La punaise diabolique en verger de noisetier
Originaire d’Asie, la punaise diabolique s’est implantée en Europe depuis une quinzaine d’années. Très polyphage, elle constitue une menace croissante pour de nombreuses productions, notamment pour la filière noisette.
La punaise diabolique (Halyomorpha halys) appartient à la famille des Pentatomidae. Repérée pour la première fois en France en 2012, cette espèce invasive s’est depuis établie dans plusieurs régions agricoles.
Sa capacité de reproduction, son comportement grégaire et son potentiel de nuisibilité en font un enjeu de plus en plus préoccupant, en particulier pour la filière française de noisettes.
Les producteurs de noisettes sont confrontés à une véritable impasse technique dans leur lutte contre ce ravageur. Face à sa progression rapide et à sa capacité de nuisance, la mise en place d’une stratégie combinatoire est indispensable.
Le cycle biologique de la punaise diabolique en verger de noisetier
En Europe, la punaise diabolique réalise généralement une à deux générations par an. Dans les régions plus chaudes de son pays d’origine, comme le sud de la Chine, elle peut en produire jusqu’à quatre, voire davantage.
La femelle pond ses œufs en groupe, souvent sur la face supérieure des feuilles. Ces œufs éclosent rapidement, en trois à six jours. Ce sont les jeunes au deuxième stade de développement qui commencent à se déplacer et à se nourrir en piquant les plantes.
Les jeunes larves (nymphes) passent par cinq stades avant d’atteindre l’âge adulte. La punaise diabolique mesure alors entre 12 et 17 mm de long et 7 à 10 mm de large.
Lorsqu’elle ne produit qu’une génération par an, la nouvelle génération d’adultes n’est pas immédiatement capable de se reproduire : elle attendra l’été suivant pour se reproduire. L’hiver, les adultes se réfugient dans des abris secs comme les écorces, les fentes de bâtiments, ou même à l’intérieur des maisons ou des véhicules. C’est pourquoi on observe parfois à l’automne des regroupements massifs et gênants dans les habitations.
Au printemps, généralement dès le mois d’avril, les punaises sortent de leur abri, reprennent leur activité et commencent à se nourrir. Les accouplements ont lieu au printemps et en été, et les pontes s’échelonnent entre juin et août.
Espèce très mobile et hautement polyphage, elle peut migrer rapidement d’une plante hôte à une autre. C’est le cas en particulier entre les milieux naturels et les vergers ou cultures.
©Association Nationale des Producteurs de Noisettes
Une punaise diabolique
La nuisibilité de la punaise diabolique en verger de noisetier
La punaise diabolique pique les noisettes en formation pour s’alimenter, provoquant des dégâts internes : chutes précoces de fruits, nécroses, brunissements, déformation des fruits.
De ce fait, ces attaques réduisent les capacités de production et la qualité commerciale des fruits arrivés à maturité, entraînant des pertes économiques importantes.
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Dégâts causés par la punaise diabolique
Stratégie de protection combinatoire contre la punaise diabolique en noisetier
Depuis plusieurs années, les producteurs de noisettes privilégient la recherche d’alternatives aux traitements chimiques. Toutefois, à court terme, ils réclament un renforcement des moyens de protection disponibles.
Piégeage et surveillance
Le premier levier repose sur une surveillance fine du territoire. Des pièges à phéromones permettent de suivre les dynamiques de population et de détecter les pics de présence, notamment au printemps et en fin d’été.
Lutte chimique
En France, pour le secteur agricole, l’usage des insecticides de la famille des néonicotinoïdes est interdit depuis 2018. Depuis lors, les producteurs de noisettes subissent chaque année des pertes importantes, en l’absence de solutions de protection efficaces.
Actuellement, seuls les insecticides de la famille des pyréthrinoïdes permettent de limiter sa propagation. Cependant, leur efficacité reste très limitée. Ils présentent par ailleurs un risque de développement de résistances.
Perspectives « 2030 » de lutte contre la punaise diabolique
Dès les premières observations de punaises diaboliques dans les vergers de noisetiers en 2015, la filière a immédiatement mis en place un programme de recherches.
Ces recherches, menées en collaboration avec l’INRAE ont abouti à la découverte sur le sol français de deux parasitoïdes oophages. Ceux-ci sont susceptibles de lutter contre la punaise diabolique.
La filière, soutenue par la Région Nouvelle Aquitaine, a créé en 2025 le premier pôle de production de parasitoïdes oophages de la punaise diabolique en France. Ce laboratoire est désormais en mesure de produire des parasitoïdes pour la phase d’expérimentation.
A court terme, dans l’attente de solutions alternatives, les producteurs réclament un renforcement des moyens de protection disponibles.
- REPLIK (2019-2021) : étude de la diversité des populations de punaises et de leurs parasitoïdes ;
- RIPPOSTE (2021-2024) : mise en place d’un laboratoire d’élevage de la punaise diabolique et de ses parasitoïdes du genre Trissolcus (T. japonicus et T. mitsukurii).
- PARSADA-PACTE (2025-2029) : étude de méthodes combinatoires alternatives aux produits phytosanitaires pour lutter contre la punaise diabolique ; projet regroupant 14 partenaires dont 11 filières agricoles.
L’ANPN (Association Nationale des Producteurs de Noisettes) a également présenté les travaux conduits avec deux souches de champignons entomopathogènes.
Les 60 % d’efficacité relevés sur les adultes de la punaise diabolique sont toutefois obtenus en laboratoire.
La difficulté réside dans le passage au verger. En effet, les champignons entomopathogènes nécessitent des conditions optimales pour conserver leur efficacité, notamment une humidité élevée. Or au moment où la punaise fait des ravages, les vergers sont plutôt en période estivale.
©Association Nationale des Producteurs de Noisettes