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Phyteis

AgriGuide, le Waze de la protection des cultures

Rendre l’information réglementaire sur les produits phytopharmaceutiques plus accessible et lisible, telle est la vocation de l’outil numérique AgriGuide. Quelle est sa plus-value et comment les distributeurs agricoles l’accueillent-t-ils ?

Sans aucun doute, la digitalisation des informations réglementaires contenues sur l’étiquette des produits phytopharmaceutiques ne pourra qu’en faciliter la lecture ! Lors de Phyteis Forum Distribution, Julien Durand-Réville, responsable santé et agronomie digitale chez Phyteis, en a fait une probante démonstration. Bidon en mains, il a dû déplier l’épais livret avec pli accordéon collé sur cet emballage pour en rechercher les informations. Et ce format n’est pas le plus complexe. « Sur l’étiquetage, nous avons connu trois générations de présentation », résume-t-il.  Avant 2017, les notices étaient encore bien plus longues que celle-ci. Raison pour laquelle, à cette date, Phyteis a orchestré l’harmonisation des informations. Elle aboutit notamment à une présentation visuelle des consignes sur les EPI, laquelle en améliore considérablement la lecture. Mais, cette étiquette physique, même homogénéisée, reste encore dense et complexe pour obtenir une information précise.

« Désormais, avec l’étiquetage numérique, l’agriculteur accèdera aux informations qui lui correspondent, souligne Julien Durand-Réville. Les moteurs de recherche évitent de feuilleter 15 pages. Inutile par exemple, d’accéder à l’ensemble des informations sur les céréales lorsqu’on est viticulteur. »

La protection des cultures est pionnière dans l’étiquette numérique obligatoire

Cette évolution s’inscrit dans un cadre réglementaire en pleine mutation. En effet, un texte européen impose aux agriculteurs la tenue d’un registre phytosanitaire numérique. En France, l’obligation s’appliquera à partir du 1er janvier 2027, avec des modalités assouplies jusqu’en 2030. Un second texte révise l’étiquetage des produits phytopharmaceutiques. Adopté le 11 décembre dernier, il renforce et harmonise la réglementation européenne. Cet ajustement se traduit notamment par de nouvelles phrases de danger et prend en compte des innovations futures. Mais, ce texte prévoit surtout l’obligation pour les metteurs en marché de proposer, en plus de l’étiquetage physique, un étiquetage sous format numérique. La protection des cultures est donc le 1er secteur d’activité qui l’adopte.

En effet, l’industrie n’a pas attendu les projets des textes réglementaires pour agir. Dès 2024 et à l’initiative de CropLife Europe, elle devançait le chantier, avec le projet AgriGuide. La phase pilote se termine avec succès dans trois pays européens.

Impliqué dans le déploiement opérationnel, Cyril Verrier, dresse alors un premier bilan encourageant. « Il y a encore quelques mois, nous avions une centaine d’étiquettes digitalisées en Europe. Aujourd’hui, nous dépassons largement les 800 ! », indique-t-il. D’ailleurs, la France bénéficie d’un accès accéléré. Huit adhérents volontaires de Phyteis ont participé aux tests et une quinzaine d’étiquettes sont déjà disponibles. Le responsable du groupe de travail pour la France compare l’outil au « Waze de l’agriculteur ». « L’information guide, mais la décision reste entre les mains de l’utilisateur », prévient Cyril Verrier. De plus, AgriGuide est ouvert à toutes les sociétés de protection des plantes, même non adhérentes de Phyteis ou CropLife.

La fiabilité des données n’est pas optionnelle !

Concrètement, AgriGuide est accessible sur web et mobile. L’accès s’effectue en scannant une étiquette physique ou via le moteur de recherche doté de filtres. « Dans le cadre de prochains projets, l’information remontera directement jusqu’aux machines, prévient l’expert de Phyteis. Par ailleurs, si l’utilisateur le décide, AgriGuide facilitera la tenue du registre phytosanitaire électronique avec un module dédié. »

Bien évidemment, l’étiquette n’est qu’un point d’entrée. Au-delà de la chaine d’outils numérique, la fiabilité du dispositif repose sur la qualité des données. « De nombreux acteurs les utilisent : logisticiens, conseillers, agriculteurs eux-mêmes, rappelle Alexandre Hallier, directeur appro International, produit de protection des plantes chez Soufflet agriculture. Un mauvais renseignement sur un usage peut entraîner des risques, voire des sanctions en cas de contrôle. Ces données doivent donc être irréprochables », souligne-t-il.

Pour Nicolas Branswyk, responsable des systèmes d’information PPA by InVivo, quatre critères clés émergent. D’abord, l’exhaustivité puisque tous les produits doivent figurer dans la base. Ensuite, la fiabilité des informations réglementaires conditionne le bon usage du produit. Pas question non plus d’avoir des cases vides ou des données obsolètes. Par conséquent, les deux autres points d’exigence concernent la complétude de l’information pour chaque produit et la fraîcheur des data.

AgriGuide couvre bien toutes les données réglementaires et d’usage. Toutefois, à ce stade, la base ne prend pas en compte les informations logistiques ou encore les données de taxation spécifiques à la France.

Responsabilité des données numériques, multiplicité des outils…

Quant à la responsabilité de la fiabilité de la donnée, elle incombe au détenteur de l’autorisation de mise sur le marché du produit concerné. D’ailleurs, il est le seul qui effectue les mises à jour. Cela suppose aussi du pragmatisme de la part de l’Anses, notamment dans la rédaction et l’interprétation des conditions d’usage. Cependant, Julien Durand-Réville relève un point de vigilance car l’information circule d’un acteur à l’autre. Par conséquent, la responsabilité évolue selon le niveau d’agrégation de la donnée. « Dès qu’une information est modifiée, transmise incomplète ou mal interprétée, la responsabilité peut se déplacer », ajoute-t-il. L’essor de l’intelligence artificielle renforce encore cet enjeu. « Par exemple, une donnée fiable à l’origine peut devenir erronée ou tronquée lors d’une réponse via un chatbot IA. Vigilance donc lorsque l’on manipule des données réglementaires. »
Enfin, Alexandre Hallier, voit aussi le risque d’ajouter un outil de plus à un écosystème déjà dense. Le futur sera certainement d’avoir une cartographie fine des contraintes réglementaires. Elle permettra de savoir, au mètre carré près, si un produit est utilisable et dans quelles conditions. « Ainsi, le conseil agronomique reprendra sa place, alors qu’aujourd’hui la complexité réglementaire l’efface », estime Alexandre Hallier.

En attendant, l’application AgriGuide sera disponible gratuitement en France à l’orée 2027, lorsque la base d’étiquetage sera suffisamment remplie.