Comment lutter contre les mosaïques du blé

Blé Maladies 3 septembre 2025

Les mosaïques du blé sont des maladies virales qui peuvent entraîner des pertes de rendement importantes. À l’heure actuelle, face à cette maladie du blé, le recours à des variétés tolérantes est la principale stratégie pérenne de lutte.

Qu’est-ce que la mosaïque, cette maladie du blé complexe ?

Les mosaïques du blé regroupent un ensemble de maladies virales issues principalement de deux virus : le Virus de la Mosaïque des céréales (VMC) et le Virus de la Mosaïque des stries en fuseaux du blé (VSFB).

Ces virus appartiennent à la famille des Virgaviridae. Comme pour d’autres cultures, ils sont transmis aux plantes de blé par un champignon vecteur présent dans le sol, Polymyxa graminis.

Cette maladie est particulièrement présente dans les régions où l’automne est doux et humide, suivi d’un hiver froid. Ces conditions climatiques favorisent l’infection et l’expression des symptômes de cette maladie blé en fin d’hiver suivant.

Plus spécifiquement, le Virus de la Mosaïque des céréales (VMC) est principalement présent dans les limons battants et dans les sols hydromorphes. Le VSFB est quant à lui présent dans tous les types de sol.

Face à l’absence de moyens curatifs, la lutte contre les mosaïques du blé repose sur une combinaison de mesures préventives, culturales et génétiques.

Le cycle biologique des mosaïques du blé

Le développement de cette maladie du blé est étroitement lié à la biologie de son champignon vecteur, Polymyxa graminis. La présence de ces bioagresseurs dépend notamment de l’humidité et de l’état du sol.

Période estivale (repos estival du vecteur)

Pendant l’été, Polymyxa graminis subsiste sous forme de spores dormantes dans le sol. De plus, ces spores peuvent survivre plusieurs années, rendant la maladie blé difficile à éradiquer une fois installée.

Début d’automne (contamination des racines de blé)

Avec le retour de l’humidité, les spores de ces bioagresseurs germinent et infectent les jeunes racines des blés en début de cycle. Si la plante de blé est sensible, ils y implantent par la même occasion des virus qui pénètrent dans les tissus.

Hiver (multiplication virale)

Les virus responsables de la maladie du blé se multiplient dans la plante pendant l’hiver, en l’absence de symptômes visibles. Le froid hivernal favorise leur expression future.

Printemps (expression des symptômes)

Au cours de la montaison du blé, les symptômes deviennent visibles sur les feuilles. Cette phase correspond également à la période de plus grande nuisibilité de la maladie. Il n’y a pas de dissémination aérienne : les virus ne se propagent que dans le sol par l’intermédiaire du vecteur.

Les symptômes de cette maladie du blé : comment les identifier ?

Les symptômes des mosaïques du blé sont très caractéristiques :

  • Sur les feuilles de blé, en fin d’hiver, on observe l’apparition de stries ou bandes chlorotiques parallèles aux nervures.
  • Celles-ci sont parfois en mosaïque avec alternance de zones vertes et jaunes.
  • Chez certaines variétés sensibles à cette maladie blé, les feuilles peuvent s’enrouler et s’atrophier.
  • Des traits rougeâtres à l’extrémité des feuilles peuvent aussi être observés.
  • Dans les cas les plus sévères, le tallage du blé est réduit et les épis restent courts ou peu garnis.
  • A la montaison, ces mêmes symptômes évoluent : nanisme, retard à la montaison, développement racinaire affecté.

Ces symptômes peuvent être facilement confondus avec une carence (azote, magnésium) ou un stress hydrique affectant le blé. D’où l’intérêt d’un diagnostic confirmé en laboratoire (ELISA ou biologie moléculaire) pour identifier précisément cette maladie du blé. Enfin, la répartition des symptômes dans la parcelle est souvent hétérogène.

©Syngenta

Bandes chlorotiques parallèles aux nervures

La nuisibilité des mosaïques sur les rendements de blé

Les mosaïques du blé peuvent entraîner des pertes de rendement significatives, allant de 10 à 70 %. Un climat froid augmente fortement leur nuisibilité. Il en est de même de la précocité des infections par ces bioagresseurs et du niveau de sensibilité variétale. Ces pertes de rendements sont principalement dues à la réduction du nombre de grains par épi, ainsi qu’à une réduction du poids du grain de blé.

Dans le détail, la nuisibilité de la maladie blé varie par type de virus :

  • Le Virus de la Mosaïque des céréales (VMC) peut provoquer des dégâts importants sur blé tendre comme sur blé dur.
  • Le Virus de la Mosaïque des stries en fuseaux du blé (VSFB) affecte principalement le blé dur.

Par ailleurs, la forte persistance des spores de Polymyxa graminis dans le sol rend la maladie du blé pérenne. Chaque année, il y a donc un risque de réapparition sur les mêmes parcelles de blé si des variétés sensibles sont utilisées.

La stratégie de protection combinatoire contre les mosaïques dublé

La lutte contre la mosaïque du blé repose sur une stratégie combinatoire, intégrant prophylaxie, sélection variétale et aménagements culturaux pour contrer ces bioagresseurs.

Choisir des variétés de blé résistantes

A ce jour, aucune variété de blé dur résistante et adaptée aux conditions culturales françaises n’existe. Les variétés peuvent seulement être tolérantes.

Pour le blé dur, Arvalis estime à 20 % le pourcentage de variétés de blé résistantes.

Lors de l’implantation d’une parcelle, il est recommandé de consulter les fiches variétales et les cartes de pression virale pour faire un choix adapté.

Améliorer la structure du sol et le drainage

Un sol bien drainé limite le développement du vecteur Polymyxa graminis. Il est donc conseillé d’éviter les zones asphyxiantes ou compactées avant de semer le blé.

Adapter la date de semis du blé

Un semis trop précoce expose les jeunes plants à une contamination de la maladie blé dès l’automne. Dans les zones à forte pression virale, un décalage du semis (fin octobre) peut donc permettre d’échapper aux pics d’infection causés par les bioagresseurs. Les semis de printemps ne sont quant à eux pas affectés par les mosaïques du blé.

Utiliser les outils de diagnostic et de surveillance

En cas de doute sur la présence de cette maladie du blé, l’analyse virologique permet de confirmer la présence du SBWMV ou du WSSMV.

Certains outils d’agronomie digitale (OAD) permettent également de cartographier les zones à risque pour le blé, à partir de données pédologiques et climatiques.

Les perspectives « 2030 » de lutte contre les mosaïques du blé

La lutte contre les mosaïques du blé fait l’objet de plusieurs programmes de recherche. L’objectif est de sécuriser les rendements tout en limitant l’usage d’intrants.

Parmi ceux-ci, les programmes Mosadurum puis Readme, menés notamment par Arvalis et l’Inrae. L’un de leur objectif est de « mettre au point des variétés de blé dur tolérantes aux deux mosaïques les plus impactantes sur le blé dur ».

Par ailleurs, l’étude de la diversité génétique du vecteur Polymyxa graminis permet de mieux comprendre les capacités d’adaptation de ces bioagresseurs et de cibler des leviers d’action complémentaires pour freiner la maladie blé.

Des recherches sont également en cours sur la stimulation des défenses naturelles des plantes et sur l’influence du microbiome racinaire du blé. Ces pistes pourraient ouvrir la voie à des méthodes de biocontrôle à long terme contre cette maladie du blé.