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Phyteis

Pesticides dans l’air : pourquoi les niveaux mesurés ne sont pas alarmants ?

Après deux années de mesures sur l’ensemble du territoire, Atmo France publie une cartographie nationale des pesticides dans l’air. Les niveaux observés restent extrêmement faibles et ne présentent rien d’alarmant. Phyteis en explique les raisons.

Atmo France publie une carte nationale des pesticides présents dans l’air. Cet outil compile, sur 18 sites, les valeurs moyennes par substance active mesurées ponctuellement en 2022 et 2023. Une jauge compare chaque valeur détectée à sa moyenne nationale.

Baptisé PhytAtmo Dataviz, cet outil est interactif. « Il permet d’appréhender plus facilement des données souvent complexes et de leur donner du sens », indique l’organisme sur son site. Toutefois, Atmo France précise que cette plateforme ne mesure pas l’exposition individuelle ni le risque sanitaire.

Dès lors, quels enseignements en tirer ?

La question des ordres de grandeurs : 70 000 ans pour un comprimé d’aspirine

Les techniques analytiques progressent fortement. Désormais, les laboratoires mesurent des substances, notamment phytopharmaceutiques, à des concentrations infinitésimales. Sur 72 substances actives recherchées dans l’air, les analyses en ont détecté environ un tiers. Une substance active sur huit est ensuite quantifiée.

Dans cette cartographie que propose Atmo France, les mesures montrent des concentrations extrêmement faibles dans l’air. En effet, elles se situent autour du nanogramme par mètre cube (ng/m³). Pour donner un ordre de grandeur, le nanogramme correspond à un milliardième de gramme.

Pour illustrer ce niveau très bas, l’exemple du cachet d’aspirine est particulièrement explicite. Ainsi, une personne qui prend un comprimé de 500 mg en une seule prise devrait respirer pendant près de 70 000 ans pour atteindre une exposition comparable à celui des pesticides dans l’air.

Ces niveaux de concentration de pesticides dans l’air ne représentent pas de risque pour la santé

Compte tenu des ordres de grandeur, l’absence de seuil sanitaire de référence spécifique pour les pesticides dans l’air est logique. En revanche, des valeurs de sécurité très strictes existent pour les travailleurs des usines qui fabriquent ces substances. Ainsi, l’industrie les fixe pour chaque substance active. Elle définit ces seuils pour prévenir tout effet sur la santé sur le long terme en cas d’inhalation. Ces références apportent donc de larges marges de sécurité.

  • Un exemple concret :
    La concentration la plus élevée qui figure dans l’outil Dataviz d’Atmo France concerne un herbicide. Sa valeur maximale ponctuelle est de 70 ng/m³. En comparaison, dans les usines, la valeur seuil d’exposition par inhalation de cette substance herbicide correspond à des niveaux plus de 50 000 fois supérieurs (1).
    Autrement dit, même dans le pire cas, les concentrations de pesticides mesurées dans l’air restent très inférieures aux niveaux protecteurs de l’exposition professionnelle.

Comme l’indique Ronan Vigouroux responsable environnement de Phyteis, « les études normées et les évaluations du risque doivent primer sur des approches anxiogènes qui se fondent sur des détections. Celles-ci ne mesurent en aucun cas le risque réel. Les ordres de grandeurs mis en lumière dans PhytAtmo Dataviz confirment pourquoi la mise en place de seuils réglementaires pour les pesticides dans l’air ambiant n’est pas nécessaire. À l’inverse, de tels seuils sont à définir pour d’autres polluants de l’air. Leurs taux sont, eux, à juste titre, préoccupants ».

Les concentrations de pesticides dans l’air sont cohérentes avec les conclusions de l’Anses sur les marges de sécurité

Les marges de sécurité, très élevées, observées entre les concentrations mesurées dans l’air et les valeurs de référence utilisées dans un contexte industriel sont cohérentes avec des conclusions déjà formulées par les autorités sanitaires.

En 2018 et 2019, l’Anses, l’Ineris et le réseau Atmo France, ont mené conjointement une campagne nationale exploratoire sur les résidus de pesticides dans l’air. À son terme, l’Anses a établi une première analyse de la situation. « Le faible niveau de ces indices ne met pas en évidence, au vu des connaissances actuelles, une problématique sanitaire forte associée à l’exposition de la population générale via l’air extérieur, hors source d’émission de proximité », indique l’agence.

Les écarts de plusieurs dizaines de milliers de fois entre les concentrations mesurées aujourd’hui et des niveaux déjà considérés comme protecteurs dans d’autres cadres contribuent à expliquer cette conclusion. Ils confirment l’absence, dans l’état actuel des connaissances, de signaux sanitaires préoccupants.

Phyteis rappelle que l’agriculture et les populations riveraines coexistent sur l’ensemble du territoire. Des règles strictes visent à garantir un haut niveau de protection, notamment à proximité des habitations et des lieux publics.

Des scénarios fondés sur des expositions aux pesticides jusqu’à 1 000 fois supérieures aux valeurs d’Atmo France

Ces règles reposent notamment sur l’évaluation toxicologique des molécules. Les scénarios d’exposition des riverains correspondent à des situations volontairement extrêmes. Ainsi, le modèle suppose qu’un individu reste deux heures par jour à 5 mètres d’un brouillard de pulvérisation en fonctionnement. Dans ce cas, le vent rabat ce brouillard vers lui. Cette même personne passerait également un quart d’heure chaque jour dans un champ fraichement traité. Un enfant jouerait à proximité immédiate et porterait à sa bouche des objets contaminés. De plus, une personne respirerait en continu un air contenant des doses de l’ordre de 1 000 fois supérieurs aux valeurs rassemblées par Atmo France.

Pour être autorisé, un produit doit satisfaire l’ensemble des critères définis dans ces situations de pire cas. L’évaluation ne se limite pas à un épisode ponctuel. En effet, elle vérifie aussi que, même en cas d’exposition répétée au quotidien, les niveaux restent compatibles avec la protection de la santé. Cette exigence s’applique à l’ensemble de la population, en tenant compte des adultes comme des enfants.

(1)-Source interne Phyteis