Les symptômes de l’ergot du seigle peuvent être observés sur plusieurs niveaux :
- Sclérote et sphacélie : à l’état précoce, les grains infectés se présentent sous la forme d’une masse blanchâtre et gélatineuse (« sphacélie ») avant de durcir et de noircir pour former le sclérote. Ces structures, souvent allongées et étroites, sont facilement reconnaissables à leur couleur noir violacé et à leur consistance dure.
- Apparence des épis : les épis atteints montrent des grains anormalement colorés et déformés.À forte pression d’inoculum, jusqu’à 30 % des grains peuvent être remplacés par des sclérotes, donnant aux épis un aspect partiellement « piqueté » ou entièrement « erte ». Des fissurations de la glume peuvent également apparaître.
- Dégâts sur la plante : bien que l’impact direct sur les tiges et les feuilles soit limité, la présence de sclérotes peut perturber la maturation uniforme de l’épi et entraîner une baisse de la qualité de la récolte.
Les pertes de rendement directement causées par l’ergot sont généralement faibles, car seules quelques fleurs par épi sont infectées. Toutefois, les conséquences économiques et sanitaires peuvent être très importantes.
En effet, l’ergot du seigle peut contenir de fortes teneurs en alcaloïdes toxiques, qui sont à l’origine de l’ergotisme, une intoxication affectant le système nerveux, circulatoire et digestif.
Chez les animaux, l’ingestion de grains contaminés peut provoquer des troubles graves. Chez l’homme, l’ergot est historiquement responsable d’épidémies d’intoxications sévères, appelées jadis « mal des ardents ».
Il provoque des douleurs physiques, qui peuvent évoluer en gangrène des extrémités, mais aussi des convulsions et des hallucinations.
Au regard de ces risques, la teneur dans les céréales en ergot est strictement réglementée par le règlement européen 2023/915 : elle est abaissée à 0,2 g/kg depuis le 30 juin 2025. Sur les produits transformés, ce même règlement prévoit également des teneurs maximales réglementaires pour les alcaloïdes de l’ergot.
Concernant les semences, c’est la directive européenne 66/402 qui fait foi. Elle tolère un maximum de 3 sclérotes ou fragments de sclérotes pour 500 g de semences certifiées. Dans les semences de base, elle tolère 1 sclérote ou fragment de sclérote.
Le tri mécanique ou optique reste une option, mais il est difficile, coûteux et rarement totalement efficace.
Les situations à risque
Certaines configurations culturales ou conditions climatiques favorisent fortement la présence de l’ergot. Les parcelles de seigle ou de triticale, en particulier celles dont la floraison est étalée, sont particulièrement exposées.
Les fleurs restant ouvertes plus longtemps deviennent ainsi plus vulnérables à la contamination. La proximité de prairies ou de haies contenant des graminées adventices (comme le vulpin ou le ray-grass) accentue encore ce risque, en favorisant la contamination croisée.
L’utilisation de semences contaminées par des sclérotes d’ergot est également un facteur de risque majeur. Il peut provoquer l’introduction du champignon dans des parcelles jusqu’alors indemnes. Les rotations courtes incluant fréquemment des graminées sont également défavorables.
À l’inverse, les sols travaillés en profondeur et les climats secs durant la floraison réduisent l’expression du champignon.