La septoriose du blé
La septoriose peut réduire les rendements du blé de 40 %. La prévention requiert notamment l’utilisation de variétés tolérantes. En cas de risque détecté grâce à l’agronomie digitale, la protection associe la phytopharmacie au biocontrôle.
La septoriose est une maladie foliaire du blé qui résulte de deux champignons : Zymoseptoria tritici (forme asexuée) et Mycosphaerella graminicola (forme sexuée).
Au printemps, de nombreuses souches de Zymoseptoria tritici déclenchent des contaminations. Le risque s’étend du stade deux nœuds jusqu’à la floraison.
Cette maladie est la plus préjudiciable pour le blé car en ralentissant la phytosynthèse à un moment clé du développement de la plante, elle fragilise considérablement le rendement. De plus, elle affecte toutes les régions céréalières, particulièrement lorsque les printemps sont frais et pluvieux.
Les symptômes
Les deux formes, Zymoseptoria tritici et Mycosphaerella graminicola provoquent les mêmes formes de taches. Elles se repèrent en moyenne 20 jours après les contaminations.
- Des taches blanches allongées et brunes ovales souvent entourées d’un halo jaune apparaissent sur les feuilles. Ainsi, elles sont visibles sur les deux faces.
Les taches se rejoignent pour former de grandes plages irrégulières qui se nécrosent. Des points noirs correspondant aux fructifications du champignon se développent le long des nervures.
Remarque : la découverte de la forme sexuée du champignon responsable de la septoriose remonte à 1966 sur des chaumes de blé. Patrice Halama, professeur à l’Isa de Lille en est à l’origine.
Le cycle biologique de la septoriose du blé
La maladie est présente tout au long du cycle de la culture.
La forme asexuée, Zymoseptoria tritici, est visible au printemps.
Dès décembre, le champignon contamine le blé à partir des résidus de culture restés sur le sol. Cependant, sa progression varie selon l’intensité du froid hivernal. Au printemps, la contamination s’intensifie avec les pluies et la rosée, nécessitant une humidité d’au moins 15 heures et une température supérieure à 12 °C.
Ensuite, le champignon fructifie sous forme de pycnides. Ces points noirs apparaissent en trois semaines et deviennent visibles dans les taches nécrosées des tissus. Avec l’augmentation de l’hygrométrie, les pycnides se gonflent, explosent et libèrent les cirrhes, une gelée transparente en tortillons contenant les spores. Les feuilles les plus âgées sont les premières touchées. Alors, dès que la pluie est suffisante, les contaminations progressent de bas en haut lors de la formation des feuilles.
Cette propagation se produit par un phénomène appelé « effet splashing ». Concrètement, lors de fortes pluies, les gouttes d’eau chargées de spores rebondissent des feuilles les plus basses vers les plus hautes.
Enfin, un contact entre les pieds de blé accentue le risque de propagation de la maladie.
À la fin de cycle, l’inoculum se conserve sur les résidus de cultures.
La forme sexuée Mycosphaerella graminicola apparait en fin d’été.
La contamination se déroule à partir des feuilles mortes de blé ou dans les repousses. Des ascospores se développent, elles bénéficient d’une importante variabilité génétique. Puis, portées par le vent, elles contaminent d’autres parcelles et germent sur les plantules de blé à l’automne.
La nuisibilité de la septoriose du blé
En attaquant le feuillage des blés au printemps, la septoriose affecte considérablement le potentiel de production. En effet, les trois dernières feuilles formées contribuent de façon significative au rendement du blé. Or, c’est également à ce moment-là que le pic de développement de la maladie se produit. De ce fait, en nécrosant les feuilles, la maladie réduit la capacité de photosynthèse et affecte le remplissage des grains.
Les pertes de rendement peuvent alors atteindre 40 %.
La stratégie de protection combinatoire contre la septoriose du blé
La protection contre la septoriose du blé repose sur une combinaison de techniques préventives. En effet, une feuille de blé verte peut être malade alors que la contamination est survenue trois semaines auparavant. Lorsque les taches sont visibles, la maladie devient difficile à maîtriser. Par ailleurs, les souches de Zymoseptoria tritici développent des résistances à la plupart des familles chimiques de fongicides, ce qui complique la protection phytopharmaceutique.
Les pratiques culturales
Le mode de conduite du blé a une influence sur le risque d’apparition de la septoriose. Pour le limiter, des pratiques culturales apportent des premières solutions. Dès lors, les mesures, les plus efficaces concernent l’utilisation de variétés tolérantes et l’enfouissement des résidus de récoltes.
Le choix des variétés
Selon Arvalis Institut du végétal, plus de 60 % de la sole en blé est semée avec une variété tolérante à la septoriose. En année de faible à moyenne pression, les variétés avec les notes de sensibilité à partir de 6,5 que le GEVES attribue, ne nécessitent pas de traitement précoce (T1) contre la septoriose. Lorsque ces variétés résistent à la fois à la rouille jaune et à la septoriose, le T1 n’est pas indispensable. De plus, cette tolérance variétale renforce l’efficacité des programmes fongicides lorsque la pression maladie est importante.
Cependant, la tolérance à la septoriose s’accompagne souvent d’une sensibilité à la fusariose. Par conséquent, l’arbitrage s’effectue en fonction du risque prépondérant à la parcelle.
Le contrôle du volume foliaire
La septoriose se propage de feuilles en feuilles. Le maîtrise du volume de feuillage est possible en ajustant la densité de semis et la fertilisation azotée. Dans ce cas, un compromis avec l’objectif de rendement reste à trouver lorsque la parcelle est réputée à risque septoriose.
