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Le carpocapse des pommes  

Les chenilles du carpocapse perforent les fruits. La lutte contre ce ravageur combine la surveillance, la pose des filets, le biocontrôle, le piégeage et la destruction des cocons, limitant l’usage des insecticides aux situations critiques.

Toutes les zones de culture des pommiers, des poiriers, des cognassiers et des noyers, subissent les attaques du papillon carpocapse, Cydia pomonella. Toutefois, ce sont les chenilles qui causent d’importants dégâts. Elles perforent les fruits pour dévorer les pépins.

  • Le carpocapse adulte mesure de 1,5 à 2,2 cm. Sa couleur gris-brun est assez passe-partout. Toutefois, il se repère grâce à ses ailes antérieures striées par des lignes sombres. De plus, leur extrémité présente une tache ovale brune. Quant aux ailes postérieures, elles ont une couleur cuivrée.
  • L’œuf du carpocapse est en forme de lentille d’un diamètre 1,3 mm. Sa couleur évolue à mesure de sa maturité. Gris à la ponte, il se pare d’un anneau rouge-orangé. Un point noir (la tête de la future larve) apparait avant l’éclosion.
  • En début de son cycle, la chenille mesure 1,5 cm. Sa tête est noire et son corps blanc avec une plaque thoracique brune devient ensuite rose clair. Remarque, en prenant cette couleur rosée, la chenille peut être confondue avec celle de la tordeuse orientale ou de la petite tordeuse des fruits. Leur différence ? L’absence de peigne anal pour celle du carpocapse !
  • La couleur de la chrysalide du carpocapse varie du brun-jaune au brun-foncé. Elle mesure environ 1 cm.
Caterpillar pest Codling moth crawls on a green apple

© dimid_86

La chenille de carpocapse perfore la pomme pour atteindre les pépins et les consommer.

Close up Boring trace of a codling moth Cydia Pomonella, in a half wormy apple. On white background.

© CatherineL-Prod

Pomme inconsommable ! Outre la galerie qu’elle creuse, la chenille de carpocapse y laisse des excréments.

Cycle biologique du carpocapse des pommes

Au printemps, après émergence, l’adulte entame son vol pour s’accoupler. Le mâle repère la femelle grâce aux phéromones sexuelles qu’elle émet. Elle pond dans les 5 jours sur les feuilles, les rameaux ou les jeunes fruits. Par ailleurs, l’adulte vit de 12 à 18 jours.

Après éclosion, la larve mordille les feuilles. Ce stade baladeur dure 1 à 5 jours. Ensuite, elle pénètre dans la pomme, généralement à un point de contact avec une feuille ou un autre fruit. Alors, elle creuse une galerie en spirale, qu’elle emplit de déjections, jusqu’au cœur du fruit, où elle se nourrit des pépins.

À la fin de son développement, la larve quitte le fruit. Elle peut entrer en nymphose pour donner naissance à un papillon de deuxième génération ou entrer en diapause, suspendant son développement.

Malgré tout, les larves nées entre fin août et octobre se mettent toutes en diapause pour affronter l’hiver. Elles tissent un cocon dans les anfractuosités de l’écorce ou d’autres abris au sol.

Stimulée par la hausse des températures, la larve se métamorphose au printemps, pour donner un nouvel adulte.

La nuisibilité du carpocapse des pommes

L’impact sur la qualité de la récolte est considérable car un fruit verré n’est pas commercialisable. D’ailleurs, lorsqu’ils sont attaqués, les fruits tombent au sol avec comme conséquence une importante perte de récolte.

La stratégie de protection combinatoire contre le carpocapse des pommes

La lutte contre le carpocapse en verger se raisonne en fonction du niveau de population. Un suivi des vols est essentiel afin d’intervenir au bon moment en cas de dépassement des seuils de risque. En amont, des mesures préventives limitent l’installation et le développement du ravageur dans la parcelle.

L’objectif est aussi de réduire l’IFT (Indice de fréquence de traitement) en combinant les solutions de protection des vergers.

Les pratiques culturales

Des mesures prophylactiques freinent l’installation et le développement du carpocapse.

Supprimer les supports d’hivernation

Pour éviter de retrouver chaque année des vols de carpocapses dans les vergers, les larves ne doivent pas trouver des zones pour hiverner. Par exemple, les souches, les palettes, les bois de taille à proximité du verger constituent de bons abris. De façon générale, tout support en bois est à supprimer. De plus, les fruits attaqués par les chenilles, tombés au sol, doivent être ramassés et détruits.

Piéger le carpocapse

À l’inverse, laisser des refuges permet de piéger le carpocapse. Néanmoins, cette technique s’adresse aux petites surfaces. Ainsi, des bandes pièges en carton ondulé, placées autour des troncs, capturent les larves qui descendent le long des troncs en fin de saison. De fait, elles sont à fixer en fin de première génération avant la diapause, puis à détruire (par brûlage), dès la formation des cocons. Cette stratégie diminue la population initiale pour l’année suivante.

Lutte physique

L’installation de filets sur le verger évite l’arrivée des populations depuis des zones voisines contaminées. Avec une maille de 5×3 mm ou 8×3 mm, ces filets protègent aussi d’autres ravageurs. De plus, ils limitent l’impact des conditions climatiques extrêmes.

