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Le siècle vert

Objectifs de protection des abeilles solitaires et bourdons, l’EFSA rend son analyse

Un document technique de l’EFSA fournit le contexte scientifique sur la biologie et l’écologie des bourdons et abeilles solitaires. Il cherche à estimer un seuil d’effets acceptables dans le cadre de l’évaluation des pesticides, la Commission souhaitant définir des objectifs de protection spécifiques. Une telle mesure en condition naturelle ressort complexe et requiert des études complémentaires. Des options de seuil sont toutefois proposées.

Quelle est la variation naturelle d’un essaim d’abeilles sauvages ? À partir de quel niveau de pertes peut-on considérer que le traitement phytosanitaire possède un effet inacceptable sur les abeilles solitaires et les bourdons ? Répondre à ces questions se révèle complexe à l’aune des connaissances actuelles. C’est ce que met en évidence le groupe de travail de l’EFSA dans son rapport publié le 28 janvier. Son analyse doit éclairer la Commission sur les objectifs de protection des pollinisateurs sauvages. Elle vise la définition d’un seuil d’effets acceptables lors de l’homologation d’un produit phytopharmaceutique. Cette étude s’inscrit dans le cadre de la révision des méthodes d’évaluation des risques des pesticides pour les abeilles et les pollinisateurs sauvages engagée depuis 2013*.

Un taux de 10 % de pertes d’abeilles comme curseur ?

En juin 2021, le taux de 10 % de pertes d’abeilles domestiques lors du test de retour à la ruche (validé en mars 2021) avait été retenu en Conseil des ministres de l’UE. Toutefois la biologie et l’écologie des abeilles solitaires ainsi que celle des bourdons diffère de celle des abeilles domestiques. Les informations recherchées concernent l’activité normale et la variabilité naturelle de ces populations de pollinisateurs sauvages.

Les données pertinentes portent sur une seule espèce d’abeilles solitaires Osmia bicornis et de bourdons Bombus terrestris. Le groupe de travail conclut à la complexité de l’analyse pour estimer leur variabilité naturelle. « Compte tenu du niveau actuel des connaissances, elle nécessiterait des informations qui ne sont pas encore disponibles et des outils qui n’ont pas encore été pleinement évalués », indique-t-il.

Toutefois, les études de terrain disponibles pour l’abeille solitaire montreraient une variation naturelle supérieure à 10 %. Celles pour le bourdon pourrait être comparables au niveau de fluctuation des colonies d’abeilles mellifères. Conséquence, le décideur politique a pour option de fixer un niveau de seuil a priori en lien avec ces résultats ou de ne pas statuer.

 

* Evaluation réglementaire des risques des pesticides en vertu du règlement (CE) n° 1107/2009

L’avis de Ronan Vigouroux, responsable environnement et agriculture durable

« Tant de facteurs biologiques et écologiques entrent en jeu dans la disparition d’une abeille, domestique comme sauvage, que fixer un seuil de pertes acceptables est complexe. Il sert à donner un indicateur de risque dans le cadre du test de retour à la ruche validé par l’EFSA en 2021. Mené en condition naturelle, ce test est compliqué et couteux. En France, l’Anses doit se prononcer sur les conditions de son utilisation. Pour tous les produits, il pourrait être utilisé, si nécessaire, après l’évaluation de premier rang réalisé en laboratoire et en complément des essais sous tunnels ainsi que pour évaluer les effets des produits insecticides. Il resterait au niveau du guide européen d’évaluation une méthode recommandée, non obligatoire. »

Quels sont les projets d’études sur les abeilles sauvages au niveau européen ?

Plusieurs projets et activités visent à améliorer les connaissances, à fournir des données et des outils d’évaluation sur les abeilles.

  • Le projet Horizon 2020 PoshBee (Brown et al., 2021) doit mettre à disposition de nouveaux modèles pour les bourdons et les abeilles solitaires d’ici à la mi-2023.
  • Le projet B-GOOD ainsi que d’autres sources doivent fournir des données paysagères provenant de diverses régions de l’UE (Comité scientifique de l’EFSA, 2021) afin d’accroître la représentativité des modèles.

En 2021, l’EFSA a lancé l’élaboration d’une feuille de route. Elle doit fournir une vue d’ensemble ainsi qu’une évaluation des lacunes dans les connaissances, les domaines de recherche prioritaires. En parallèle, l’EFSA a activé la collecte et la génération de données (avec des travaux expérimentaux) sur les arthropodes non ciblés, y compris les insectes pollinisateurs.

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