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Phyteis

Puceron cendré du pommier, la protection se joue à l’automne avec les alternatives !

Le CTIFL annonce un tournant dans la lutte contre le puceron cendré du pommier. En réponse au retrait de l’insecticide pivot, les essais du programme PAUPFL, présentés pendant le Sival, ciblent le vol de retour avec des alternatives.

Le 13 janvier, au Sival d’Angers, la deuxième édition du Tour de France des alternatives du CTIFL présentait les travaux du programme PAUPFL. L’une des interventions porte sur le puceron cendré du pommier. Les résultats confirment une évolution des stratégies de contrôle, tant sur les solutions mobilisées que sur leur positionnement.

En effet, avec le retrait du spirotétramate en 2025, la filière perd sa dernière molécule pivot. De plus, l’azadirachtine dispose uniquement d’une dérogation 120 jours pour un usage en agriculture biologique. « On n’a plus vraiment de produits spécialistes capables d’éradiquer une forte population d’insectes », alerte Bertrand Alison, ingénieur d’expérimentation CTIFL, détaché sur la station SudExpé.

Le ravageur, Dysaphis plantaginea, se caractérise par sa dynamique explosive au printemps car il se multiplie par parthénogenèse. Son cycle se déroule sur deux hôtes, le pommier son hôte principal puis le plantin vers lequel il migre en été. Au début de l’automne, il revient sur le pommier pour effectuer sa reproduction sexuée et y pondre les œufs. Ceux-ci passeront l’hiver sur l’arbre et constitueront la première génération de l’année suivante. Historiquement, la lutte insecticide vise surtout le printemps au moment de la plus forte sensibilité du pommier.

Puceron cendré enroulé dans les feuilles, inefficacité des produits de contact

Quant aux produits de biocontrôle, toujours autorisés, ils agissent par contact. Mais, ils deviennent inefficaces à mesure que la colonie s’étend. « Dès que le puceron est protégé dans la feuille enroulée, on ne l’atteint plus », rappelle Bertrand Alison.
Aussi, en 2023 et 2024, les essais menés dans PAUPFL changent complètement de cible. « Le programme de protection consiste à travailler sur le vol de retour à l’automne », explique-t-il. L’objectif est alors d’empêcher la reproduction sexuée et la ponte pour réduire la pression initiale du printemps suivant.

Perturber le vol d’automne du puceron cendré avec des alternatives

Plusieurs produits à action physique ou de biocontrôle sont ainsi testés à l’automne 2024 dans le cadre de PAUPL.

  • Formation d’une toile composée de polymère à la surface du végétal

L’une des alternatives, qui se compose de polymères, forme une toile à la surface du végétal, ce qui immobilise l’insecte. Ce produit au mode d’action physique ressort comme le candidat le plus efficace contre le puceron cendré. Il se positionne sur la fin du vol retour après la récolte. « Encore en 2025, nos essais confirment les bons résultats observés précédemment, souligne Bertrand Alison. On voit vraiment l’intérêt de ces applications à l’automne ».

Ainsi, ce produit réduit de près de 50 % la fréquence des foyers au printemps dans les essais. Cependant, dans l’absolu, la stratégie ne permet pas d’atteindre une satisfaction sanitaire complète. « En début de saison, le 28 mars, la parcelle comptait huit fois moins d’arbres infestés par au moins un puceron que la référence traitée au spirotétramate. En fin de saison, la pression reste plus faible, avec moins d’arbres touchés et des foyers moins intenses que dans la parcelle de référence », raconte l’expert.

  • Huiles minérales, végétales et champignon antagoniste

Autre alternative : le positionnement de trois applications de produits de biocontrôle. Des huiles minérales et de l’huile essentielle d’orange sont positionnés à l’automne sur la deuxième partie du vol retour. De leur côté, les savons potassiques s’appliquent sur le pic du vol retour.

Les essais évaluent aussi les agents biologiques. Ainsi, un champignon antagoniste, Metarhizium brunneum, germe et pénètre dans la cuticule de l’insecte. Dans ce cas, il affaiblit les populations de puceron juste avant la ponte. Toutes ces pistes s’avèrent être intéressantes et à poursuivre.

De plus, l’ingénieur ne signale pas de problème de phytotoxicité d’aucun des produits testés sur la variété Rosy Glow. Celle-ci est non récoltée au moment des applications.

Solutions de biocontrôle à combiner

Malgré tout, seule une combinaison de ces solutions apporte une efficacité suffisante. « Demain, l’intervention à l’automne deviendra la base de la protection, estime Bertrand Alison. Ensuite, elle se consolidera avec des applications de solution en pré-floraison au printemps sur une population réduite. »

Désormais, les travaux se poursuivent dans le programme Parsada INSPIQ afin de mieux comprendre les facteurs d’échec. Ils visent aussi à fiabiliser les positionnements, notamment grâce à l’analyse approfondie des données acquises. « On doit encore progresser sur la détection et le suivi du vol retour », conclut Bertrand Alison.

Bertrand Alison, ingénieur d’expérimentation CTIFL, détaché sur la station SudExpé, présente lors du Sival 2026, les résultats des essais avec des solutions alternatives pour contrôler le puceron cendré du pommier.