Où en est la recherche d’alternatives en fruits et légumes ?
Peut-on encore protéger les cultures sans molécules pivots ? En fruits et légumes, une réponse collective fondée sur une association d’alternatives se dessine dans le cadre du projet PAUPFL. Échanges avec Pascale Savarit du CTIFL, en charge du projet.
Le 13 janvier, au Sival d’Angers, le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), organisait la deuxième édition du Tour de France des alternatives. L’événement restitue les travaux du Plan alternatives d’urgence phytosanitaires fruits et légumes (PAUPFL). Le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ainsi que l’interprofession des fruits et légumes, Interfel, financent ce plan. Au total, ce dispositif mobilise douze partenaires pour les expérimentations (voir encadré).
Le format de la session du Sival est particulièrement innovant. D’un côté, plusieurs ingénieurs des stations expérimentales présentaient leurs résultats sous forme de courts pitchs en vidéos. D’autres, sur place, proposaient une restitution plus approfondie. Celle-ci met en avant des résultats désormais plus consolidés et directement mobilisables par les professionnels.
Le point sur les premiers enseignements avec Pascale Savarit, ingénieure de recherche sur la station de Balandran dans le Gard et coordinatrice du programme.
Que représente PAUPFL pour la filière fruits et légumes ?
Pascale Savarit : Depuis 2021, PAUPFL répond à une urgence liée aux menaces de retrait de certaines substances actives pour des usages bien identifiés. Avec l’aide des travaux menés au sein de la Commission des usages orphelins, nous avons repéré les molécules menacées à court terme au niveau européen. Puis, grâce à ce recensement, nous avons isolé les usages pour lesquels leur disparition crée un risque immédiat d’impasse technique. En quelque sorte, ce programme de recherche constitue les prémices du Plan gouvernemental Parsada lancé en 2023.
Comment se structure le programme d’expérimentation de PAUPFL ?
P.S. : Nous avons hiérarchisé les usages à travailler en priorité selon leur criticité, leur poids agronomique et l’existence d’alternatives ou de dérogations 120 jours. Cette analyse nous a conduit à travailler sur les alternatives de 24 cas d’usage qui représentent un couple culture-bioagresseur. Elles font référence à 16 substances actives pivots. Ainsi, depuis trois ans, ces travaux couvrent 9 usages en fruits et 15 en légumes. PAUPFL s’appuie également sur une force collective. Douze stations régionales partenaires mènent les essais directement dans les bassins de production. Par ailleurs, le CTIFL assure en plus le pilotage.
Que révèlent les premiers résultats d’essais ?
P.S. : Ils confirment que c’est bien l’addition des leviers qui fait l’efficacité et qu’on ne remplace pas une molécule par une autre solution. Par exemple sur l’ail, on combine du vinaigre acétique et des produits de biocontrôle contre la pourriture blanche. Sur la carotte, on associe la désinfection des sols à l’ozone aqueuse et les variétés de sorgho pour leur effet répulsif sur les nématodes. Ces approches diminuent fortement la pression des bioagresseurs. Néanmoins, cela reste difficile de se passer des produits phytosanitaires de manière globale.
Quels sont les enseignements clés à ce stade ?
P.S. : D’abord, des solutions qui apportent des résultats satisfaisants sont déjà transférables comme les filets contre la mouche du chou. Cependant, la performance technique ne suffit pas. Le coût, la faisabilité et l’impact sur la parcelle conditionnent l’adoption des nouvelles techniques par les producteurs. C’est pourquoi nous intégrons un volet d’analyse économique et environnementale dans nos évaluations. Les producteurs sont ensuite accompagnés et conseillés dans la mise en œuvre de ces nouvelles pratiques via des fiches techniques mises à leur disposition.
Où en est le programme aujourd’hui ?
P.S. : Plusieurs essais pour leur phase terrain, aussi bien en fruits qu’en légumes, sont terminés depuis fin 2025. D’autres se poursuivront encore en 2026. Des travaux continuent aussi via des projets financés dans Parsada. Par exemple, ceux sur le puceron du pommier rejoignent le projet INSPIQ qui fait partie de ce plan. De la même manière, le programme PACTE reprend ceux sur la punaise diabolique en verger de noisetier.
En parallèle, les travaux se prolongent dans le cadre du PAUPFL avec l’exploitation systématique des données pour évaluer la viabilité des solutions.
Pascale Savarit, ingénieure de recherche sur la station de Balandran dans le Gard et coordinatrice du programme PAUPFL.
Mouche du chou : filets ou spinosad face au retrait de la lambda-cyhalothrine ?
Dans le cadre du programme PAUPFL, les stations régionales Terres d’essais (22) et Pôle légumes région Nord (62) évaluent des alternatives à la lambda-cyhalothrine contre la mouche du chou (Delia radicum) sur brocoli et chou-fleur.
Trois leviers sont testés :
- les filets de protection
- le traitement des plants en pépinière avec le principe actif issu d’une bactérie Saccharopolyspora spinosa (matière active : spinosad)
- et le décalage des dates de plantation.
Entre 2023 et 2024, le suivi des pontes du ravageur révèle une forte variabilité des pics de vol. Leur démarrage dépend des températures. Cette influence du climat sur le cycle biologique rend le décalage des plantations peu fiable. De plus, cet ajustement est peu compatible avec l’organisation des producteurs. En revanche, le filet et le spinosad réduisent fortement les dégâts, avec une efficacité équivalente, quelle que soit la pression des insectes.
D’ailleurs, le suivi des pontes et la notation des dégâts en 2025 confirment ces résultats. Les filets apportent même parfois des gains agronomiques avec une meilleure croissance des plantes. Ils assurent en plus une protection contre les altises et les chenilles.
En revanche, le temps de travail augmente considérablement pour leur pose (12 heures/ha) et leur dépose (8 heures/ha). Le spinosad, appliqué sur plant, reste simple et rapide (0,5 h/ha). De plus, il est économiquement plus favorable.
Conclusion : le décalage de la plantation est écarté, tandis que le filet et le spinosad constituent deux alternatives efficaces. Leur arbitrage dépend des contraintes de main-d’œuvre et de la situation agronomique. Le projet se termine à la fin 2026 avec l’analyse technico-économique des données.
Les partenaires du programme PAUFL
- ANPN : Association nationale des producteurs de noisettes
- Aprel : Association provençale de recherche et d’expérimentation légumière
- CDDM : Comité départemental de développement maraîcher
- Caté : Station expérimentale du syndicat, Comité d’action technique et économique
- Cefel : Centre d’expérimentation en fruits et légumes du bassin Sud-Ouest
- Invenio : Station expérimentale de la filière fruits et légumes en Nouvelle Aquitaine
- PLRN : Pôle légumes région nord
- Sileban : Station d’expérimentation et de recherche de la filière légumière normande
- SudExpé : Station de recherche appliquée aux fruits et légumes, Occitanie et Grand Sud-Est
- Sefra : Station expérimentale fruitière de Rhône-Alpes
- SENuRA : Station d’expérimentation nucicole de Rhône-Alpes
- Terre d’essais : Station expérimentale des Côtes d’Armor
- CTIFL : Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes