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Banane

Le charançon noir du bananier

Le charançon noir du bananier (Cosmopolites sordidus) est un ravageur souterrain majeur des cultures de bananes et de plantains.

Discret mais redoutable, il impose aux producteurs une stratégie de lutte combinée, rigoureuse et durable.

Le charançon noir du bananier, Cosmopolites sordidus, appartient à la famille des Curculionidae. Ce coléoptère d’origine tropicale s’est répandu à l’échelle mondiale avec la généralisation de la culture du bananier. Il constitue désormais un danger constant pour celle-ci.

En effet, les systèmes agricoles tropicaux sont caractérisés par une forte humidité des sols et le mode de multiplication végétative. Ces facteurs favorisent son cycle de vie.

Son impact économique est important, d’autant que l’infestation est difficile à détecter précocement. De fait, il compromet progressivement la vigueur des plants, leur enracinement et leur capacité à soutenir une production fruitière régulière.

La lutte contre charançon noir du bananier repose sur une stratégie combinatoire. Celle-ci mêle surveillance, prophylaxie, gestion culturale, recours raisonné à des moyens chimiques et développement de solutions biologiques.

Le développement du charançon noir du bananier

Le cycle biologique du charançon noir débute par la ponte de l’adulte femelle dans les gaines foliaires ou à la base du pseudo-tronc. Chaque femelle ne pond qu’un œuf par semaine en moyenne, ce qui rend le cycle relativement lent, mais constant.

Par la suite, la larve émerge et migre vers le corme. Elle y creuse des galeries, se nourrissant du tissu végétal.

Le développement larvaire comporte plusieurs stades, généralement entre cinq et huit, selon les conditions climatiques. À l’issue de cette phase, la nymphe donne naissance à un adulte, noir, brillant, de 10 à 15 millimètres.

La durée complète de ce cycle varie de cinq à sept semaines. L’adulte peut vivre alors plusieurs mois et même jusqu’ à quatre ans.

Robuste mais peu mobile, il est essentiellement actif la nuit. Puis, durant la journée, il reste enfoui dans le sol ou dans les débris végétaux.

Sa capacité de dissémination autonome est donc très faible. La plupart des contaminations à l’échelle parcellaire ou régionale se font par transfert de matériel végétal infesté.

En l’absence d’intervention, le charançon s’installe durablement dans les parcelles, en formant des foyers localisés. Avec le temps, ceux-ci s’étendent à l’ensemble de la bananeraie. Ce caractère chronique, associé à la discrétion du ravageur, rend son éradication difficile.

Les symptômes du charançon noir du bananier

Les symptômes d’infestation par le charançon noir du bananier apparaissent principalement au niveau des racines et du corme. Les larves, en y creusant des galeries internes, compromettent la solidité de l’ancrage du plant.

Les dégâts internes ne sont visibles qu’après décorticage du pied. En conséquence, la circonférence du corme est le seul indice permettant d’estimer le niveau d’infestation : plus elle est réduite, plus l’infestation est forte.

En revanche, sur les parties aériennes, les signes sont moins spécifiques. On note un ralentissement de la croissance, une réduction de la taille des feuilles, un retard de floraison et une baisse significative du poids des régimes.

Les plants très attaqués finissent par se coucher, en particulier sous l’effet du vent ou du poids des fruits, ce qui entraîne la perte totale de la récolte.

À plus long terme, les infestations réduisent la productivité des rejets et affaiblissent la souche mère. L’ensemble du système de production s’en trouve compromis, notamment dans les plantations de long cycle.

La nuisibilité du charançon noir du bananier

Le charançon noir du bananier est un ravageur à la nuisibilité très élevée. Dès lors, en cas d’infestation sévère, les pertes de rendement peuvent atteindre 85 %. Cette baisse est due à la conjugaison de plusieurs facteurs, notamment :

  • la réduction de la croissance végétative et des émissions de rejets ;
  • le retard ou l’absence de floraison ;
  • le renversement des plants portant des régimes ;
  • la réduction de la taille et du poids des régimes récoltés.

Cette forte nuisibilité est essentiellement due au caractère chronique de l’infestation. L’adulte vit longtemps ; et ses larves se développent à l’abri des regards. Une fois établi, le ravageur devient difficile à éradiquer sans mise en jachère ou restructuration complète de la parcelle.

À cela s’ajoute le fait que le charançon noir du bananier est souvent véhiculé par l’Homme, notamment lors de l’introduction de plants non contrôlés. Le risque de dissémination régionale est donc constant.

Stratégie de protection combinatoire contre le charançon noir du bananier
Réduction de l’inoculum par des mesures prophylactiques

Le premier levier de lutte repose sur la prévention de l’installation du charançon. Cela passe par l’utilisation de plants sains. En pratique, les vitroplants, les plants issus de pépinières certifiées ou les rejets traités thermiquement offrent les meilleures garanties sanitaires.

La jachère est également une mesure prophylactique à encourager, pour créer un “vide sanitaire” contre les parasites du bananier.

Le nettoyage régulier des parcelles est aussi essentiel. Les résidus végétaux, les pseudo-troncs couchés ou les débris de jachère sont autant de refuges pour le ravageur. Il convient également de procéder à des décorticages réguliers pour diagnostiquer l’infestation et, le cas échéant, éliminer les plants trop atteints.

Suivi du risque et piégeage ciblé

Une surveillance régulière doit être mise en place. Pour ce faire, l’usage de pièges à phéromones permet de détecter la présence des adultes et d’estimer leur abondance. Une densité de quatre pièges à l’hectare est recommandée pour le suivi.

En cas de captures supérieures à un individu par piège tous les quinze jours, un piégeage de masse peut être envisagé. Huit à seize pièges par hectare doivent alors être installés.

Le piégeage doit être mené de manière coordonnée entre producteurs d’une même zone pour éviter les effets de recolonisation.

Avec le temps les charançons s’installent dans la parcelle et se multiplient. Leur piégeage est donc important pendant toute la durée de la culture et surtout les années qui vont suivre la plantation.

Recours raisonné à la protection chimique

Une seule substance est actuellement homologuée. Elle s’applique au sol à la plantation ou au pied des plants, à la dose de 20 g par plant. Son efficacité reste cependant partielle. Son usage doit s’inscrire dans une logique de protection intégrée.

Prospectives horizon 2026

La lutte contre le charançon noir du bananier entre dans une nouvelle phase. Celle-ci à associe les enjeux de productivité, de durabilité et de réduction des intrants chimiques. Plusieurs pistes de recherche sont activement explorées.

Les formulations biologiques à base de Metarhizium anisopliae font l’objet d’améliorations techniques.  Plusieurs objectifs sont poursuivis : meilleure persistance dans le sol, stabilité des formulations et compatibilité avec les conditions tropicales.

Les recherches portent aussi sur d’autres agents de biocontrôle, notamment des nématodes entomopathogènes.

Enfin, les outils d’agronomie digitale (OAD) permettront, à terme, de planifier les interventions en fonction des conditions climatiques locales, des historiques d’infestation et du calendrier cultural.