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Quel compromis trouver entre les différents éléments paysagers à vocation apicole ?

Réponse avec Jean-Marie Delanery agriculteur à Tilloy-et-Bellay (Marne). Membre de l’association Symbiose, il consacre 2 hectares aux pollinisateurs. Pour lui, l’option la plus efficace dans le cadre de la PAC est de jouer sur la complémentarité entre les bandes fleuries apicoles et les haies.

Vous êtes engagé dans le programme AgrApi, que vous apportent ces expérimentations ?

Depuis la première édition d’AgrApi en 2017, nous suivons la même trajectoire : faire évoluer les pratiques agricoles en lien avec les apiculteurs pour préserver les abeilles. Au début de l’expérimentation sur le territoire de Tilloy-et-Bellay, nous voulions retrouver des fleurs et minimiser nos pratiques de broyage pour accroître les populations de pollinisateurs dans les agrosystèmes. Nous avons réussi à installer des mélanges d’espèces semés sur les bords de champ. Un semoir spécifique a même été conçu en lien avec la fédération des chasseurs. Ces bandes fleuries nous ont montré qu’elles jouent un rôle important dans l’alimentation en continu des abeilles.  Nous avons réussi à convaincre d’autres agriculteurs du bénéfice qu’apportent ces semis de « bord de chemin ». Ces couverts végétaux ne mobilisent pas de surface cultivable et se révèlent faciles à mettre en place.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Désormais, l’enjeu sur la commune de Tilloy-et-Bellay est de créer plus de zones de continuité notamment avec les bandes fleuries qui sont à installer à l’intérieur des parcelles.  Nous devons massifier ces pratiques à l’échelle de notre territoire.

Quelle surface faut-il consacrer aux cultures mellifères ?

Avec 0,5 % de la SAU réservé aux espèces mellifères et aux haies, les pollinisateurs disposent suffisamment de ressources alimentaires en relai des cultures attractives. Pour ma part, avec mes haies constituées d’espèces mellifères, j’atteins déjà l’objectif. J’estime que c’est même un minimum. En complément, je réserve plutôt 1% de ma superficie aux bandes fleuries.

Pour aller plus loin, la PAC est-elle un levier ?

La PAC 2024 me semble un premier levier intéressant. Si pour 2023, les jachères peuvent être cultivées suite à la dérogation dite Ukraine, en 2024 il faudra les intégrer dans le raisonnement de la rotation. La surface minimale imposée est de 4 % de jachères. L’idée est de les prévoir lors de la construction du plan d’assolement en évaluant la part destinée à un usage apicole. Ensuite, se pose la question de la partie du champ concernée et pour combien d’années ? Si la jachère est tournante, il faut savoir où elle va s’insérer après être restée deux ans en terre. La sortie de la jachère apicole s’anticipe systématiquement dans la mesure où la destruction intervient au 15 octobre. Cela joue sur le choix de la culture suivante.

Quel est votre conseil pour réussir l’installation d’une jachère apicole ?

S’assurer de ne pas avoir de salissement excessif avec les adventices dans la bande choisie me semble fondamental. Dans ce cas, mieux vaut éviter de choisir une zone où la gestion du désherbage est compliquée. De plus, les semis de printemps sont souvent plus sales que ceux d’automne. On peut avoir des problèmes de levées de graminées. Elles peuvent vite se multiplier et prendre le pas sur la culture mellifère. Je recommande donc un désherbage préalable pour la première année d’implantation. Sinon, on risque d’être déçu !

Quelles espèces choisissez-vous ?

Jusqu’à présent nous avions 1,5 ha de phacélie, installé pour partie depuis 3 ans et pour l’autre depuis 5 ans. À la place, je vais semer cette année des espèces mellifères en mélange. J’attends que soit communiquée courant avril dans le cadre de la PAC 2024, la liste des cinq espèces à associer et qui seront éligibles au titre de la jachère apicole. Je vais compléter par un trèfle que je sèmerai dans les blés après la récolte. Sinon, j’ai déjà fait des essais avec du trèfle, de la linette, du sainfoin et du mélilot. Ce dernier a pris le dessus dans les mélanges. C’est un point de vigilance dans la conduite de ces couverts végétaux.

Allez-vous convertir toutes vos surfaces dédiées à la biodiversité en jachère apicole ?

La meilleure option est de trouver un juste équilibre entre plusieurs aménagements pour nourrir les pollinisateurs pendant toute la saison de butinage. En plus des bandes fleuries, je mise sur les haies, les bords de champs et sur les 17,5 ha de luzerne. Ma réflexion porte aussi sur les zones non productives et celles les plus éloignées du corps de ferme. Néanmoins, pour offrir gîte et couvert aux pollinisateurs, un élément du paysage avec des caractéristiques mellifères est plus important et pérenne que la jachère apicole.

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« Profitons de la PAC 2024 pour intégrer des bandes mellifères dans l’assolement »

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Jean-Marie Delanery réserve 1% de sa surface agricole aux bandes fleuries.