Le désherbage pour éviter les plantes hôtes
Les spores de septoriose peuvent aussi contaminer les épis des graminées adventices comme le ray-grass et le vulpin. De ce fait, les plantes deviennent des relais pour le pathogène. Un désherbage de rattrapage au printemps évite alors la formation de « zone réservoir ».
La destruction des résidus
Le broyage des chaumes et leur enfouissement grâce au labour évitent la conservation de la maladie.
L’agronomie digitale
Des outils numériques prévoient les contaminations et l’évolution de la septoriose à la parcelle. En effet, ils compilent toutes les données agronomiques et météo qui influencent le développement du blé et des maladies (variété, date de semis, type de sol, précédent cultural, température, pluies…).
Le recours à ces outils de prédiction permet d’économiser un traitement. Souvent, en cas de risque réduit, il s’agit du premier (T1). A contrario, en cas de pression septoriose très forte comme en 2024, ces outils confirment la nécessité d’effectuer tôt une protection fongicide. Ainsi, en 2024, le modèle Septo-LIS d’Arvalis déclenchait le T1 « dans 86 % des cas sur un échantillon de 565 cas-types ». De plus, selon la fiche 46 du Contrat de Solutions, les outils d’aide à la décision permettent en moyenne d’économiser 10 à 20 % des applications fongicides sur blé.
Septo-LIS est aussi présent dans d’autres plateformes numériques telles que, xarvio FIELD MANAGER
La plateforme Cropwise Protector modélise également le développement des maladies du blé.
La phytopharmacie
Depuis 2016, les résistances des souches de la septoriose aux fongicides progressent. Arvalis et ses 24 partenaires des réseaux Performance et Double performance les évaluent chaque année.
En 2024, les analyses des échantillons contaminés prélevés dans leurs essais menés sur 15 départements céréaliers révèlent même une généralisation des mécanismes de résistances.
En effet, les souches hautement résistantes aux triazoles sont présentes dans la totalité leurs échantillons. La fréquence moyenne de ces cas est de 64 %.
Pour les fongicides SDHI, la résistance concerne en moyenne 41 % des souches de Z. tritici. Enfin, les résistances multiples affectent 94 % des échantillons.
En outre, la note technique commune Arvalis, Inrae, Anses présente tous les ans un bilan de l’évolution des résistances. Elle mentionne notamment les cas de résistance croisée entre les substances actives.
Programmes fongicides et gestion de la résistance
Contre la septoriose, deux traitements sont parfois nécessaires.
Les fongicides autorisés appartiennent majoritairement à la famille des triazoles et à celle des SDHI. Ils bloquent la germination des spores et le développement du mycélium.
Cependant, une autre famille chimique existe depuis 2021, celle des Qil avec les picolinamides. Elle ne fait pas l’objet de résistance de la part de Z.tritici.
L’élaboration d’un programme de protection fongicide repose sur trois conseils clés :
- Intervenir selon les recommandations des outils d’aide à la décision. Néanmoins, le positionnement du deuxième traitement (T2) s’effectue au stade « dernière feuille pointante » à dernière « feuille étalée ». En effet, ces feuilles doivent rester saines pour assurer une photosynthèse optimale.
- Alterner les modes d’action avec une seule application par programme pour chaque famille chimique SDHI, strobilurines, triazoles, Qil. En complément, éviter de répéter les mêmes triazoles.
- Si possible, associer un fongicide multisite (soufre, phosphonate de potassium, folpel) au T1 et T2 dans les zones à forte résistance.
Les groupes chimiques, familles et substances actives à alterner :
- SDHI : bixafen, benzovindiflupyr, fluopyram, fluxapyroxade.
- Triazoles : prothioconazole, tétraconazole, bromuconazole, difénoconazole, tébuconazole, metconazole.
- QoI, strobilurines : azoxystrobine, pyraclostrobine, trifloxystrobine, fuoxastrobine.
- QiI, picolinamides : fenpicoxamide.
Les biosolutions
Grâce au développement des variétés tolérantes à la septoriose, les fongicides de biocontrôle à base de soufre, de phosphonate de potassium ou d’extraits d’algues (lamimarine) apportent de l’efficacité lors du premier traitement.
De surcroît, en deuxième traitement, une association avec un fongicide partenaire permet de réduire la dose de ce dernier. En agriculture biologique (AB), le soufre est utilisable contre la septoriose.
Il existe aussi des substances de bases, telle que le chitosan hydrochloride.
Impact de la protection combinatoire contre le septoriose du blé
En année de faible à moyenne pression, les variétés tolérantes permettent d’éviter le premier traitement fongicide ou d’opter pour un produit de biocontrôle.
De plus, les produits de biocontrôle prouvent leur efficacité face aux résistances de la septoriose aux principales familles chimiques tout en réduisant l’IFT.
En complément, les outils d’aide à la décision identifient les besoins en protection et optimisent le choix des programmes fongicides selon la pression maladie.
La protection combinatoire contre la septoriose du blé en 2030
Génétique
Les variétés résistantes constituent le principal levier préventif. À l’avenir, tout l’enjeu est de cumuler un haut niveau de résistance à septoriose et à celle aux autres maladies (rouilles et fusariose en premier lieu).
Agronomie digitale
Le suivi de la pression septoriose s’effectue avec des outils d’aide à la décision de plus en plus précis. En parallèle, l’offre numérique sert de base à de nouveaux modèles économiques qui se fondent sur un objectif de santé de la culture.
Phytopharmacie
De nouvelles familles chimiques permettront de renforcer l’efficacité des programmes chimiques.
Biosolutions
Le biocontrôle prend davantage de place dans les itinéraires techniques car il apporte de l’efficacité.