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Étude « Pesticides, c’est dans l’air » de Générations Futures, encore un non-sens scientifique

La troisième étude de Générations Futures intitulée « Pesticides, c’est dans l’air » manque toujours de robustesse. Les capteurs passifs utilisés mesurent une masse piégée et non une concentration par unité de volume d’air. De plus, les valeurs infinitésimales se situent au niveau du bruit de fond. Soit, l’équivalent de 0,6 % d’un comprimé de paracétamol de 1000 mg consommé sur une vie entière.  Retrouvez l’analyse de Phyteis.

Suite à la publication de son troisième rapport sur les pesticides dans l’air, le 16 janvier 2024, Générations Futures milite pour faire reculer les zones de non traitement à au moins 150 mètres. Ce lobby associatif indique que « jusqu’à 35 substances pesticides différentes sont détectées en 7 semaines de prélèvement passif ». Il estime que « des dizaines de mètres d’éloignement de la limite avec les surfaces agricoles traitées ne réduisent pas significativement les concentrations de pesticides dans l’air ». Sur quelle base scientifique s’appuie Générations Futures pour demander une évolution réglementaire ? Peut-on vraiment parler de concentration ?

Nombre de capteurs de mesure des pesticides dans l’air augmenté

Dans ce troisième volet, l’association s’appuie sur les données « de cinq capteurs différents par parcelle testée ». Ils sont positionnés sur les bords et au centre de la zone surveillée. Auparavant, deux capteurs seulement effectuaient les mesures dans un champ. De plus, avec cette dernière étude, un capteur supplémentaire « contrôle » l’air en milieu urbain, plus éloigné des parcelles. Le rapport indique utiliser « des capteurs plus performants permettant de fixer des pesticides ».

Si cette méthodologie s’améliore, Phyteis estime qu’elle manque toujours de rigueur scientifique, malgré l’avis de l’Anses de mars 2023. Pourtant, l’agence en avait souligné les limites à Générations Futures. Après examen des deux précédentes études « Pesticides c’est dans l’air », l’Anses conclut plutôt à la présence d’un bruit de fond. Par ailleurs, l’agence relève l’impossibilité de comparer les données mesurées par les capteurs passifs de l’ONG avec celles de la bibliographie.

Pesticides dans l’air, l’équivalent de 0,6 % d’un comprimé de paracétamol avalé en 90 ans !

Avec cette étude menée en zone viticole, c’est à nouveau le cas. En effet, les données mesurées par les capteurs passifs choisis sont exprimées en masse piégée. De l’ordre du nanogramme (ng), elles ne correspondent pas à une concentration dans l’air (ng/m3). Cette dernière s’avère être la référence de mesure communiquée par les Associations agréées de surveillance de la qualité de l’Air (AASQA). Celles-ci emploient des capteurs actifs. Ils sont dimensionnés pour mesurer la quantité d’air qu’un humain respire. Ainsi, les experts peuvent avoir une idée du risque ou non, en fonction de ce qui est enregistré.

Autre point, les mesures sont effectuées pendant la période où il y a le plus de traitements. Cela représente ainsi un haut niveau d’exposition. Cependant, malgré cette situation, les quantités de produit mesurées dans l’air ressortent extrêmement faibles ! Aussi, les 9000 nanogrammes (0,009 mg) capturés en 7 semaines représenteraient en fait 6 milligrammes inhalés sur une vie entière (90 ans). L’infime dose équivaut à 6/1000 d’un comprimé de 1000 mg de paracétamol. Compte tenu des connaissances sur la toxicité des substances et des différentes voies d’exposition (alimentation, eau, inhalation, contact), ces niveaux ne constituent pas un risque pour la santé. A minima, elles ne présentent pas d’exposition significativement plus élevée de la population à ces substances.

Présence d’un bruit de fond de molécules dans l’air

De plus, comme le soulignait déjà l’Anses en 2023, ces données du 3e rapport « Pesticides c’est dans l’air » étayent la présence d’un bruit de fond. À nouveau, les variations observées dans l’étude de Génération Futures semblent davantage soutenir cette thèse. Les mesures correspondent plus à ce type d’exposition qu’à celle directement liée à la pulvérisation de produits dans les parcelles adjacentes. En effet, on observe bien dans le détail de leurs résultats une non-linéarité des concentrations détectées. Les données de contrôle sont du même ordre de grandeur. Parfois même, les données recueillies dans le capteur urbain s’avèrent plus importantes que dans celui proche des cultures. Dans d’autres cas, elles ressortent plus élevées en s’éloignant de la parcelle par rapport aux données enregistrées au bord des vignes. Et systématiquement, les quantités de pesticides dans l’air restent extrêmement faibles. Ce résultat corrobore bien l’existence d’un « bruit de fond ». Il révèle que les quantités significatives de pesticides dans l’air à la sortie des buses de pulvérisations ont bien été « abattues », dès les premiers mètres de la parcelle.

