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Open Agrifood 2023 : « Réveillons les consciences pour conserver la valeur de l’alimentation ! »

Lors du dixième opus du forum Open Agrifood, les quelque 600 participants ont tracé les axes de travail pour que l’alimentation française conserve sa valeur patrimoniale, son attractivité et ses agriculteurs ! La souveraineté alimentaire de la France ressort déjà fragilisée.

Phyteis est partenaire de cet événement.

La filière alimentaire française renoue-t-elle avec l’optimisme ? En introduction de la séance plénière du forum Open Agrifood 2023, le 28 octobre à Orléans, Emmanuel Vasseneix, président de cette initiative née en 2013,  salue « le retour du consommer local », malgré les crises. Aussi, le PDG de la Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel (LSDH) interpelle sur l’impact de cette tendance. Traduit-elle la juste reconnaissance de la valeur de l’alimentation en France par les consommateurs ? Valeur signifie : qualité, goût, diversité, préservation de l’environnement, savoir-faire des agriculteurs, lutte contre le gaspillage alimentaire…

Souveraineté alimentaire et valeur menacées

Le produit alimentaire 100 % français remplit-il le panier ? La réponse ne peut être que mitigée, car l’agriculture et l’agroalimentaire sont fragilisées. En effet, le manque de moyens de production, de compétitivité, les difficultés à recruter des salariés ou de jeunes agriculteurs faute d’attractivité en sont les premiers indicateurs. L’inflation en est l’accélérateur.  Cependant Emmanuel Vasseneix prévient : « Notre souveraineté alimentaire est engagée ». Alors, il appelle à une véritable prise de conscience politique et citoyenne : « Nous avons l’une des alimentations les meilleures du monde, mais ce joyau, nous sommes en train de le perdre ! ».

Aussi, le président d’Open Agrifood prend pour exemple la filière laitière. En effet, elle pourrait manquer de volume à partir de 2027. En complément, il met en exergue le déséquilibre qui touche de façon très préoccupante la filière volailles avec plus 50 % de poulets importés. Autre secteur menacé : celui des fruits et des légumes. Conséquence, près d’un fruit sur deux consommé et qui peut être cultivé en France provient d’autres pays. Même le miel français apparait à la peine. Il est challengé par celui produit ailleurs à moindre coût et conditionné sur le territoire.

Emmanuel Vasseneix, président d’Open Agrifood

Emmanuel Vasseneix, président d’Open Agrifood : « Il faut réinvestir dans l’outil agroindustriel, nous sommes en retard ! »

Juste rémunération de l’alimentation, le sujet central

L’inflation amène les consommateurs à réaliser des arbitrages. En effet, ce choix par le prix dessert des filières alimentaires françaises. En appui, Philippe Noyau, vice-président de l’Open Agrifood, président de la Chambre d’agriculture Centre-Val de Loire, rappelle que depuis la crise du covid, le citoyen se tourne vers d’autres dépenses. Il ne réserve plus que 16 % de son pouvoir d’achat à l’alimentation contre 19 %.

Présent lors du colloque, Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire souligne la complexité de la situation. « Le sujet de la rémunération de la filière agroalimentaire est de plus en plus prégnant depuis 4 à 5 ans et on continue à buter dessus ». En effet, il constate que les lois EGAlim 1 et 2 encadrant les relations des acteurs agroalimentaires et des producteurs avec la grande distribution ne suffisent pas mais apportent des avancées. Par ailleurs, le constat est identique avec la loi Descrozaille, laquelle sonne la fin des super promotions. « On a besoin de plus contractualisation et que le jeu des acteurs se facilite », signale-t-il.

Marc Fesneau - ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire

Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, lors d’un échange à Open Agrifood avec des acteurs de la filière agricole :  « On a besoin de dire aux consommateurs que l’agriculture c’est tous les jours (…). De grandes transitions sont à l’œuvre et cela a aussi un coût ».

Sur la question de la compétitivité et de la souveraineté alimentaire, le ministre de l’Agriculture ne mâche pas ses mots. Aussi, il ajoute une composante fondamentale à la notion de valeur de l’alimentation, celle de la liberté. « Cette année on va importer en Europe 40 MT de céréales contre 20 MT il y a 2 ans. On nous dit de produire moins et en même temps on ne peut pas satisfaire nos besoins. C’est un danger mortel !(…) L’alimentation doit être une arme de paix. »

Philippe Noyau - agriculteur et vice-président de l’Open-Agrifood

Philippe Noyau, agriculteur et vice-président de l’Open Agrifood alerte sur les difficultés à produire : « On vit le changement climatique. Aussi, nous avons besoin d’innovations dans les variétés pour s’adapter. Par ailleurs, on attend la robotique pour répondre au manque de main d’œuvre ».

Valeur de l’alimentation, améliorer la communication

Toutefois, pour freiner l’érosion de la production, la réponse ne se trouve pas uniquement au niveau de la politique agricole européenne. En effet, mieux informé, le consommateur accepte de payer le prix qui rémunère le travail de l’agriculteur. Ce prix prend en compte l’innovation nécessaire à la transition agricole et à la lutte contre le changement climatique. « Il suffit de quelques centimes comme  pour la filière lait avec l’initiative c’est qui le patron pour sauver une production », ajoute Emmanuel Vasseneix. Néanmoins, cela passe par de la pédagogie sur l’étiquette afin d’identifier les produits français et ce qu’ils contiennent.

Pour le ministre de l‘Agriculture, la communication sur la valeur de l’alimentation se révèle aussi un point essentiel. Renforcer l’information donne de l’élan. Alors, il s’agit de désigner les modèles de production à la française avec les mots qui leur correspondent. « Non, une ferme de 120 vaches laitières et un atelier de volailles ne sont pas des fermes usines », rappelle le ministre.

Francis_Legendre_discours

Francis Legendre, directeur général par intérim de Phyteis, a remis le premier prix du concours d’éloquence destiné aux jeunes citoyens à Robin Tamala. Aussi, il a souligné la qualité du discours de cet étudiant de l’Université d’Orléans. Le fil conducteur du texte d’éloge concerne le rapport entre l’homme et les animaux. Francis Legendre ajoute que « l’éloquence est un atout tout au long de sa vie ».

Les trois jeunes candidats retenus pour la finale

Les trois jeunes candidats retenus pour la finale organisée en séance plénière d’Open Agrifood défendent leur conviction avec brio. Robin Tamala reçoit le 1er prix avec le thème du bien-être animal (au centre). Le 2e prix revient à Marceau Trouvé avec l’agriculture intergénérationnelle (à gauche).   Sébastien Hubert obtient le 3e prix avec le numérique pour développer le circuit-court.

Élaboration collective d’un plaidoyer pour l’alimentation française

Lors du forum, des groupes de volontaires travaillent en atelier pour amender un projet de plaidoyer pour l’alimentation française. Objectif : lui trouver un titre, l’enrichir et proposer des canaux  de diffusion. Sa présentation au ministre de l’Éducation nationale est suggérée. L’éducation alimentaire s’impose comme un point central pour soutenir la production française agricole. Lors du salon de l’Agriculture en février 2024, l’Open Agrifood anime, en partenariat avec Agridemain, des ateliers d’éducation à l’alimentation avec des produits du terroir.