Le désherbage de l’endive
Le désherbage de l’endive figure parmi les principaux verrous techniques de la filière « endive ». Avec la suppression de certaines matières actives, les producteurs doivent développer des stratégies combinatoires pour maintenir leur production.
La culture de l’endive (chicorée witloof, Cichorium intybus var. foliosum) occupe une place forte dans les Hauts-de-France. Cette région concentre l’essentiel de la production nationale.
Mais le contexte se tend. Les endiviers font face à un large spectre d’adventices exerçant une pression croissante sur le rendement et la qualité des racines : chénopodes, laiterons, matricaires, galinsoga, armoise, graminées, mercuriales, morelle, séneçons, renouées.
Parallèlement, le cadre réglementaire sur les herbicides se durcit. Plusieurs substances sont retirées ou menacées, et des résistances à certaines familles d’herbicides se multiplient.
Le désherbage, jusqu’ici fondé sur des solutions chimiques, évolue désormais vers une gestion combinatoire.
Le cycle et la dynamique des adventices en culture d’endive
L’endive suit un itinéraire en deux temps :
- Semis de la graine au printemps pour produire une racine.
- Récolte de la racine, puis forçage en salle de pousse (en cave ou en bac) pour obtenir le chicon (endive).
© Les producteurs d’endives de France
Plantule
C’est au stade de la levée de la graine (pendant la phase de croissance racinaire, avant le forçage) que les adventices peuvent fortement concurrencer la culture. Leur développement bien plus rapide que celui de l’endive accentue cette compétition.
La pression adventice dépend également, en grande partie, du stock de graines dans le sol. Certaines graines germent dès que le sol est perturbé ou après une préparation de sol superficielle (faux semis).
Le phénomène de dormance ou de levée différée complique la maîtrise des adventices. En effet, des vagues de levée peuvent survenir après les interventions si des graines restent en profondeur.Les conditions de la période des semis (mai-juin) sont aussi très favorables à la levée des adventices (préparation de sol très fine, humidité du sol et température douce).
Aussi, la fenêtre de désherbage est souvent étroite. Si le désherbage intervient trop tard, les adventices sont déjà établies. Le désherbage se fait donc en pré et post semis à des stades très jeunes pour limiter la concurrence des adventices sur la petite graine. Mais trop tôt, la culture n’est pas assez robuste pour résister aux opérations.
Dans le cas spécifique de l’endive, l’aspect sanitaire et la propreté de la racine sont primordiaux. L’obtention d’une racine homogène et d’un calibre compris entre 3 et 6 cm est une condition essentielle et prépondérante pour le reste du cycle.
La nuisibilité des adventices de l’endive
Les adventices concurrencent l’endive pour l’eau, les nutriments et la lumière ; ce qui peut engendrer une mortalité de la plante, une réduction de rendement et/ou une baisse de qualité racinaire.
Des essais montrent que, en cas d’enherbement précoce important, les pertes peuvent atteindre plusieurs dizaines de pourcents selon les conditions locales (sol, climat).
Les adventices peuvent aussi générer des coûts indirects : ralentir les opérations mécaniques, augmenter l’usure des équipements ou rendre l’arrachage plus difficile voire impossible.
Stratégie de protection combinatoire du désherbage de l’endive
Aucun levier n’est suffisant seul. Il faut les imbriquer selon le contexte de parcelle, l’historique, le climat, les contraintes techniques.
Leviers agronomiques (préventifs)
- Rotation longue : ne pas cultiver l’endive en retour rapproché (rotation de 5 à 7 ans minimum). Des précédents comme les légumineuses ou certaines racines doivent être évités pour briser les cycles adventices.
- Faux semis : préparer le sol superficiellement pour provoquer la germination des adventices, puis les détruire avant l’implantation de la culture. Au besoin, plusieurs cycles de faux semis peuvent être utiles selon les conditions.
- Travail du sol raisonné : l’enfouissement des graines (via labour profond) peut atténuer la pression adventice.
- Couverts végétaux temporaires ou intercultures : entre deux cycles pour concurrencer la flore adventice quand la parcelle n’est pas en culture.
Leviers mécaniques et physiques
- Bineuse, houe, herse étrille : intervenir entre les rangs et sur les rangs pour détruire les adventices avant qu’elles ne se développent.
- Désherbage thermique / thermique localisé : destruction des plantules par choc thermique (chaleur, vapeur) proche de la ligne culturale.
- L’endive supporte un désherbage thermique. Cependant, ce procédé lui fait perdre du temps de croissance (technique utilisée en agriculture biologique).
- Pulvérisation ciblée : en appliquant l’herbicide strictement sur les adventices détectées, il est possible de réduire la dose totale utilisée à l’hectare.
Leviers chimiques (actuellement disponibles / menacés)
La filière endive subit le retrait progressif de plusieurs molécules herbicides, ce qui oblige à les remplacer par d’autres substances ou techniques. Par ailleurs, de nombreuses molécules plus agressives ne sont pas tolérées pas l’endive, la fragilisent ou ne sont pas autorisées.
Les perspectives horizon 2030 pour le désherbage de l’endive
À l’horizon 2030, le désherbage de l’endive devrait s’inscrire dans une approche de plus en plus intégrée, fondée sur la précision et la complémentarité des outils.
Approche numérique
Les filières légumières, fortement exposées à la réduction des intrants, orientent déjà leur stratégie vers une automatisation raisonnée du désherbage.
- Surveillance de l’infestation pour piloter les interventions
L’un des grands leviers réside dans la numérisation de la décision. Capteurs connectés, outils d’agronomie digitale et images satellites permettront d’évaluer la pression adventice en temps réel et de planifier les interventions au plus juste. Ces dispositifs s’intègrent dans les programmes de recherche régionaux menés par la FREDON et les chambres d’agriculture des Hauts-de-France (Fredon, 2025).
- Ciblage des adventices lors du traitement
Par ailleurs, les robots de nouvelle génération — dotés de caméras et d’intelligence embarquée — permettront d’identifier la culture et les adventices à la plante près. Ils permettront ainsi de restreindre les traitements chimiques à un rôle d’appoint.
Recherche
Enfin, depuis 2017, l’Association des Producteurs d’Endives de France (APEF), a consacré plus d’un tiers de son budget à la recherche, via notamment sa station d’expérimentation. Son programme « s’ajuste pour répondre de façon plus efficace aux nouveaux enjeux des filières agricoles en matière notamment de stratégies phytosanitaires, d’évaluation variétale et de suivi de la qualité du produit ».