des financements mobilisés, explique Ronan Vigouroux, responsable Environnement de Phyteis. Nous partageons une grande partie du diagnostic du CGAAER, même si plusieurs recommandations appellent, selon nous, à davantage de prudence. »

Un milliard d'euros par an : la question de l'efficacité est posée

Le rapport recense actuellement 26 dispositifs principaux. Leur financement atteint près d’un milliard d’euros par an, contre environ 643 millions d’euros en 2019, sous l’effet notamment de France 2030 et de la planification écologique. Jusqu’alors, le cœur du financement reposait essentiellement sur la redevance pour pollutions diffuses (RPD).

En 2024, les 71 M€ qui proviennent de la RPD s’ajoutent notamment à 250 M€ issus de la planification écologique dont 146 M€ pour le Parsada, 90 M€ du programme PRAAM ainsi qu’à 41 M€ du Grand Défi du biocontrôle et de la biostimulation. Le CGAAER souligne que ces nouveaux crédits « changent l’échelle et la portée de la politique ». Ces financements récents correspondent à une hausse de 478 % de l’enveloppe Écophyto.

Pour Phyteis, cette augmentation invite à s’interroger sur l’efficacité des politiques publiques. « Compte tenu de l’engagement financier actuel de l’État, le sujet n’est plus d’empiler de nouveaux programmes, observe Ronan Vigouroux. Désormais, la priorité est de mieux orienter les budgets afin qu’ils produisent des résultats concrets dans les exploitations agricoles. Par ailleurs, la complexité croissante de l’organisation publique ressort fortement dans l’analyse du CGAAER. »

En effet, le CGAAER souligne une gouvernance dispersée. Les dispositifs restent complémentaires mais leurs objectifs se chevauchent parfois. Leur pilotage manque aussi de cohérence. Les auteurs recommandent donc de renforcer la coordination nationale. Ils souhaitent territorialiser davantage les actions.

Le rapport estime également que la stratégie française a privilégié, depuis 2008, une réduction uniforme de l’usage des produits phytopharmaceutiques. En revanche, un ciblage des cultures, des territoires ou des situations les plus consommatrices aurait amélioré l’efficacité de ces financements publics.

Le transfert des innovations reste le principal défi

Le rapport signale une diffusion encore trop lente des innovations. Par exemple, les réseaux DEPHY, les groupes 30 000 et les programmes de recherche n’atteignent pas suffisamment les exploitations. Les inspecteurs font donc du transfert des références techniques une priorité. Ils appellent aussi à mobiliser davantage les filières et à accélérer la modernisation du matériel agricole.

Par ailleurs, les auteurs invitent à repenser le dispositif Certiphyto. Ils souhaitent privilégier un accompagnement plus continu, fondé sur les groupes d’agriculteurs et le partage d’expériences, plutôt qu’une formation obligatoire en présentiel dont ils doutent de l’efficacité.

« Nous partageons complètement ces analyses, poursuit Ronan Vigouroux. Au fond, la vraie question est de savoir si les moyens engagés permettent réellement aux agriculteurs de rester compétitifs tout en réduisant leur impact sur l’environnement. »

Des désaccords sur plusieurs propositions

Phyteis exprime néanmoins des réserves sur certaines propositions. « D’abord, celles relatives au financement de la dépollution de l’eau conduiraient à faire peser une part accrue de ces coûts sur les agriculteurs, prévient Ronan Vigouroux. Aujourd’hui, des financements pour protéger l’eau existent bien. Mais là encore, vont-ils au bon endroit, visent-ils suffisamment le changement de pratiques agricoles ? »  

Autre point de vigilance : un affichage inspiré du Nutri-Score pour les produits phytopharmaceutiques et les engrais de synthèse. « L’information du consommateur est une bonne chose. Mais une approche centrée sur les seuls pesticides rendrait compte très partiellement de l’impact environnemental ou sanitaire des pratiques. Par ailleurs, les risques pour l’humain et l’environnement sont évalués avant la mise sur le marché des produits phytosanitaires », rappelle-t-il.

En conclusion, ce rapport apporte un éclairage bienvenu après plus de 15 ans de programmes Ecophyto, à l’heure où les finances publiques et le revenu agricole sont à des niveaux préoccupants. Une orientation des efforts vers des solutions opérationnelles serait la bienvenue.