L’amélioration génétique renforçant la résistance aux bioagresseurs est la première application de l’édition du génome pour répondre à l’enjeu de santé des plantes. En France, le programme Genius conduit de 2012 à 2019 par l’Inrae, a associé quatorze laboratoires publics et privés pour travailler sur neuf espèces cultivées : blé, maïs, riz, tomate, pomme de terre, colza, peuplier, pommier et rosier.

Copier l’ADN, c’est bien joué !

Parmi les pépites au laboratoire qui n’attendent plus qu’une réglementation européenne appropriée pour être testées au champ avant d’être commercialisées, figure une tomate résistante au potyvirus. Surtout inféodé à la culture de pommes de terre, transmis par les piqûres de pucerons, ce virus attaque les feuilles et les fruits des solanacées. Le poivron qui appartient à cette famille est toutefois réputé naturellement résistant. À l’inverse, la tomate est classée très sensible au virus. Inspirant ? En comparant leurs codes génétiques, les chercheurs ont repéré deux acides aminés différents sur un même gène (eiF4E) dont a besoin le virus pour se multiplier dans la plante. C’est cette différence qui immunise le poivron. Qu’à cela ne tienne, pour armer la tomate, ils ont modifié ces deux acides aminés en copiant ceux du poivron grâce à une retouche génomique avec CRIPR-Cas 9. « Cet exemple montre qu’une résistance forte à des bioagresseurs peut être obtenue grâce à cet outil moléculaire », souligne Marie Rigouzzo, responsable groupe biotechnologies pour Phyteis.

Le bénéfice pour les maraichers est considérable, car à part créer des vides sanitaires autour des rangs de tomates, les arracher et stériliser les outils, il n’existe pas d’autres options pour maitriser ce virus. Cette première tomate résistante ouvre la voie à une méthode de protection innovante, facilement réplicable à d’autres variétés.

Marie Rigouzzo, responsable du groupe biotechnologies pour Phyteis

« Le projet de Tomate résistante au potyvirus obtenu par édition du génome reste au stade de recherche fondamentale car, comme toujours en sélection variétale, des essais au champ sont obligatoires. Or l’incertitude juridique sur le statut de l’édition du génome en Europe ne permet pas de programmer ses essais préliminaires à toute demande de commercialisation. »

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