Punaise diabolique du noisetier : la technique attract & kill à l’épreuve du terrain
Une solution alternative n’est viable que si elle est simple à appliquer et économiquement acceptable. Sa mise au point exige donc du temps et de l’expérimentation. Illustration concrète avec les travaux menés en filière noisette contre la punaise diabolique.
Dans la filière noisette, la recherche de solutions d’alternatives aux insecticides remonte à 1991. Elle ciblait alors le balanin sans pour autant obtenir une solution satisfaisante. Depuis 2015, l’Association nationale des producteurs de noisettes (ANPN) a également en ligne de mire, la punaise diabolique (Halyomorpha halys). Originaire d’Asie, cet insecte est devenu un ravageur majeur dans le Sud-Ouest en peu de temps. « En 2022, on estimait les pertes de production à 2,5 millions d’euros. En 2024, on dépasse les 20 millions », rappelle Émilie Gomes, ingénieure expérimentation à l’ANPN. Elle a partagé ses résultats lors du tour de France des alternatives qu’organisait le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) le 13 janvier lors du Sival à Angers.
La punaise diabolique attaque les noisettes en continu
La nuisance de la punaise diabolique intervient en continue, dès la formation des noisettes jusqu’à la récolte. En mai, les piqûres provoquent des noisettes vides. Pendant l’été, elles entraînent des déformations et des nécroses internes, responsables d’un goût amer. En parallèle, les solutions chimiques se raréfient. « La stratégie insecticide repose quasiment sur une seule molécule, la lambda-cyhalothrine, avec de fortes contraintes d’usage », souligne la chercheuse. Elle estime que la priorité est de trouver la bonne combinaison de techniques en relais de l’insecticide. « Il nous faut des solutions quand les traitements ne sont plus possibles, au moment où les premières noisettes tombent. C’est là que se joue l’essentiel des pertes. »
Bandes pièges en bordures de verger
Pour limiter cette dépendance, l’ANPN expérimente une méthode dite attract & kill. Le principe consiste à détourner les punaises du verger vers des bandes de plantes pièges. Installées en bordure du verger, elles se composent de soja, de tournesol et sorgho. « Le soja et le tournesol attirent les insectes en début de saison. Puis le sorgho prend le relais en août, quand on ne peut plus traiter dans le verger », précise Émilie Gomes. Certaines bandes sont équipées de diffuseurs à phéromones spécifiques de la punaise diabolique afin de renforcer l’attractivité.
Sur un premier site suivi pendant trois ans dans le cadre de PAUPFL, les bandes avec des phéromones concentrent davantage de punaises que celles qui en sont exemptes. Ce résultat confirme leur efficacité d’attraction. Toutefois, les bandes pièges hébergent aussi une faune auxiliaire active. « On observe naturellement des parasitoïdes comme Trissolcus ou Anastatus, mais aussi des prédateurs généralistes, qui participent à la régulation des punaises », explique-t-elle. Donc, l’application d’un insecticide de type pyréthrinoïdes n’a pas de sens.
Hétérogénéité des résultats
Autre constat, les résultats varient selon les années. En 2023, la modalité avec phéromones limite les dégâts dans le verger. En 2024, les différences s’estompent sous l’effet d’un hiver doux et d’une forte pression précoce. Mais, en 2025, la stratégie avec phéromones devient contre-productive. « Les punaises arrivent plus tôt. En posant la phéromone précocement, on attire ces ravageurs vers le verger au lieu de les détourner », analyse Émilie Gomes. En revanche, dans cette situation de pression plutôt faible, la version sans phéromones reste stable sur trois ans. Elle est même proche du niveau de protection avec l’insecticide conventionnel.
Enfin, un second site, soumis à une pression beaucoup plus forte, confirme cet intérêt. « Même sans phéromones, l’attract & kill réduit nettement les dégâts de la punaise diabolique de 24% par rapport au témoin », note la spécialiste. Ce résultat est encourageant, mais à lui seul, il ne suffit pas à garantir une viabilité économique. L’approche devra donc être associée à d’autres leviers de lutte afin de construire un itinéraire technique économiquement pertinent.
Reste deux limites structurelles :
- La durabilité des bandes pièges. Sans rotation, leur qualité se dégrade d’année en année. PAUPFL se termine en 2026. Les travaux se poursuivent dans le cadre de Parsada-Pacte. Ils évalueront d’autres espèces attractives. L’objectif est aussi de mieux ajuster le positionnement des phéromones. Le système d’irrigation va être supprimé pour simplifier la mise en œuvre de la méthode pour les producteurs.
- La gestion des bandes de plantes pièges. Ces bandes nécessitent d’être traitées pour éviter qu’elles ne deviennent des nurseries à punaises. Même si cette option permettrait de réduire la quantité d’insecticides par rapport à un traitement appliqué sur la totalité du verger, cette pratique n’est actuellement pas autorisée par la règlementation des zones tampon.