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Créons plus de synergies entre acteurs pour accélérer le déploiement du digital en agriculture

Pour faciliter l’utilisation du digital en agriculture, quatre acteurs engagés dans le déploiement d’innovations auprès des agriculteurs, convergent vers un point crucial : l’amélioration de l’interopérabilité des données et le besoin d’accompagnement de la filière agricole !

Échanges de points de vue lors du Salon de l’Agriculture entre Jérôme Le Roy, président de La Ferme Digitale, Christophe Aubé, président de RobAgri, Christophe Haas, vice-président de Jeunes Agriculteurs en charge de l’innovation et Anne Azam, vice-présidente de la Commission agronomie digitale de Phyteis.

Comment davantage déployer l’offre en numérique et robotique pour protéger les cultures ? Quels sont les freins à desserrer ? Pour répondre à ces interrogations, des acteurs de l‘écosystème du digital se sont retrouvés le 29 février pendant le Salon de l’Agriculture sur le stand de Phyteis.

Objectif de l’échange : développer des synergies afin d’accompagner la montée en puissance du digital dans les exploitations, pour en améliorer tant la performance économique que la durabilité des pratiques

Anne Azam, présidente directrice générale de Syngenta et vice-présidente de la Commission agronomie digitale de Phyteis. Jérôme Le Roy, président de la Ferme Digitale. Il est aussi fondateur de Weenat. Christophe Aubé, président de RobAgri. L’association rassemble 88 constructeurs français et européens de robots. Christophe Haas, vice-président de Jeunes Agriculteurs, référent innovations pour le syndicat, agriculteur dans le Bas-Rhin. Il est aussi « Early adopter » de ces solutions.  

Le digital en agriculture, outil pour améliorer les connaissances et optimiser les interventions

Alors, existe-t-il un indicateur révélant l’appétence des agriculteurs pour le digital et l’innovation ? Selon Jérôme Le Roy, président de La Ferme Digitale, 200 000 agriculteurs utilisent au moins une solution proposée par les adhérents de cette association. Laquelle fédère plus de 120 start-ups. « L’intérêt est là, renchérit Christophe Haas, vice-président de Jeunes Agriculteurs. Si elles fonctionnent et sont utiles, les solutions numériques trouvent leur place dans nos boîtes à outils ».

En effet, bien combinées, ces technologies « optimisent l’utilisation des intrants », souligne-t-il. Néanmoins, il rappelle que la nature reste le maître du jeu vis-à-vis de la pression des bioagresseurs. Par conséquent, il faudra toujours protéger les cultures.

De plus, les technologies de précision mettent en lumière les pratiques, les voies de progrès. Les cartes de rendement obtenues par imagerie satellite ainsi que la collecte de données à la parcelle nourrissent la réflexion.

Pour la robotique, Christophe Aubé, président de RobAgri, indique que les agriculteurs trouvent davantage un intérêt lorsque les machines combinent plusieurs usages. Exemple : un robot ne doit pas se cantonner au désherbage. « Sinon, l’offre marché va vite saturer », prévient-il.

Accès aux données réglementaires

Par ailleurs, le digital en agriculture apporte un important service lorsqu’il simplifie l’accès aux informations. C’est le cas du projet Digital Label Compliance – AgriGuide que mène CropLife Europe(1). « Ce projet vise à mettre à disposition l’ensemble des informations réglementaires sur les produits, explique Anne Azam, vice-présidente de la commission digitale de Phyteis. Demain, il proposera également des protocoles d’utilisations automatisés qui suivent les conditions d’emploi adaptées. » Ainsi, toutes nos informations seront disponibles via une interface Web ou sur une application. Cette dernière pourra scanner directement les emballages. Les données seront lisibles par les consoles des tracteurs et aideront l’agriculteur, s’il le désire, à tracer ses interventions. En outre, les entreprises qui proposent des outils digitaux en lien avec la protection des cultures pourront y accéder.