L’essentiel du flux de pulvérisation reste dans la parcelle  

Enfin, le rapport conclut que quelques mètres de distance ne suffisent pas à faire diminuer significativement les quantités mesurées. Justement, les données de l’ONG montrent le contraire ! Si les quantités mesurées correspondent à un « bruit de fond » cela signifie que les flux de produits dans l’air sont bien restés significativement dans la parcelle.

D’ailleurs, cet état de fait est  étayé par la bibliographie scientifique disponible. En effet, l’essentiel du nuage de pulvérisation (appelé dérive) se situe dans la parcelle. Récemment, les instituts de recherche publics, IVF, CTIFL et INRAE ont évalué la cinétique du brouillard. Elle est décrite dans les études Stopdrift et Capriv. Celles-ci montrent que l’abattement de la dérive est très fort dès les premiers mètres. Avec des buses à limitation de dérive et une haie, cet abattement peut atteindre 97 % de la dérive. Cette dernière ne représente qu’un faible pourcentage (< 0,2 % dans l’étude Stopdrift) de la quantité appliquée. Vraisemblablement, le reste, qui est mis en évidence dans les données de l’ONG, correspondrait ainsi au « bruit de fond » résiduel. Il démontre plutôt la capacité des matériels de détection, de révéler « tout ce que l’on veut chercher ». Surtout, en attendant suffisamment longtemps, ici 7 semaines ou plus !  Les quantités infimes détectées ne présentent pas de risque pour la santé comparées aux valeurs d’évaluation des produits phytopharmaceutiques.

Réduction de la dérive et amélioration de la qualité de la pulvérisation

Pour Julien Durand-Réville, responsable prévention santé et Ronan Vigouroux, responsable environnement chez Phyteis, « la situation décrite dans l’étude de Générations futures ne semble pas alarmante. Elle prouve le contraire de ce que l’association tente de faire croire. Néanmoins, il est toujours possible et souhaitable de s’améliorer pour limiter au maximum les dérives. Ainsi, selon les travaux déjà cités de l’IFV, de l’INRAE et du CTIFL, plusieurs options efficaces sont possibles. Exemple : un simple réglage du pulvérisateur, l’équipement de buses performantes, l’installation de haies, la modification du matériel existant jusqu’à l’achat d’un matériel neuf performant. Dans ces cas, la diminution des quantités appliquées ainsi que celle des quantités qui dérivent est encore plus significative. »

Plusieurs biais des études de Générations Futures relevés par l’Anses

En mars 2023, l’Anses a publié un avis intitulé « Demande d’évaluation de la robustesse et de la portée des résultats de l’étude « Pesticides c’est dans l’air ! » pour l’évaluation des distances de sécurité des riverains ». Cet avis reconnaît la fourniture « d’un ensemble de données illustrant la contamination atmosphérique à certaines substances sur la zone agricole étudiée ». L’Anses souligne qu’un bruit de fond apparaît dans les analyses, ce qui biaise l’interprétation d’un potentiel effet distance. Un exemple concret est donné avec des substances utilisées sur un champ de maïs situé à équidistance des 2 capteurs, mais avec des relevés différents.

Plus spécifiquement, dans tous les relevés, les quantités s’expriment en termes de masse piégée (ng) et non de concentrations (ng/m3). Cela limite donc la portée d’une comparaison quantitative avec d’autres résultats issus de la bibliographie. L’Anses souligne également les difficultés à qualifier l’importance relative de la présence des composés retrouvés dans les études de Générations Futures, et à évaluer leur impact sanitaire potentiel.

  • Bibliographie complémentaire sur les pesticides dans l’air ambiant

Par ailleurs, le rapport de l’Anses met en avant les conclusions de la Campagne nationale exploratoire des pesticides dans l’air ambiant (CNEP). Ces conclusions portent sur une contamination de fond, et la méthodologie de l’étude permet d’obtenir des valeurs dans l’air ambiant (bruit de fond) jugées pertinentes, exprimées en concentration. De plus, l’étude évalue l’impact sanitaire des valeurs mesurées.

Bien que cette étude présente certaines limites intrinsèques, elle indique que le risque est très faible. Pour obtenir davantage d’informations, veuillez vous référer au rapport complet de l’Anses.