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Phyteis

Économie de la fonctionnalité et protection des cultures : le résultat plutôt que le produit

Face aux aléas climatiques, sanitaires et économiques, un autre modèle de protection des cultures émerge. L’économie de la fonctionnalité repose sur un engagement de résultat au champ. Fournisseurs, distributeurs et agriculteurs assument collectivement la performance comme le risque.

Stand plein pour la table ronde organisée par Phyteis le 24 février au Salon de l’agriculture ! Le sujet de l’économie de la fonctionnalité intrigue. Il bouscule la manière d’aborder la protection des cultures.

La promesse commerciale change puisqu’il ne s’agit plus de vendre un produit pour éliminer un bioagresseur. Désormais, l’objectif est d’obtenir un résultat : une culture saine ou une performance au champ grâce à une combinaison de technologies ! Concrètement, un contrat tripartite se scelle entre le fabricant, le distributeur et l’agriculteur. Par exemple, il garantit un niveau maximum de dégâts d’insectes, de pathogènes sur les plantes ou d’adventices sur la parcelle. Schématiquement, en cas d’échec de cette garantie, l’utilisateur peut se voir indemnisé. Cette approche contribue également à réduire l’usage des produits phytopharmaceutiques et à améliorer la performance environnementale des exploitations agricoles.

L’agronomie digitale pour sécuriser la prestation de protection des cultures

Pour mettre en œuvre l’économie de la fonctionnalité, le distributeur et l’agriculteur s’appuient notamment sur l’usage des outils d’agronomie digitale (OAD). Les pièges connectés et les modèles prédictifs évaluent la pression des bioagresseurs et anticipent leurs évolutions. Ainsi, ils guident la décision et permettent de positionner ou non une intervention phytopharmaceutique (conventionnelles ou biosolutions).

« La rentabilité de l’exploitation agricole est notre boussole, explique Anne Azam, vice-présidente sur le sujet de l’agronomie digitale de Phyteis. Concrètement, avec l’économie de la fonctionnalité, nous changeons de modèle. Ainsi, nous contribuons aux enjeux majeurs de compétitivité de l’agriculture française et d’accès à des moyens de production performants. D’ores et déjà, des résultats d’efficacité sont mesurables et les itinéraires techniques deviennent plus respectueux de l’environnement. Avec cette approche, l’accompagnement pourra parfois préconiser d’économiser une intervention que l’agriculteur aurait pu maintenir, par peur du risque d’échec agronomique. Dans ce cas, cette prise de risque est partagée avec l’amont. Demain, les indicateurs de performance de cette démarche pourraient être une marge à l’hectare, une réduction du nombre de traitement ou une garantie de rendement. »

Quant au distributeur agricole, il accompagne l’agriculteur tout au long du cycle de la culture. En complément, il assure la fourniture des produits à temps, si c’est jugé nécessaire. Cette stratégie simplifie la logistique pour l’agriculteur, qui ne stocke plus de produits à l’avance.

Un conseil sur mesure pour déclencher le traitement des cultures au bon moment

La coopérative Ocealia qui rayonne sur la façade Ouest propose ce type d’offre depuis trois ans. La première formule alors lancée concerne les maladies du feuillage des céréales. Une seconde cible les larves des papillons eudemis qui perforent les baies de raisin.

« Avec cette approche on se concentre sur la qualité de la prestation ainsi que sur celle du résultat et non sur la vente de produit », témoigne Kevin Larrue, directeur marketing d’Ocealia.

Par exemple, dans le vignoble de Cognac, grâce aux outils connectés et aux modèles de prédiction, le déclenchement du traitement contre les papillons ravageurs se prodigue sur mesure, selon chaque exploitation. « De fait, nous intervenons uniquement si nécessaire et au bon moment », estime-t-il. Toutefois, il écarte tout risque « d’ubérisation » du conseil agricole. « L’humain reste central. Les observations faites sur le terrain sont importantes pour compléter les modélisations des OAD ».

En revanche, même si les enjeux liés à la gestion des adventices sont majeurs, l’offre n’est pas encore mature en désherbage. « Souvent, les parcelles sont hétérogènes. Pour mesurer la performance, il faut cartographier, photographier et analyser finement. Or, pour obtenir une précision suffisante, le satellite montre ses limites. Le recours à des drones devient plus pertinent mais ils ont encore un coût élevé », souligne Kevin Larrue

Le partage du risque agricole, pour mieux accompagner les agriculteurs

Le partage du risque entre le fournisseur et l’agriculteur est bien le moteur d’une telle offre. D’ailleurs, Thierry Desforges, agriculteur dans l’Essonne sur 240 ha, considère le risque agricole comme une préoccupation majeure. « Si je compare mon métier à celui de mon grand-père, la vraie différence, c’est le risque, témoigne-t-il. Lui avait quelques aléas : parfois du gel et une sécheresse historique en 1976. De plus, il disposait d’un portefeuille de molécules efficaces qui sécurisait l’intégralité des problèmes liés aux bioagresseurs. Aujourd’hui, le risque est omniprésent : climatique, économique, sanitaire, sociétal. Mon métier n’est plus seulement de produire mais d’intégrer chaque menace et contrainte. En réalité, je ne fais plus que gérer du risque ! »

Pour la coopérative, partager le risque, c’est une façon de mieux accompagner les agriculteurs de son territoire. « À un moment donné, nous devons aussi assumer les conséquences et les résultats de notre accompagnement », indique Kevin Larrue

Océalia propose déjà des services : gestion de la volatilité des marchés pour les collectes, assurances climatiques pour les aléas météo. En couvrant les conséquences d’un échec technique au champ, l’économie de la fonctionnalité complète cette boîte à outils.

Biocontrôle et innovation : l’économie de la fonctionnalité comme levier

L’économie de la fonctionnalité facilite également l’adoption des innovations ou associations de produit. « Intégrer demain les produits de biocontrôle dans un schéma de garantie de résultat sera un moyen de rassurer les agriculteurs sur la pertinence et la fiabilité de ces solutions », prévient Anne Azam.

Plus globalement, ce modèle soutient le déploiement de l’approche combinatoire de la protection des cultures. Pour aller encore plus loin dans le partage du risque, Thierry Desforges suggère d’associer aussi la grande distribution. « Ces acteurs captent le plus de valeur, souligne l’agriculteur. Du reste, ils ne prennent pas de risque puisqu’ ils ont déjà négocié leur marge à l’avance. »

Toutefois, la politique RSE qui s’impose à tous les maillons de la chaine commerciale accélère le développement de l’offre. Autre constat qui conforte la place de cette offre : la mutation du secteur agricole.

« La Ferme France va changer de visage dans les cinq à dix ans, conclut Kevin Larrue. Si des jeunes installés resteront présents au quotidien sur leur exploitation, une part croissante des terres sera reprise par des profils double-actifs. Ils géreront un patrimoine foncier plus qu’ils ne le cultiveront eux-mêmes. » Ces nouveaux acteurs fixeront un budget, exigeront de la maîtrise, et chercheront une garantie de résultat tout en réduisant l’impact environnemental. Ainsi, l’économie de la fonctionnalité prend tout son sens.

Est-ce que ce modèle concernera tous les agriculteurs ? Sans doute pas. Mais comme les “kilomètres Michelin” dans le transport, il répond à un besoin bien réel de certains : sécuriser la performance plutôt que vendre un produit.

Table ronde Phyteis lors du salon de l’agriculture sur la thématique de l’économie de la fonctionnalité. Avec Anne Azam (Phyteis), Kevin Larrue, (Coopérative Océalia) et Thierry Desforges (agriculteur dans l’Essonne).