La prédation naturelle

Autre levier pour contrôler le carpocapse : favoriser les auxiliaires en leur créant des gîtes. Par exemple, les mésanges sont des prédateurs naturels des larves de carpocapse et de nombreuses autres chenilles. Les chauves-souris, très voraces, s’attaquent majoritairement aux insectes volant le soir ou la nuit dont le carpocapse. Dans ce cas, les haies avec des cavités et les nichoirs constituent de bons abris pour ces prédateurs du carpocapse.

Quant aux nématodes Steinernema carpocapsae, ils parasitent les larves de carpocapse. Dès leur entrée, ils libèrent une bactérie qui tue l’hôte rapidement, le transformant en nourriture. Ces nématodes s’utilisent également en lutte biologique.

L’agronomie digitale

En avril, l’évaluation du niveau de population du carpocapse repose sur le suivi du vol des adultes après leur émergence.

Pour estimer le risque et adapter la protection, des outils numériques comme Di@gno-Pom (Inra), Inoki (CTIFL) et carpocapse DGAL-Onpv, ainsi que le piégeage et l’observation régulière des vergers, sont essentiels.

Les solutions de biocontrôle

La confusion sexuelle concerne de 70 % à 80 % des surfaces selon les années. L’objectif est de saturer l’air avec l’hormone (phéromone) qu’émet la femelle, empêchant les mâles de la retrouver. Faute d’accouplement, le cycle du ravageur s’arrête. Cependant, cette méthode est efficace si la pression n’est pas trop forte. Par exemple, en évaluant moins de 1 % de dégâts la récolte précédente.

Par ailleurs, les phéromones ne visent qu’une seule espèce de ravageurs. De fait, elles ne perturbent pas les insectes auxiliaires qui vivent en nombre dans les parcelles.

Autre solution de biocontrôle, les nématodes entomopathogènes (Steinernerma carpocapsae) se pulvérisent sur les feuilles.

Enfin, des produits contentant des virus comme la carpovirusine et le virus de la granulose infectent les larves de carpocapse.

La phytopharmacie

Grâce au suivi de population et à la modélisation, les interventions interviennent uniquement  lors des périodes à haut risque pour le verger. En cas de forte pression, elles reposent sur un traitement chimique sur toutes les générations ou une confusion sexuelle, complétée par des interventions ciblées lors du pic des vols.

Remarque, les variétés de pommiers sont toutes sensibles pendant la durée des vols de carpocapses. En revanche, le degré de sensibilité des poiriers dépend des variétés. Celles d’été et d’automne, Guyot, William’s, Beurré Hardy, le sont dès la première génération. Les attaques de la deuxième génération de carpocapses concernent les variétés d’hiver Conférence et Doyenné du Comice.

La surveillance du verger

Le niveau d’infestation de l’année précédente reste un indicateur fiable pour anticiper la pression du ravageur. Au-delà de 1 % de fruits endommagés par hectare ou de 2 larves par bande-piège, une intervention s’impose l’année suivante.

En complément, la surveillance du vol à l’aide de piège à phéromones est indispensable pour positionner correctement les traitements et en fonction des seuils de risque.

Les insecticides autorisés

Les produits insecticides utilisés sont des pyréthrinoïdes, des pyrèthres (essence du chrysanthème utilisée en bio), avermectines et les spinosines.

À noter : la résistance du carpocapse aux pyréthrinoïdes et aux pyrèthres est généralisée.

Impact de la protection combinatoire contre le carpocapse

Aucune méthode de lutte n’est totalement efficace seule. En début de saison, confiner le verger sous des filets prévient des invasions. De plus, une fois sous cette protection, les méthodes alternatives gagnent en efficacité.

Parmi elles, la confusion sexuelle, utilisée depuis les années 1990, se révèle particulièrement intéressante. Elle réduit les populations de ravageurs tout en restaurant les équilibres naturels du verger. De surcroît, cette approche limite l’usage des derniers insecticides autorisés et contribue à la gestion des résistances. D’autres solutions biologiques, comme la carpovirusine et les nématodes, jouent un rôle similaire.

Cependant, la multiplication des méthodes engendre des coûts supplémentaires et accroît les besoins en main-d’œuvre.

La protection combinatoire contre le carpocapse des pommes

Lutte biologique

Le réensemencement des vergers avec les auxiliaires permet de réguler les populations de pucerons. Cependant, cela nécessite la création de zones refuges et d’éviter les traitements insecticides non sélectifs des auxiliaires.

Par ailleurs, un micro hyménoptère non indigène, Mastrus ridens, pond dans les larves de carpocapse avant la diapause. L’Anses émettait un avis favorable en 2016 à son introduction suite à une demande de l’équipe « Recherche et Développement en Lutte Biologique » de l’UMR INRA-CNRS-UNS Institut Sophia-Agrobiotech. Les travaux évaluent son efficacité en combinaison avec d’autres solutions et son impact sur les autres auxiliaires.

Biosolutions

L’écologie chimique consiste à interférer dans l’échange sémiochimique (phéromones, allomones et kairomones) entre insectes ainsi qu’entre insectes et plantes. En la matière, elle est certainement l’une des solutions les plus prometteuses. Pour les phéromones du carpocapse, les évolutions se situent notamment au niveau des méthodes de diffusion.

Phytopharmacie

Si le nombre de produits insecticides diminue considérablement, un minimum de solutions doivent rester autorisées. Par ailleurs, la technique « attract and kill » (lutte attracticide) est à l’étude sur cette espèce car elle consiste à attirer les insectes dans un piège contenant un insecticide.

Malgré tout, les nouvelles méthodes de protection, ne doivent pas augmenter le coût de production pour les arboriculteurs. De plus, elles doivent être simples à mettre en œuvre.