Expérimenter aujourd’hui les solutions dont l’agriculture aura besoin demain

Décryptages d’experts 28 septembre 2026

« Les milliers d’essais menés chaque année par les adhérents de Phyteis témoignent d’un effort continu de recherche : comprendre les réalités du terrain, tester les solutions et identifier les meilleures combinaisons pour répondre aux besoins des agriculteurs. »

 

Protéger une culture ne consiste pas simplement à disposer d’une solution efficace contre une maladie, un insecte ou une adventice. Climat, nature du sol, culture, pression des bioagresseurs, conditions d’application : de nombreux paramètres entrent en jeu. Pour intégrer cette diversité, les adhérents de Phyteis conduisent ou font réaliser près de 5 000 essais agronomiques par an. Un travail de recherche de grande ampleur, indispensable pour développer de nouvelles solutions, mais aussi pour approfondir les connaissances sur celles déjà disponibles et préciser la manière dont elles peuvent être utilisées sur le terrain.

Pourquoi les adhérents de Phyteis réalisent-ils près de 5 000 essais agronomiques chaque année ?

Derrière le terme générique d’ « essai agronomique » se cachent des recherches très diverses. Certaines visent à mesurer l’efficacité d’une solution face à un bioagresseur. D’autres évaluent sa sélectivité : dans le cas d’un herbicide, par exemple, il faut vérifier qu’il agit sur les adventices ciblées sans affecter la culture à protéger. D’autres essais encore étudient les résidus, les pollinisateurs ou les conséquences d’une utilisation sur les produits issus de procédés de transformation des récoltes.

Prenons l’exemple de l’orge brassicole. Les recherches peuvent se poursuivre au-delà du champ afin d’étudier ce qu’il advient des éventuels résidus au cours de la transformation et de vérifier qu’ils n’altèrent ni le procédé de fabrication ni les caractéristiques du produit fini.

Derrière un essai se trouvent donc une multitude de questions et de données à acquérir.

 

« L’enjeu n’est pas seulement de savoir si une solution fonctionne, mais de comprendre comment elle fonctionne et dans quelles conditions elle répond le mieux au besoin agronomique. »

 

Une partie de ces travaux est menée en amont de l’autorisation de mise sur le marché d’une solution et contribue à documenter son dossier. Ces essais sont réalisés dans un cadre réglementé selon les Bonnes Pratiques d’Expérimentation (BPE) par exemple pour les essais d’efficacité, de sélectivité, d’impact sur les rendements ou sur l’apparition des résistances. Mais la recherche agronomique se poursuit également une fois les solutions autorisées. Des essais dits de « valeur pratique » permettent notamment d’affiner les connaissances sur
leur utilisation dans différentes situations agricoles

Pourquoi faut-il tester les solutions dans autant de situations différentes ?

En France, il n’existe pas une situation agricole unique. Entre une vigne cultivée en Champagne, dans le Val de Loire, le Bordelais, en Provence ou dans le Languedoc, les sols, les conditions climatiques et la pression des bioagresseurs peuvent être très différents. Une solution doit donc être étudiée dans des contextes suffisamment variés pour comprendre comment elle se comporte face aux réalités du terrain.

Les adhérents de Phyteis disposent ainsi de 58 unités d’expérimentation réparties sur le territoire national. Cette implantation permet de compléter les connaissances acquises en laboratoire.

 

« L’agriculture est une affaire de situations particulières. Ce qui fonctionne dans un contexte donné doit être confronté à la diversité des sols, des climats, des cultures et des pressions de bioagresseurs. »

 

La diversité des situations se mesure également à travers la notion d’« usage ». Dans le domaine de la protection des cultures, un usage correspond à une combinaison entre une culture, un bioagresseur et un mode d’application. La France en compte environ 1 800 officiellement répertoriés. Autant de situations agronomiques auxquelles il faut pouvoir apporter des réponses adaptées.

Les outils d’agronomie digitale prennent également une place croissante dans cette recherche. En intégrant des informations sur la pression des bioagresseurs, la météo ou les conditions locales, ils permettent de mieux cibler les interventions et participent à une utilisation toujours plus précise des différents leviers disponibles.

Pourquoi la recherche porte-t-elle de plus en plus sur des combinaisons de solutions ?

La protection des cultures évolue. Là où une problématique agronomique pouvait autrefois trouver sa réponse dans une solution applicable assez largement, il faut aujourd’hui raisonner avec un ensemble de leviers. Dans 20 % des essais conduits par les adhérents de Phyteis, au moins une modalité testée relève ainsi de l’approche combinatoire.

Concrètement, les chercheurs peuvent étudier dans un itinéraire technique l’incorporation d’un ou plusieurs produits de biocontrôle ou de biostimulants. Les outils digitaux peuvent également contribuer à déterminer plus précisément si une intervention est nécessaire et dans l’affirmative quand intervenir. De plus des techniques d’application plus ciblées peuvent également être testées par exemple en désherbage grâce au progrès dans les outils d’identification et de détection des adventices. Il ne s’agit donc plus seulement de rechercher une solution isolée, mais d’identifier la combinaison de leviers la plus pertinente pour une situation donnée, avec un double impératif : obtenir une efficacité suffisante et proposer une stratégie économiquement acceptable pour l’agriculteur.

Cette recherche permanente est d’autant plus nécessaire que les besoins de protection des cultures évoluent. De nouveaux bioagresseurs apparaîssent¹, des résistances peuvent se développer et certaines solutions devenir indisponibles. Or la boîte à outils reste aujourd’hui incomplète. Selon un rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), 38 % des usages recensés n’étaient pas pourvus en 2019, c’est-à-dire qu’ils ne disposaient pas de produit phytopharmaceutique autorisé pour répondre au besoin identifié². Ce chiffre rappelle pourquoi l’effort de recherche doit se poursuivre. Les près de 5 000 essais agronomiques menés chaque année matérialisent l’investissement continu des adhérents de Phyteis pour explorer différentes voies : solutions conventionnelles, biocontrôle, biostimulants, agronomie digitale ou combinaison de plusieurs leviers.

Expérimenter, c’est ainsi contribuer à maintenir la boîte à outils des agriculteurs pour leur permettre de répondre à la diversité des situations qu’ils rencontrent sur le terrain. Continuer à chercher aujourd’hui les solutions dont ils auront besoin demain pour protéger leurs cultures et pour nous permettre de disposer d’une alimentation saine, de qualité et à un coût acceptable pour le plus grand nombre.

 

¹Selon l’l’Anses chaque année 3 à 4 nouvelles espèces d’insectes sont détectées en France et plus de 20 en Europe.
²Rapport 17080 du CGAAER, Valoriser le dispositif de gestion des usages orphelins – 02/2021