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Le siècle vert

Un rapport sénatorial appelle à ne pas entraver la compétitivité de l’agriculture française

Le rapport d’information de la Commission des affaires économiques du Sénat intitulé « Compétitivité : une urgence pour redresser la ferme France » alerte sur le risque d’une crise de la souveraineté alimentaire. Pour corriger le tir, les rapporteurs ont élaboré 24 recommandations. Parmi-celles-ci : l’arrêt de la surtransposition réglementaire, le soutien à l’innovation en prolongeant le dispositif France 2030 et la réalisation d’analyses d’impacts en cas de suppression de pesticides sans alternatives.

La politique publique menée en France qui prône la qualité premium pour toutes les productions agricoles mène à une impasse selon les sénateurs Laurent Duplomb (Les Républicains – Haute‑Loire), Serge Mérillou (Socialiste, Écologiste et Républicain – Dordogne) et Pierre Louault  (Union Centriste – Indre‑et‑Loire). Dans leur rapport publié le 28 septembre, ils alertent sur l’érosion des cinq produits phare, le blé, le lait, la tomate, la pomme ainsi que le poulet et, plus globalement, sur celle de l’agriculture française. La création d’un « choc de compétitivité » devient urgente. Le cœur de l’alimentation des français échappe aux productions locales en raison de prix trop élevés pour une majorité des consommateurs. Le poulet français devient même un met de luxe. Clairement mises en cause dans le rapport : les différentes réformes menées depuis plus de 20 ans et idéologies qui ciblent les marchés de niches pour compenser la baisse de compétitivité.

Les rapporteurs estiment qu’« en suivant l’unique stratégie du “tout montée en gamme”, le risque est réel de voir un affaissement du potentiel productif agricole français, au détriment de notre souveraineté alimentaire. »

Doublement des importations agricoles en 20 ans

La ferme France décroche. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’agroalimentaire français occupe désormais la place de 5e exportateur mondial alors que dans les années 2000, il se plaçait en deuxième position. En vingt ans, les importations ont doublé, la balance commerciale hors vins et spiritueux est passée dans le rouge. Dans certaines familles, la moitié des denrées n’est pas d’origine française. Les fruits importés représentent même 71 % de ceux consommés par les Français.

Deux-tiers des pertes de marché de l’agriculture française sont liées à une baisse de sa compétitivité. Celle-ci provient de plusieurs facteurs : la hausse des charges dont celles de la main d’œuvre ainsi que celles consécutives aux normes réglementaires, le manque d’investissements qui freine la productivité, les accords de libre-échange favorables aux produits de moyenne gamme dont les coûts de production sont moins élevés. La baisse du potentiel de production est aussi reliée à celle du nombre d’exploitations que les rapporteurs jugent très inquiétante.

Les 24 priorités pour conquérir les marchés agricoles et alimentaires

Pour inverser la tendance, les trois sénateurs proposent un plan d’action à horizon 2028. Il a été élaboré autour de cinq axes regroupant 24 priorités. Ils ont sollicité l’avis de près de 200 experts et professionnels, dont les représentants de Phyteis, sur la stratégie promue par les pouvoirs publics. Parmi les priorités retenues par ces élus figure une série de mesures pour réduire les coûts de main d’œuvre, soutenir l’innovation dans le domaine environnemental, réformer la politique de soutien à l’exportation et renforcer la protection contre la concurrence déloyale. Pour piloter le plan, ils préconisent la nomination d’un “haut-commissaire à la compétitivité de la Ferme France”.

Corriger les effets de bords des mesures environnementales

En protection des cultures, le changement de pratiques peut s’avérer plus coûteux et complexe à mettre en œuvre, nécessitant de l’accompagnement. Il n’est pas sans risque sur la productivité. Aussi les rapporteurs estiment qu’en l’absence d’alternatives dans le cadre de l’interdiction d’une substance active, les effets de bord pour l’agriculture doivent être évalués. Dans ce cas, ils conseillent de mesurer les « bénéfices -risques environnementaux et sanitaires ». En Europe, environ 450 substances actives sont autorisées, les agriculteurs français ont accès à 300 d’entre elles. Enfin, pour reconquérir les marchés perdus et s’imposer sur ceux d’avenir, les sénateurs appellent à dire « non à la décroissance agricole sous-jacente à la stratégie « Farm to fork » en proposant d’amender cette dernière au niveau européen. »

Emmanuelle Pabolleta, directrice générale de Phyteis : « La protection des cultures se transforme. Elle fait partie des leviers indispensables à la compétitivité de l’agriculture française. Toutefois, pour répondre à l’enjeu de souveraineté alimentaire, elle doit pouvoir mobiliser toutes les solutions phytopharmaceutiques autorisées en Europe et dont disposent les autres États membres. »

« Sans prêter une attention suffisante aux charges des agriculteurs, sans améliorer la productivité de notre amont agricole par l’innovation et l’investissement, sans défendre suffisamment nos producteurs dans les accords de libre‑échange, la stratégie des pouvoirs publics pousse les agriculteurs dans une impasse. »

Rapport d’information de la Commission des affaires économiques du Sénat intitulé « Compétitivité : une urgence pour redresser la ferme France »

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