La rouille brune
Avec des pluies et de la douceur, la rouille brune contamine les blés au printemps. La lutte contre ce pathogène s’appuie principalement sur l’utilisation de variétés résistantes et sur des traitements phytopharmaceutiques adaptés.
La contamination des feuilles du blé et des autres céréales à paille par Puccinia triticina, champignon responsable de la rouille brune, peut être vite explosive. Ce sont surtout les cultures le long de la façade Atlantique qui sont les plus exposées.
En année douce et humide, la rouille brune se développe également dans les autres bassins céréaliers.
Les symptômes
- De petites tâches de chlorose, ovales, apparaissent de façon aléatoire sur la face supérieure des feuilles. Puis, des pustules brunes à brun orangé murissent et couvrent toute la surface foliaire.
- Les pustules brunes peuvent atteindre les barbes et les glumes des épis en cas de très forte attaque.
Les pustules de la rouille brune apparaissent de façon aléatoire sur toute la feuille.
Distinguer la rouille brune et la rouille jaune
La rouille brune contamine de façon homogène le champ. Les taches brunes et les pustules sont présentes sur toute la feuille.
La rouille jaune se manifeste d’abord sous forme de foyers au centre des parcelles. Les taches chlorotiques et les pustules jaune-orangé s’alignent le long des nervures pour former des stries.
Le cycle biologique de la rouille brune
Le cycle biologique de Puccinia triticina comprend une phase sexuée, à l’automne, et une phase asexuée, au printemps.
La rouille brune survit principalement l’hiver sur les repousses de céréales et les résidus de cultures sous formes d’urédospores issues de la reproduction asexuée.
Avec de la pluie et de la douceur, des foyers de contamination primaire apparaissent au printemps. Entre 15° et 25°C, un cycle complet du pathogène dure de 7 à 10 jours, de la germination des spores à la formation de pustules brun-orangé. Ces dernières expulsent massivement de nouvelles urédospores (plus de 3000 urédospores). Puis, le vent disperse ces spores sur l’ensemble de la parcelle et sur de longues distances. Les spores germent la nuit en présence d’eau libre sur les feuilles de blé.
Toutefois, dès que les températures dépassent 25 °C, le cycle se réduit à 6 jours. Dès lors, en enchainant les cycles, la rouille brune peut avoir une progression fulgurante. Chaque pustule produisant une grande quantité de spores, cela accentue le phénomène.
Cependant, lorsque les conditions deviennent plus sèches en fin de printemps et l’été, ces cycles asexués s’arrêtent.
À noter, la reproduction sexuée est très rare dans la nature. Cela s’explique par la faible présence des hôtes alternatifs (Thalictrum et Isopyrum) et leur résistance à l’infection.
La nuisibilité de la rouille brune
La rouille brune s’installe principalement sur les feuilles et peut parfois s’étendre jusqu’aux gaines de la tige. Dans tous les cas, la maladie induit un ralentissement de la photosynthèse. Par ailleurs, une forte infestation peut toucher les épis.
Les pertes de rendement dues à la rouille brune sont généralement de l’ordre de 10 %, mais elles peuvent atteindre 40 % en cas de fortes attaques sur des variétés de blés sensibles.
La stratégie de protection combinatoire contre la rouille brune
La protection contre la rouille brune repose principalement sur les variétés peu sensibles et la protection phytopharmaceutique.
Les pratiques culturales
Le mode de conduite du blé a un impact sur le risque d’apparition de la rouille brune. Pour le limiter, des pratiques culturales apportent des premières solutions.
Le choix des variétés
La résistance variétale à la rouille brune constitue le premier levier de lutte contre cette maladie. D’ailleurs, la majorité des variétés de blé tendre, de blé dur et de triticale présente une résistance à la rouille brune et à la rouille jaune. Celles les plus résistantes conviennent particulièrement aux régions les plus exposées de l’ouest de la France.
Le contrôle du volume foliaire
La rouille se propage de feuilles en feuilles. Les fortes densités de semis sont à éviter. De plus, la fertilisation azotée doit viser le meilleur compromis entre le rendement et le volume foliaire.
La destruction des résidus
Le broyage des chaumes et l’enfouissement des résidus empêchent la maladie de se conserver.
L’agronomie digitale
Des outils d’aide à la décision tels que Prévi-LIS d’Arvalis modélisent le développement de la rouille.
Cropwise Protector, pilote aussi la protection des cultures de blés et orges contre toutes les maladies. Il est interopérable avec les principaux outils de gestion parcellaire et les stations météo connectées du marché.
xarvio FIELD MANAGER, également interopérable, simule le risque des maladies des céréales en intégrant les prévisions météo et les données agronomiques de la parcelle.
La phytopharmacie
La surveillance au champ commence tôt au printemps avec de l’humidité et des températures supérieures à 10 °C. Des observatoires régionaux et les bulletins de santé du végétal (BSV) informent aussi sur le développement de la maladie.
Bien souvent, les fongicides contre les rouilles s’appliquent en même temps que ceux contre la septoriose sur blé.
La protection fongicide ciblant la rouille brune s’effectue à partir du seuil indicatif de risque. Celui-ci correspond au stade 2 nœuds de la céréale avec présence de pustules sur l’une des trois dernières feuilles.
Gestion de la résistance
La note technique commune Arvalis, Inrae et Anses présente tous les ans un bilan de l’évolution des résistances des souches de pathogènes aux principales maladies. Ainsi, elle recommande l’alternance des familles chimiques pour pérenniser l’efficacité des produits.
Néanmoins, contre les rouilles, la note préconise d’éviter de recourir aux SDHI lorsque leur contribution n’est pas décisive. Depuis 2022, les experts d’Arvalis et de l’Inrae observent une évolution de la résistance à cette famille chimique chez les différentes espèces de rouille.
Programmes fongicides
Les fongicides autorisés contre la rouille brune appartiennent majoritairement à la famille des triazoles et des strobilurines. Bien souvent, ils contiennent une association de substances actives pour prévenir les résistances. Certains agissent aussi sur rouilles et septoriose.
L’élaboration d’un programme de protection fongicide se raisonne au niveau de l’ensemble des maladies de la céréale :
- D’une part, intervenir selon les recommandations des outils d’aide à la décision et prendre en compte la tolérance variétale.
- D’autre part, alterner les modes d’action avec une seule application par programme pour chaque SDHI, strobilurine, triazole, fenpicoxamide. Puis, éviter de répéter les mêmes triazoles.
Impact de la protection combinatoire contre la rouille brune
Lors des années de faible à moyenne pression maladie, les variétés tolérantes à la rouille brune évitent un traitement fongicide. En complément, les outils d’aide à la décision permettent d’ajuster les programmes fongicides à la pression maladie et, lorsque c’est possible, de baisser l’indicateur de fréquence de traitement.
La protection combinatoire contre la rouille brune en 2030
Génétique
Les variétés résistantes constituent le principal levier préventif. Tout l’enjeu est de cumuler un haut niveau de résistance à plusieurs maladies : rouilles, septorioses et fusariose pour le blé par exemple.
Agronomie digitale
Le suivi de la pression rouille brune s’effectue avec des outils d’aide à la décision de plus en plus précis. En parallèle, l’offre numérique sert de base à de nouveaux modèles économiques. Dans ce cas, ils visent un objectif de santé de la culture.
Phytopharmacie
De nouvelles familles chimiques permettent de renforcer l’efficacité des programmes chimiques.