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Phyteis

Désherbage et agriculture de conservation : préserver l’équilibre entre les techniques

En Normandie, Geoffroy de Lesquen pratique l’agriculture de conservation des sols. Pour maîtriser les adventices, il combine les leviers agronomiques et les herbicides dans une approche globale du désherbage.

En agriculture de conservation des sols depuis dix ans, Geoffroy de Lesquen ne travaille pas le sol. Par conséquent, tout son système de culture repose sur un couvert permanent. « Pour désherber, cela m’oblige à réfléchir autrement et à mobiliser d’autres leviers que le désherbage mécanique », explique-t-il.

Son déclic pour l’agriculture de conservation remonte à 2005. « J’ai suivi une formation à la chambre d’agriculture. Je pensais assister à un cours sur la réduction du travail du sol. En réalité, c’est un agriculteur en semis direct qui nous a présenté son système. C’était presque une philosophie ».

La combinaison de leviers scelle la performance du désherbage en agriculture de conservation

À l’époque, son principal problème était le salissement des parcelles. « On m’a expliqué qu’en semis direct, en ne travaillant plus le sol, on limite la levée d’adventices. Ainsi, les graines ne remontent plus en surface car le labour ne réalimente par le stock semencier. J’y ai vu une solution évidente pour assainir certaines parcelles. »

Dans la pratique, un écart entre la théorie et le terrain existe toujours. Toutefois, l’agriculture de conservation lui offre un équilibre supplémentaire, notamment face aux graminées, y compris résistantes. En effet, il lui permet d’activer en même temps plusieurs leviers agronomiques : la couverture permanente des sols, le semis sous couvert, le recul des dates de semis, une densité importante dans certaines parcelles, des variétés couvrantes. « Et, évidemment, le levier phytopharmaceutique », ajoute-t-il.

Malgré l’agronomie, il conserve deux passages de désherbage chimique. Même ainsi, certains problèmes persistent : « Rien n’est totalement acquis ».

Néanmoins, il ne s’explique pas encore certaines situations. Sur des parcelles, en appliquant exactement la même méthode, les adventices disparaissent presque totalement. Sur d’autres, elles restent présentes. « Je suis incapable de dire pourquoi. Nous avons encore beaucoup à comprendre. »

La chimie est indispensable pour sécuriser le désherbage

La chimie lui apporte les derniers points d’efficacité. « Si on la supprime brutalement, le système perd son équilibre et s’effondre, avertit-il<em>. Enlever les produits phytosanitaires revient à faire de l’agriculture biologique. Il faut savoir alors que le rendement sera divisé par deux »

<p>D’ailleurs, cette baisse du résultat, il ne l’estime pas au doigt mouillé ! « J’ai une parcelle en tête où j’ai été en grande difficulté une année », raconte l’agriculteur. Il prévoyait début décembre un traitement sur colza avec une molécule réputée très efficace. « Je suis parti de la ferme, il faisait 0 °C. En réalité, le produit a gelé dans la rampe. Je n’ai jamais réussi à traiter correctement la parcelle ».

Mais, à la récolte, « il fallait le voir pour le croire » se souvient-il. Dans la trémie, il y avait presque autant de graines de ray-grass que de graines de colza. Derrière, le blé n’a livré que 40 quintaux, sur une parcelle dont le potentiel est de 85 quintaux. « L’impact a été énorme. Non seulement, j’ai raté mon désherbage et mon rendement ; mais en plus, j’ai recréé un stock semencier. C’est une parcelle sur laquelle j’ai mis peut-être quatre ans avant de revenir à un niveau acceptable. »

Geoffroy de Lesquen, agriculteur en Normandie, mobilise au moins six leviers agronomiques pour maitriser le vulpin et le ray-grass. Néanmoins, le désherbage chimique reste incontournable.