Avantage à la combinaison des leviers de désherbage face aux graminées résistantes
Sur le site de Champfriand (21), plus de dix ans d’essais le confirment : aucun levier de désherbage ne suffit seul. Représentative des grandes cultures de Bourgogne Franche-Comté, cette plateforme livre des références agronomiques solides, à découvrir en vidéo.
Le doute n’est plus permis ! Pour désherber durablement les parcelles de grandes cultures, la réponse ne peut être ni unique ni la même pour tous.
Sur la parcelle de Champfriand en Côte-d’Or, située à Fromenteau, la preuve se construit depuis 2013 à travers une expérimentation collective inédite. Les coopératives regroupées dans Alliance BFC et BASF France – Division Agro y testent, à l’échelle de la rotation, différentes associations de leviers agronomiques, mécaniques et chimiques. « L’originalité du dispositif repose sur sa durée et sur son approche globale », explique Vincent Vaccari, animateur de la plateforme d’expérimentation et du club Agro-éco d’Alliance BFC. Travail du sol, date de semis, diversité des cultures, faux-semis, gestion mécanique, alternance des modes d’action herbicide ou encore couverts végétaux : tous les leviers sont analysés ensemble.
« Ce projet est unique en France car nous associons ces leviers agronomiques dans huit systèmes de cultures, comparés sur une seule parcelle », rappelle Dominique Jonville, responsable filières grandes cultures et carbone chez BASF.
La vocation de la plateforme est avant tout pédagogique. Aussi, ce 14 avril, Vincent Vaccari accueillait les membres de la commission combinatoire de Phyteis. L’occasion de revenir, en vidéo, sur ces itinéraires de désherbage durable.
Évaluation de l’association des pratiques de désherbage
L’expérimentation s’appuie sur une rotation emblématique de la région : colza-blé-orge. L’introduction de cultures de printemps, associée à un labour tous les quatre ans et à des semis de blé décalés, ressort comme la combinaison la plus efficace.
L’équipe expérimentale a même eu l’idée de mettre en place un essai sur tout ce qu’il ne faut pas faire. « Sur une même zone, pendant dix ans, nous avons désherbé uniquement avec des herbicides au même mode d’action », raconte Vincent Vaccari. Résultat : initialement très sensible à cette famille de produits, le vulpin endosse désormais le rôle de super-résistant !
Les enseignements clés de la plateforme de désherbage à Champfriand
Rotation longue avec cultures de printemps et ensilage précoce
Les systèmes qui intègrent des cultures de printemps réduisent fortement les infestations par rapport aux rotations courtes d’hiver de type colza- blé-orge. Ainsi, l’introduction de tournesol, de pois de printemps, de maïs et d’orge de printemps casse le cycle des adventices.
De plus, les récoltes précoces de céréales destinées à l’ensilage limitent aussi la production de graines d’adventices. Avec ces leviers, la pression en graminées adventices passe d’inacceptable (plus de 100 plantes/m2) à tolérable (autour de 10 plantes/m2). Toutefois, les meilleurs résultats s’obtiennent avec en plus un labour effectué avant le blé.
Labour occasionnel
L’enfouissement des graines accélère naturellement la diminution des semences de graminées dont la viabilité est de 3 à 4 ans. À Champfriand, le labour pratiqué tous les 4 ans réduit efficacement le brome stérile et les populations de vulpins.
Décalage des dates de semis
Reporter les semis de blé après le 15 octobre, voire début novembre, améliore nettement le contrôle des graminées. Avec le réchauffement climatique et un risque de gel très faible en octobre-novembre, cette pratique n’induit plus de perte de rendement. Le plateau Fromenteau se situe pourtant à 550 m d’altitude. Plus besoin non plus d’augmenter la densité de semis pour compenser le risque de perte.
Le résultat technico économique s’améliore puisque la pression en graminées diminue de moitié. Les essais montrent un gain supérieur à 14 q/ha par rapport aux semis précoces de blé. Par ailleurs, ce report d’au moins 15 jours donne plus de temps pour réaliser des faux semis.
Faux semis et désherbage mécanique
Multiplier les faux semis avant implantation permet de détruire davantage de levées de vulpins et de ray-grass.
Alternance des modes d’action des herbicides
En complément, le désherbage chimique finalise le nettoyage des parcelles. Selon les conditions, les herbicides appliqués à l’automne offrent une efficacité comprise entre 75 et 95 %. Pour pérenniser cette efficacité, les modes d’action des herbicides doivent être alternés au sein des programmes mais également à l’échelle de la rotation.
Couverture des sols
Les couverts végétaux prennent une place croissante dans les stratégies étudiées. Désormais, la plateforme expérimente le semis de couverts par drone avant récolte. En semant dans un sol plus frais, les levées sont plus rapides et les plantes couvrent le sol plus rapidement.
Alliance Bourgogne Franche Comté (BFC)
- Trois coopératives : Dijon Céréales, Coopérative Bourgogne sud, Terre comtoise.
Projet Champfriand à Fromenteau
- Sols argilo-calcaires et dans un système colza-blé-orge.
- 8 systèmes de cultures pluriannuels en grandes bandes (13 x 80 m et 2 répétitions
- Altitude 550 m
- Collaboration avec BASF depuis 2021