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Comment lutter contre les pollutions diffuses liées aux produits phytopharmaceutiques ?

De l’eau ruisselle en surface du sol ? Par manque de matière organique, la dégradation biologique des substances active est insuffisante ? Dans tous les cas, le risque de pollutions diffuses augmente. Pourtant, ces situations peuvent s’éviter.

Lors d’un traitement phytopharmaceutique, une infime fraction de la bouillie n’atteint pas la plante. Ainsi, l’air devient un premier vecteur de dérive autour de la culture. L’érosion éolienne accentue ces pertes lorsque les particules de sol s’envolent avec des résidus. Cependant, l’eau de pluie génère l’essentiel des pollutions diffuses. Par ruissellement, elle entraîne les molécules en surface. En s’infiltrant, l’eau peut aussi transférer ces substances vers les nappes phréatiques. Autre point d’attention, les sols drainés peuvent accélérer cet acheminement vers l’exutoire.

Depuis plusieurs années, le chemin de l’eau fait l’objet d’études à l’échelle des bassins versants. Notamment, le programme européen Topps documente ces mécanismes. Il propose également des aménagements paysagers et des pratiques correctives.

« L’important, c’est que la substance appliquée sur une parcelle n’atteigne pas les milieux aquatiques. Elle doit rester le plus longtemps possible dans l’horizon de surface du sol pour être dégradée, pose d’emblée Ronan Vigouroux, responsable environnement de Phyteis. Voir l’eau et la terre sortir de la parcelle n’est donc pas normal. À l’échelle de chaque parcelle, en comprenant le chemin de l’eau, nous pouvons ralentir son cycle. »

Le sol, régulateur des pollutions diffuses

D’abord, le sol constitue le premier levier agronomique face au risque de pollution diffuse. Sa capacité à absorber et à retenir l’eau dépend étroitement de sa teneur en matière organique.

Celle-ci capte l’eau et fixe les molécules. En complément, les micro-organismes qu’elle héberge stimulent la dégradation biologique des produits. Ensuite, l’organisation de la parcelle prolonge cette action protectrice. La couverture des sols, notamment en interculture, protège la surface et limite les écoulements. Les racines du couvert stabilisent la structure et, avec les résidus broyés, enrichissent le sol.

Des aménagements simples renforcent ce rôle de barrière. Par exemple, en pomme de terre, la terre très fine favorise le ruissellement. Les barbutes créent alors des micro-retenues entre les rangs et ralentissent l’eau. Dans les vergers, l’enherbement des lignes limite la formation de sillons liés aux passages d’engins. Sans cela, ces traces peuvent rapidement devenir des rigoles.
De même, en viticulture comme en arboriculture, le sens de plantation influence l’intensité de l’érosion.

Sur les parcelles en dévers, des bandes enherbées à mi-pente cassent également la dynamique des écoulements. De plus, l’enherbement des tournières participe à cette régulation, quelle que soit la topographie des parcelles. Le travail du sol s’inscrit dans la même logique, avec un labour mené perpendiculairement à la pente.

Enfin, les bordures de la parcelle jouent un rôle déterminant. Haies, fossés, fascines ou talwegs enherbés ralentissent les flux et filtrent l’eau. Dans certaines situations, des zones humides en bas de parcelle interceptent les ruissellements.

Aires d’alimentation de captage : une approche combinée et préventive

Sur les aires d’alimentation de captage, cette lecture fine du terrain devient déterminante. Chaque détail compte dans la maîtrise des transferts. Ainsi, l’ensemble des leviers se combine : travail du sol, organisation parcellaire, couverture végétale.  « Face à l’enjeu de qualité de l’eau et de pollutions diffuses, il est essentiel de mobiliser l’ensemble des moyens préventifs. Dans une approche combinatoire, ils permettent de réduire l’impact des produits phytopharmaceutiques », conclut Ronan Vigouroux.