Rôle des conseillers pour faciliter l’utilisation du digital en agriculture

Le recours au digital nécessite l’aide de la distribution agricole, de la prescription ou encore du réseau de conseillers des Chambres d’agriculture. « Toutefois, cela suppose d’être en relation avec des intermédiaires au fait de ces technologies », explique Jérôme Le Roy. Ce point est essentiel. Rarement les structures disposent d’une double expertise en numérique et en agronomie. L’enjeu de la montée en compétence se révèle fondamental dans le cadre du conseil.

De même, le besoin de formation s’applique pour les agriculteurs. Tous les travaux sont concernés : semis, fertilisation, surveillance des bioagresseurs, pulvérisation, récolte, gestion de l’exploitation. En complément, les démonstrations jouent un rôle clé ainsi que le retour d’expérience. « Ne sous-estimons pas le bouche-à-oreille, partage Christophe Haas. Plein de gens voient les écrans sur mon tracteur et me questionnent. »

Aussi, il évoque le sujet du consentement dans l’utilisation des données numériques. Celles-ci sont la propriété des agriculteurs. Justement, de nouvelles réglementations européennes viennent clarifier le statu de ce type de données. Des règles précisent la gestion des consentements à leur exploitation par des tiers.

Agréger les compétences concernant le numérique en agriculture

Avant de rentrer dans les cours de ferme, la performance des outils numériques et des robots doit être validée. Dès lors, les instituts techniques ou le réseau des Digifermes endossent cette mission du « contrôle technique ». En dix ans, l’offre s’est même considérablement développée en partenariat avec ces structures de recherche. Par exemple, des start-ups s’associent avec Arvalis ou l’Institut de la vigne et du vin (IFV). Ensemble, ils créent des détecteurs de gel, des outils de surveillance des maladies en viticulture…

L’évolution dans les collaborations s’avère similaire en robotique. « Tout l’enjeu est bien d’agréger les compétences des uns et des autres, complète Christophe Aubé. Nous le voyons dans le cadre du grand défi de la robotique dont l’idée n’est pas de recréer des technologies. Notre volonté est de les déployer et de les faire travailler ensemble. » Aussi, il interpelle sur le manque d’interopérabilité des données produites par les outils et les agroéquipements. « Entre ceux qui génèrent de la donnée et ceux qui les utilisent, des progrès restent à réaliser, résume-t-il. De plus, grâce aux robots qui analysent finement les parcelles et collectent des informations, nous disposons d’une vraie source de valeur ajoutée pour les agriculteurs. Elle reste à exploiter. »

Interopérabilité, l’enjeu commun à tous les acteurs du numérique en agriculture

En effet, pour éviter les ressaisies et les compatibilités, la question n’est pas complètement réglée. Déjà, la norme Isobus établit un dialogue entre les agroéquipements et avec les API. Des travaux* plus larges sont en cours à l’échelle internationale, avec un suivi national au sein de l’AFNOR. Ils concernent les échanges mais également la standardisation internationale des vocabulaires employés et de leur codage. Exemple : type de cultures, stades de développement, bioagresseurs, informations agronomiques et pédoclimatiques… Néanmoins, cette homogénéisation va demander du temps.

Alors, comment œuvrer rapidement pour faciliter les échanges ? « L’interopérabilité des données et des systèmes est un défi à relever que partagent tous les acteurs du numérique en agriculture », analyse Anne Azam. Ainsi, elle reprend l’idée d’une défense collective de cet enjeu du digital farming qu’appellent de leurs vœux les trois autres participants à cet échange. À condition de conserver l’agilité pour innover, essence même des start-ups comme des grandes entreprises.

En conclusion de la table ronde sur le digital en agriculture, les quatre participants manifestent leur envie de travailler ensemble sur nombre de thématiques : interopérabilité, décryptage commun des textes réglementaires, meilleure connaissance des leviers de déploiement des connaissances et des compétences. « Chacun possèdent des savoir-faire, des forces, autant travailler ensemble », conviennent-ils. Le prologue d’une dynamique collective ?

 

(1)Association européenne des entreprises de protection des cultures à laquelle appartient Phyteis

(2) Travaux de normalisation relatifs aux « Systèmes agronomiques pilotés par les données ».